dimanche 6 juillet 2014

La fessée un tout petit peu en retard d'anniversaire de Simon


Oui, tout arrive. On a laissé passer le mois de juin, pas un article. On est désolés, on a pas fait exprès, donc vous serez mignons de ne pas trop vous attarder sur les "ah ben quand même on a failli attendre". 

Fin juin, c'était la fin de l'année, mais c'était aussi l'anniversaire de Simon, et l'anniversaire de nos mères respectives à Simon et moi, puisqu'on a réussi le tour de force d'avoir des mères dont l'anniversaire tombe le même jour. Ce qui fait que dans la même semaine, on a fêté trois anniversaires différents. Pour l'occasion, nous étions tous réunis chez la maman de Simon, en Picardie. La maison est grande, mais pas au point de pouvoir jouer à la fessée comme on le voudrait vraiment. Sans compter que Simon et moi avons eu aussi des rendez vous pro assez cool mais on ne va pas trop s'attarder là dessus, non qu'on a pas envie d'en parler, mais ça va commencer à devenir chaud si on se fait griller. 

 Il a donc fallu attendre de retrouver un peu de calme pour jouer. 
Chez ma mère, après le séjour picard, c'était plus simple. L'année dernière, nous avions trouvé un endroit fort agréable pour jouer à la fessée, au cœur d'une forêt, un peu surélevé, avec des gros rochers ronds au sommet d'une colline. Manque de bol, l'arrivée intempestive de promeneurs nous avait obligés à reculotter Simon en quatrième vitesse et prendre un air le plus innocent possible. Et après ça nous avons oublié le nom même de la forêt.

Cette année, nous voulions retrouver le même endroit, pour peaufiner nos bêtises. Sauf que les bases de données SIG en ligne ne sont pas parvenues à nous aider. Et je ne parle même pas de la carte michelin. Nous nous sommes décidés pour une forêt en priant pour que ce soit la bonne. 
Je grille le suspense tout de suite: on a pas retrouvé l'endroit, la colline et les rochers ronds. Mais on a réussi à s'éloigner suffisamment des gens pour jouer. 
C'était pas si facile que ça au départ. Pour ne rien vous cacher, une partie de la forêt a été transformée en parcours d'acrobranche, aussi, quand nous avons vu un grand panneau "parking" et quatre autobus garés le long de la route forestière, on s'est dit que la gaudriole, c'était pas gagné-gagné. 
Et pourtant...

 
Au coin, déculotté sur une souche, on avait encore jamais fait.

On s'est perdus en essayant de semer les promeneurs, j'ai fait une crise parce que j'ai vu une araignée et qu'après j'imaginais des milliers d'insectes surgir de sous les feuilles mortes alors ça m'a fait vraiment me sentir mal, mais j'ai réussi à surmonter ça et ça fait plaisir (rien qu'en rédigeant cet article j'ai tué deux araignées, je suis incontrôlable). 

Les accessoires des parcours sportifs nous avaient déjà donné de bonnes idées, 
mais il y avait trop de monde. 

Et au final, à l'autre bout de la forêt, il n'y avait plus personne. On a pris nos précautions d'usage, mais rapidement Simon s'est mis pieds nus.

 

Cette souche était parfaite pour être mis au coin. Un peu surélevée, comme si j'avais voulu mettre mon petit garçon puni en évidence devant tout le monde. 


Le déculottage était particulièrement intense. Nous devions être attentifs à tout, tous nos sens étaient en alerte, et nous étions terriblement excités. 
Mais après la mise au coin, il ne faut pas négliger le moment de la fessée, et Simon a eu l'autorisation temporaire de se reculotter pour cueillir mes badines. Il a dû pour ça s'enfoncer un peu plus loin dans le sentier: sinon, nos seuls choix possibles étaient des fougères molles ou des houx trop brutaux. 
Et comme les badines par dessus la culotte ça ne vaut rien...


Je vous laisse visualiser le petit sentier que personne d'autres que nous n'a emprunté ce jour là. Et la badine qui m'a servi. Simon commençait à la sentir passer. Mais il a eu une idée encore plus perturbante pour moi. 
Je vous montre. 
 

Il s'est tout simplement allongé sur le sentier. Avec la légère pente de celui ci, ses fesses étaient encore plus accessibles. 
C'était vraiment très perturbant de le voir dans cette position. Comme s'il s'était mis lui même dans la posture la plus soumise possible. Pour se remettre entièrement à moi. 
Je trouve qu'il n'y a pas de plus belle manière de rendre une fessée d'anniversaire plus exceptionnelle que les autres. 


Du coup, vous m'en voudrez pas, mais pour masquer son visage sur la dernière photo, j'ai dessiner un petit coeur. 
Parce que Simon, c'est pas seulement un petit ourson, un vilain puni ou l'arrière train masculin le plus sexy de la galaxie. C'est l'homme que j'aime. 
Bon anniversaire une fois encore mon amoureux!

Constance Clairvaux

dimanche 18 mai 2014

Vieille France


Je dois rédiger cet article en punition. C'est vrai que, même si j'avais été sage, il aurait bien fallu rédiger un article pour raconter nos bêtises vendéennes qui commencent à dater un peu. Étrangement, ce n'est pas pour procrastination ni retards dans l’entretien du blog que je suis puni. Il se trouve qu'il y a une semaine, j'ai reçu un mail qui m'annonçait qu'il fallait d'urgence boucler un dossier très important. Ce n'était pas de ma faute si je n'avais qu'un week-end pour ça, mais comme le  dossier était vraiment très important, cette situation était très stressante, et deux nuits très courtes passées dessus n'ont rien arrangé. Comme j'étais stressé, je me suis énervé facilement, et, comme vous savez, c'est vilain. Pendant l'alerte boulot, on a bien sûr laissé tomber nos règles de discipline, mais même une fois le dossier bouclé (et, paraît-il, pas trop mal fait), j'ai quand même oublié au moins deux fois le couvre-feu pyjama. C'est vilain aussi, et ça mérite une bonne punition. En plus, il y a peu j'ai cassé par maladresse notre boule à thé en forme de poisson. 

Je suis donc en punition ce week-end, en tenue adéquate (culotte courte et chaussettes montantes, si vous voulez tout savoir), je prends des fessées déculottées pour mes maladresses, et j'ai aussi quelques tâches à faire. Notamment, faire enfin un article pour le blog.


Ce que je dois raconter remonte à à peu près un mois. Il nous a fallu aller rendre visite à la famille de Constance - la famille vendéenne, de ces Vendéens qui n'ont pas voulu faire un tour de bateau à Nantes quand c'était le moment et qui sont restés un brin 1818 dans leurs têtes. Je vous laisse imaginer l'enthousiasme de Constance.
Mais, une fois le potage insipide avalé et autres sociabilités accomplies, nous avons prévu des moyens de nous détendre un peu.
Il se trouve que la mamie vendéenne habite une maison qui a marqué les souvenirs d'enfance de Constance. Elle lui paraissait grande et pleine de recoins. Grande, je ne dirais pas, il y a tellement de bibelots, moquettes et papiers peints à motifs que c'en devient étouffant - mais les recoins y sont. Il a fallu renoncer à jouer dans une sorte de cabane dans le jardin - on attirerait des soupçons, à la fois ceux de mamie et ceux des potentiels voisins. La maison est dans une zone pavillonnaire plutôt dense, une banlieue à vieux, que la grand-mère s'obstine à prendre pour la campagne - mais les voisins sont tout proches. 
Donc, tant pis pour le jardin, nous nous contentons de l'étage. La grand-mère reste au rez-de-chaussée; vu son âge, elle a raison d'éviter les escaliers. L'étage est à nous - d'autant plus que l'escalier est isolé par des portes, qui forment une sorte d'écluse, idéale pour étouffer les bruits suspects.
A l'étage, rien n'a bougé depuis des décennies. Les meubles datent des années 70, une vieille télé est à peine plus récente. Par-ci par-là, des photos d'enfants en vacances - Constance y reconnait d'actuels retraités. Avant de jouer, comme de vrais enfants, nous passons une bonne heure à fureter dans les greniers aménagés sous les combles, à déterrer un jeu de Mécano ou une encyclopédie de la technique (géniale!) de 1927.
Mais, dès que la porte de l'escalier s'est fermée derrière nous, je suis envoyé me changer. Constance m'a prévu un t-shirt de fille qu'elle aime me faire porter, et une culotte courte. C'est pas plus mal - il fait chaud, je ne me plains pas d'être en short; et pieds nus je fais encore moins de bruit. Mais je me sens encore plus comme un enfant, et c'est bien le but. 


Constance sélectionne des livres "pour la jeunesse" pour une petite mise en scène. Dans l'un des greniers, il y a bien un petit bureau dont Constance s'est servie dans son enfance, mais il est hors de question de le sortit de là. Tant pis: il y a bien une table dans le couloir, et une chaise qui ressemble assez à une chaise d'écolier. Elle m'y installe - me voilà écolier en train de travailler.

Mais l'écolier n'est pas sage: peu importe ce que j'ai fait, je dois être puni. Debout! 


Elle baisse ma culotte courte et mon caleçon. Quelques claques tombent sur mes fesses nues, mais ce n'est pas encore le moment de la fessée: il faut finir son devoir.
Alors je me rassieds, mais déculotté. La chaise est plutôt froide... Mais je n'y reste pas longtemps. La chaise est retirée - je reste devant la table, mais à genoux. Pour commencer. Il faut encore aller au coin, comme un écolier puni, avant de pouvoir se réfugier dans la chambre.


J'en profite pour remonter ma culotte courte, et ce n'est même pas vilain. Nous finissons tranquillement nos tasses de tisane (il faut rester cohérent avec l'ambiance). Pendant ce temps, Constance vérifie les résultats sur son appareil photo: il fait sombre, mais il y a pas mal de poses exploitables. Elle me montre: au oui, il y en a des pas mal... Je hoche la tête et reprends ma tasse. 
Constance resserre les doigts sur la poignée de l'appareil, un léger effleurement du déclencheur réveille l'engin: je détourne la tête.
Eh ben, on dirait un gamin en visite chez la grand-mère. Certes, et plutôt content que ce ne soit pas la sienne. 


Ma tasse est finie. Il faudrait peut-être passer aux choses sérieuses?
A nouveau déculotté, je me retrouve sur les genoux de Constance pour une fessée à la main plus sérieuse. Pas trop, pour limiter le bruit, mais je remue quand même un peu. De toute façon, le loopy attend dans la valise.
Je suis envoyé me placer à genoux sur un fauteuil rouge, à peu près dans le coin entre le mur et une armoire. Tout nu - de toute façon, il est temps de se coucher, les petits ne doivent pas se coucher tard! 
J'entends Constance s'approcher et j'essaye de tendre les fesses, mais ce n'est pas confortable pour elle. Il faut changer de fauteuil - celui du milieu, avec son lourd dossier et pieds grêles, ne m'inspire pas confiance (je pense déjà au lit que nous avons cassé, il y a deux ans, chez ma grand-mère, qui ne le sait toujours pas), mais il tient bon quand je me place dessus à genoux et l'accroche au dossier. 


Trois coup de loopy tombent sur mes fesses tendues.
-Tu es mignon comme ça!
-Tu trouves?
Elle finit ma fessée à la main.
-Mais oui.
Je me retourne pour lui sourire, puis je me roule en boule sur ce fauteuil, en cachant le visage. Les claquements de l'obturateur confirment que l'idée était bonne. 


-Tu penses que tu as eu la punition que tu as mérité?
Plus de sévérité pourrait être risque - et nous commençons à être impatients pour passer à autre chose. Je suis autorisé à me relever et mettre ma chemise de nuit.
-Allez, au lit maintenant!

Simon Pfeiffer

 Petit ajout de Constance: ce n'est jamais facile pour moi d'aller chez ma grand-mère, pour raisons familiales. Mais tout ceci n'est pas très intéressant pour vous, chers lecteurs du blog. Ma grand mère n'a jamais été très portée sur la déco et ce n'est pas la personne la plus avant-gardiste que je connaisse, mais elle a 97 ans... (et c'est plus fort que moi, je ne peux pas me friter avec une nonagénaire). J'étais heureuse que Simon soit avec moi. Devant ma grand mère, devant mes tantes, devant les cousins/ cousines, j'étais contente qu'ils voient que la fille insupportable et asociale que j'étais censée être se soit trouvé un fiancé plutôt mignon. 
Mais au-delà de ça, le décor complètement suranné de la maison - et encore, le papier peint de la cuisine a été changé il y a six - sept ans, avant ça c'était le même depuis la construction de la maison dans les années 60 - est souvent venu alimenter mes rêveries de fessée. Notamment l'été quand on était coincés là avec mes parents quand j'étais plus jeune et qu'il fallait bien que je m'évade d'une façon ou d'une autre. "Faire un tour au bourg" n'était pas une solution, ledit bourg est encore plus déprimant que la maison, et la boulangerie est coincée entre une banque et des assurances obsèques... Sans parler de l'hospice où bossait ma grand mère, judicieusement installé entre un couvent et le cimetière... Il ne manquait plus qu'une "impasse des pendus" pour que mon père se sente complètement au fond du trou.
Finalement, rien de tel qu'une bonne soirée perverse pour effacer certains mauvais souvenirs!

jeudi 8 mai 2014

Les bricolages de Constance - la brosse convertie en paddle

Si je ne savais pas pertinemment que ce sont des restes de colle néoprène qui engluent mes doigts, je pourrais me demander si je ne commence pas à me transformer en Spiderman. 

Lorsque j'ai commencé à donner la fessée, bien avant de connaître Simon, j'aimais beaucoup les instruments pervertibles: brosse à cheveux, règles plates, spatule, cuillère en bois... J'étais bien trop inhibée pour acheter un vrai instrument de fessée qui ne se confonde avec rien. J'avais peur que ma mère tombe dessus, parce que je n'avais pas de relation, et que je n'avais pas envie qu'elle croie que je me les infligeais à moi même. (Ma mère sent depuis très longtemps mes envies autodestructrices mais il se trouve que pour le moment j'arrive encore à maintenir le doute dans son esprit). 

Quand j'ai rencontré Simon, sa toute première fessée a été donnée avec de tels instruments. Mais à partir du moment où nous avons vécu ensemble, les fessées ont été de plus en plus fréquentes, et mes instruments de cuisine ont montré des signes de faiblesse. C'est comme ça que je suis allée chez Demonia la toute première fois. Mais comme le martinet, le paddle et la badine n'étaient pas assez variés, je ne me suis jamais lassée des "pervertibles". Vous avez un aperçu de notre collection d'instrument sur le post consacré à ma fessée d'anniversaire

Je ne suis plus jamais passée près d'un rayon d'ustensiles de cuisine ou de brosses à cheveux sans émotion. En parallèle, je suis devenue un peu obsédée du soin capillaire. Je savais que les brosses à cheveux en plastique faisaient de l'électricité statique, l'ennemi numéro un de l'écaille du cheveu. Il était donc urgent de me procurer une nouvelle brosse. Pas n'importe laquelle, une qui serait garantie sans électricité statique, en bambou avec des pics en bois. 

Malheureusement, cette brosse en bambou ne servit pas qu'à mes cheveux. Elle me servait aussi à donner de bonnes fessées déculottées à Simon. Aucun de ces deux usages ne fut bon pour elle: mes cheveux emmêlés et bouclés avaient raison des pics en bois, les fesses de Simon fêlaient le dos de la brosse. 

Le bricolage, en fessée, est toujours possible. Waldo en fait de superbes. Et moi, sans avoir le niveau de Waldo, j'aime bien faire des petits bidouillages. 
J'ai donc décidé de transformer ce qu'il restait de ma brosse en paddle. 
Avant de commencer quoi que ce soit, j'ai retiré les pics en bois - enfin, ce qu'il en restait - et j'ai badigeonné de colle néoprène pour réparer les fêlures. En maintenant avec plusieurs tours de scotch pour que ça reste bien serré. 

Le reste ne m'a pas coûté grand chose: deux chutes de cuir achetées au rayon brico du BHV - j'adore leur rayon cuir et cordonnerie, je passe toujours un temps fou à fouiller les bacs de chutes, ce bricolage fessée me permet donc de réduire un peu mon stock - un mouchoir trouvé pour une misère chez Emmaüs, des ciseaux, et un tube de colle néoprène.

  

J'ai ensuite tracé la silhouette de la brosse sur ma pièce de cuir noir (un peu trop épais, mais au moins, il ne devrait pas s'user trop vite). 

 

Puis j'ai procédé au découpage. J'ai cru que l'épaisseur du cuir allait avoir raison de mes ciseaux, mais finalement, ils ont survécu, et tant mieux, parce que je ne vois pas comment j'aurais pu les détourner en instruments de fessée. 

  

Le tube de colle disait qu'il fallait enduire les deux surfaces à coller, attendre que les solvants s'évaporent, puis assembler en appuyant fortement. J'ai bien senti l'évaporation des solvants, c'est pour éviter de finir avec la tête comme un couscoussier que j'ai réparti la fabrication sur deux jours. 

 

Le lendemain, j'ai collé le cuir qui dépassait sur les côtés de la brosse, puis j'ai roulé le mouchoir en boule. Je ne voulais pas d'un paddle aplati des deux côtés, je voulais qu'une des faces soit bombée, et qu'une tape donnée avec ce côté là fasse une sorte de gros "pouf". 

 

Et on recommence avec la colle... 

  

Les solvants qui s'évaporent... 

 

La pression ferme et solide de mes petites mains graciles de femme (esprit léger et séducteur). 

  

On vérifie que tout va bien...

 

A ce stade, il reste des finitions. Forcément, puisque je n'ai pas fait de patron, je n'ai rien mesuré, et j'y suis un peu allée à la va comme je te pousse en regardant la télé. 

  

J'ai fait la poignée avec un autre morceau de cuir noir (et je me suis mis de la colle plein les doigts, pour changer un peu). 

 

 Et tâ- dâ! Le paddle est enfin fini. Il a un côté bombé et "pouf-pouf" comme je voulais, l'arrondi vient d'une pièce de cuir gravé en creux que j'avais choisie sans savoir ce que j'allais en faire, il est en cuir noir dans le plus grand respect des clichés BDSM (vous ai je déjà dit que je n'avais pas de corsets en latex noir?) et dès qu'il sera sec, je vais l'essayer sur les fesses de mon photographe préféré. 

Constance Clairvaux

mercredi 16 avril 2014

Le temps de l'innocence 4 (récit de fiction): Suivre les pointillés

Chaque chose venant en son temps, on dirait que le nouveau texte de Simon a enfin trouvé son temps, celui là même que Simon lui avait pris. Le point de départ de cette histoire est une anecdote réelle, que Simon m'a racontée. Il me parlait de son enfance, et a été épargné par nombre de traumatismes: il n'a jamais été soigné avec des suppositoires, sa température n'était prise que sous son bras, et il n'a jamais associé le monde médical à des fantasmes de fessée. Mais comme je lui avais dit que ça m'était arrivé de faire cette association, il s'est souvenu de la fois où il avait été déculotté dans un contexte médical. Sur le coup, rien de bien traumatisant: il se faisait examiner la colonne vertébrale, il devait passer en caleçon, et la personne chargée de lui faire prendre correctement la position avant baissé son caleçon d'un geste un peu ample. 
C'était largement suffisant pour m'émoustiller, et pour lui demander d'en faire un récit. Maintenant qu'il est terminée, je suis encore plus émoustillée.

La couverture plastique du carnet de correspondance, déjà passablement usée, s'est encore déchirée.
Heureusement que le surveillant posté à la porte du collège n'a rien dit. Tant que la couverture ne s'est pas complètement repliée en tombant dans le cas, tout va bien, pas la peine de perdre du temps pour s'arrêter. Le sac, lui aussi fatigué après deux années de collège, retombe presque par terre lorsque Juliette lutte avec les fermetures éclair pour le refermer, tout en avançant vers le bus. Elle finit par le mettre à dos encore à moitié ouvert, et se met à courir : cet ahuri de chauffeur fait déjà tourner le moteur. À l'arrière, les lycéens s'impatientent.
Comme elle est toujours parmi les derniers – que ce soit pour la cantine ou pour le bus, il n'y a plus de doubles places libres. Elle avance en espérant trouver une tête à peu près sympathique.
-Coucou !
Pierre enlève son sac du siège à côté de lui.
-Ça va ?
-Moui. Comme après deux contrôles.
-C'était quoi ?
Juliette écoute distraitement. Ils n'ont pas les mêmes professeurs, et elle a toujours l'impression que c'est plus facile avec ceux qu'elle a qu'avec ceux des autres.
Elle a entendu parler, comme tout le monde, des obsessions de Monsieur Vallognes, mais il n'enseigne pas en troisième, ce qui enlève un sujet de conversations. La prof de français que Pierre a maintenant est plus intéressante, mais fait beaucoup de contrôles et donne beaucoup de devoirs.
-Oui, au moins, elle donne des trucs sympas. Je préfère ça aux champs lexicaux.
Le prof de Juliette, lui, n'est pas sévère, mais elle a envie de bâiller dès qu'elle le voit. On dirait qu'il choisit toujours les exercices les plus ennuyeux (il paraît que ce sont les plus faciles).
-Bah, je dis pas, mais ça tombe le même jour que la physique-chimie.
Qu'il a réussie, bien sûr, mais ne va pas insister sur ses bonnes notes. De toute façon, Juliette a les mêmes. S'il y a un avantage à ce qu'ils sont dans des classes différentes, c'est qu'au moins, on ne les compare plus et personne n'essaye de les pousser à la compétition.
-Sinon, Leroux nous encore dit qu'on était les plus pourris du collège.
-C'est ça, il doit dire ça à tout le monde.
-Tu l'as eu ?
-Oui, en Cinquième.
Le bus arrive enfin à s'insérer dans la circulation et la vibration du moteur fait un moment claquer les dents.
-Ah, par contre, il paraît que le contrôle de maths va sauter !
-Nous, on l'a le mardi. Sur les cosinus ?
-Euh, non, les fonctions. Mais c'est pas sûr.
-Ton prof n'est pas là ?
Pierre fait signe de la tête.
-Non, il paraît qu'on a un examen médical.
-Ils font une visite médicale au collège ? C'est quoi ce délire ?
-Non, pas une visite;Enfin, je ne sais pas trop comment ça se passe. Tu sis, le machin de la colonne vertébrale. Tu vas pas avoir ça ? Je croyais que c'était pour tout le collège ?
-Bah, ça me dit rien. Et ils font ça demain ?
-Oui. Ils ont ramassé les papiers, tu sais, il y a eu un papier à faire signer comme quoi on était d'accord.
-On a rien eu. Peut-être ce sera plus tard, on a demain Madame Verdier, c'est la prof principale.
-Ah. J'ai failli oublier le papier, il a fallu que je retourne le chercher ce matin et j'ai failli rater le bus.
-Bah oui, tu oublies tout le temps un truc.
-Ça va, pas tous les jours non plus... Mais bon, là je me serais fait engueuler puis ça se trouve je pourrais pas le passer.
Pierre vérifie quand même que son carnet est bien dans le sac, comme sa trousse.
-Tu sais qu'il y en a qui ne voulaient pas ?
-Ne voulaient pas quoi, se faire examiner la colonne ?
-Oui.
Juliette hausse les épaules :
-Bah c'est bête. Pourquoi ils veulent pas ?
-Il paraît que c'est parce qu'il faut se déshabiller.
-Bah oui.
-On nous a dit qu'un mec te faut des marques sur le dos et après ils font des mesures. Et du coup, il y a des filles qui n'ont pas voulu, il paraît que ça se fait pas de leur demander d'enlever le soutif.
-Qu'est-ce que ça peut faire ? C'est des médecins, non ?
Juliette hausse encore les épaules.
-C'est ce que la prof a fait. « Tu sais, ils ont vu des filles plus jolies de toute façon ».
-C'est trop ça.
C'est drôle, Juliette semble être la première fille qui ne s'en offusque pas.
-Bah oui, du coup, moi je me fais taguer le dos demain.

  
Petit mot de Constance: je n'allais pas laisser passer une aussi belle occasion 
de dessiner sur son dos, de le déculotter et de prendre des photos, vous vous en doutez bien

Ils font des marques sur le dos. Tout en parlant de la dernière bagarre dans la cour de récré qui a obligé madame Ben Hamdou à interrompre son cours et laisser une classe au risque de la laisser partir en vrille, elle se prend à imaginer un médecin s'apprêter à faire des marques sur le dos dénudé de Pierre. Comment ça se passe, au fait ?
-Ah, c'est elle qui est sortie ? Nous, on était dans la salle 315, le prof a regardé par la fenêtre mais après, on a entendu qu'ils se faisaient engueuler et ça s'est calmé.
-Bah oui, nous, on était juste à côté, on entendait tout.
-Et ça n'est pas parti en vrille quand elle est sortie ?
Au fait, est-ce que ses omoplates se voient beaucoup quand il enlève son t-shirt ? Il n'est pas épais. D'un autre côté, c'est pas non plus le genre rachitique, avec un peu de chance, il a quand même un peu de muscles...
-Ben non, on était tous aux fenêtres pour voir ce qui se passait !
Ça ressemblait assez à Pierre de ne même pas bouger de sa chaise au fond de la classe pour une bêtise pareille... D'un autre côté, c'est toujours un truc à raconter.
Andouille, pourquoi ce serait la « chance » ? Le médecin, il s'en fiche si Pierre est maigre ou pas. Limite, c'est plus facile, pas la peine d'user son marker.
Quand est-ce qu'elle a pu le voir sans t-shirt ? Sans doute à l'époque où ils jouaient ensemble, mais ils avaient huit ans à l'époque.
-Tu les connais ?
-Qui ça ?
-Bah les deux cons qui se sont battu ?
Pierre hausse les épaules. Avec les cinq classes de troisième, c'est pas étonnant.
-Elle les a envoyés à la vie scolaire.
-Bah oui, elle allait pas les faire entrer dans la salle... il y a déjà assez de cons dedans !
-Pas la peine de faire baisser le QI général.
Le bus ralentit dans une rue étroite entre les pavillons. Après un carrefour de plus, il s'arrête une première fois.
Ils échangent encore deux-trois phrases, en attendant l'arrêt où ils descendent tous les deux.
Tiens, le sac de Pierre a glissé sous le siège devant.
Juliette profite de ce qu'il reste peu de monde à l'arrière : elle attend, un peu en retrait. Pierre se penche pour récupérer le sac. Avec son pull, elle ne peut pas apercevoir grand-chose, juste un bout de son dos, avec la deux vertèbres perceptibles. Au fait, où est-ce qu'ils les dessinent, leurs marques ?
Ils se séparent lorsque Juliette tourne et pousse son portail, sans avoir trouvé d'occasion de revenir sur l'examen de la colonne vertébrale. De toute façon, comme ça n'avait pas encore eu lieu, Pierre n'aurait pas pu en dire beaucoup plus. Tant pis, ça allait se passer demain – avec un peu de chance, il allait lui en reparler. Mais pourquoi diable on n'a rien proposé de tel à sa classe ? Non qu'elle redoute d'être bossue, mais au moins, elle verrait clairement.
Pff, qu'est-ce que c'est bête.
Et elle monte l'escalier en sautant les marches trois par trois.

Le lendemain, elle cherche Pierre des yeux dans la cohue de l'attente de la sortie. Elle l'a déjà fait pendant l'heure de permanence, mais elle savait très bien que la classe de Pierre a un cours à ce moment-là. Si c'est médical, ça doit se passer à l'infirmerie ? Elle ne connaît pas vraiment l'endroit, elle n'y est jamais allé, sauf une fois, il y longtemps, quand il a fallu déposer des papiers.
En tout cas elle sait où est l'infirmerie, mais n'a vu personne qu'elle connaisse en venir.
-Salut !
-Ça va ?
-Oui. Sauf que la documentaliste est complètement folle
-On était au courant. Qu'est-ce qu'elle a fait ?
Heureusement qu'elle n'a pas besoin du CDI pour trouver un livre ou faire une recherche : en général, c'est beaucoup plus efficace de demander à ses parents.
Ils sont dehors avant que Pierre n'ait le temps de finir, et comme le contrôle à la sortie prend du temps, le bus attend déjà. Ils s'installent à l'avant, c'est toujours plus tranquille.
À l'intérieur, il fait insupportablement chaud, le soleil tape à travers les vitres et le chauffeur, qui est en manches courtes, n'a pas dû réduire le chauffage depuis le mois de décembre. Pierre se laisse tomber sur le siège et enlève son pull.
-Oh non, c'est le sauna ici. Et moi je viens d'avoir le sport.

Le détail amusant, c'est que, quand j'étais petite, j'aurais remarqué 
les pointillés dans le dos aussi bien que Juliette

Juliette ne rate pas le moment où le pull soulève le t-shirt :
-Hihi, tu as des pointillés sur le dos.
-Ah oui. Histoire de trouver où visser la tête. Bah, ça devrait finir par partir.
-Alors, c'était si terrible ?
-Quoi, le truc de la colonne vertébrale ? Pourquoi ?
-Il n'y a pas eu des andouilles qui avait peur d'enlever leur soutif ?
Il faudrait déjà avoir quelque chose à soutenir. Mais elle ne va quand même pas lui dire qu'elle n'en porte pas.
-Ah, si. Ben, moi, c'est autre chose qu'on m'a enlevé.
Juliette n'en demandait pas tant. Pierre, visiblement, non plus, puisqu'il a l'air un peu gêné. Elle se contente de glousser.
-Bah, franchement, ça allait. C'est juste bizarre qu'on nous faisaient entrer par trois.
-Ah ?
-Ben oui, il y a un type qui est passé et qui a dit à la prof ce qu'il fallait faire. Donc, on y allait par trois, comme ça elle pouvait faire son cours quand même. Tu vois l'infirmerie ?
-Pas vraiment, quand je suis malade, je viens pas au collège.
-Il y a une espèce de cagibi, ils avaient leur matos là-dedans. Donc ça faisait une pièce, mais toute petite, où on attendait, et une autre où il y avait l'espèce de caméra et une lumière bizarre.
-Ils vous ont demandé de vous déshabiller ?
En matière d'habileté, on a vu mieux. Il va falloir un peu de chance pour qu'il ne la grille pas. Mais qu'est-ce qui lui arrive, au juste, pour vouloir imaginer cet examen ?
-Bah oui, seulement, moi je croyais qu'ils voudraient juste voir le dos, mais non, ils voulaient qu'on soit carrément en sous-vêtement.
Heureusement qu'il n'y a personne devant eux, et ça braille beaucoup derrière !
-... du coup, les deux étaient là à attendre en caleçon pendant que l'autre allait dans l'autre pièce, ils te dessinent les marques sur le dos et tout.
Comment ça, et tout ? Tout quoi? Seulement, si elle lui demande ce que ça fait d'être presque nu devant deux autres garçons et les médecins, elle va passer pour une obsédée.
Pour le moment, elle laisse Pierre parler d'autre chose. Alors, il étaient trois, mais Pierre est le seul qu'elle imagine à peu près clairement. C'est plus facile, vu qu'il est juste à côté d'elle, mais en réalité, elle n'a pas vraiment envie d'imaginer précisément les autres. Dons, ils doivent se déshabiller. Pourquoi tous les trois en même temps ? S'il n'y en a qu'un seul qui passe, il auraient pu le faire juste avant de passer, et du coup, si Pierre avait été le premier (ça aussi, il en a rien dit...), les deux autres auraient encore tous leurs vêtements pendant que lui, juste en sous-vêtement, avançait dans l'autre pièce.
Mais non, ils ont dû faire ça juste pour aller plus vite. Alors, elle essaye d'imaginer les trois garçons alignés, en train d'attendre. Tous les trois presque nus... Ils ont été gênés de se déshabiller ? Est-ce qu'ils ont hésité à le faire ? Ça ressemble assez à Pierre d'être gêné, elle l'imagine mal en profiter pour montrer aux autres ses muscles. Mais les autres ? Elle n'en sait rien pour le moment, mais elle préfère imaginer trois garçons plutôt petits, les trois également gênés. Ont-ils été maladroits au moment de se déshabiller ? Comme lutter avec le pantalon qui s'accroche aux talons ?
D'ailleurs, on dirait que Pierre savait à peu près comment ça allait se passer. Donc il savait qu'il allait être déshabillé. Est-ce que c'est gênant, le matin ? Elle s'imagine ce matin – si c'était à elle ? Il faudrait prendre dans le tiroir une culotte en sachant que quelqu'un allait la voir ; maintenant, elle sait qu'en plus des gens chargés d'examiner sa colonne vertébrale, il y aurait deux de ses camarades de classe. Ah zut, ça se trouve, il faudrait du coup qu'elle mette un soutien-gorge, pour éviter que ces andouilles ne se moquent ?
-Ah, au fait, tu as pris mon cours de géo ?
Elle avait emprunté le cahier de Pierre pour rattraper une absence : les deux classes ont fait la même étude de cas, mais le prof de Pierre est meilleur. Et elle préfère demander à Pierre qu'à quelqu'un de sa classe.
-Oui ! Par contre, j'ai oublié ton cahier, si tu veux, tu viens avec moi et je te le rends.
-Ça va pas te déranger ?
-Mais non !
Est-ce qu'il aurait hésité à faire cet examen s'il savait qu'ils allaient y aller par trois ? Ça se trouve, les filles qui ne voulaient pas, c'est parce qu'elles le savaient ? En tout cas, elle, elle le ferait ; c'est pas normal qu'une classe l'ait et pas l'autre.
-Salut !
-Bonjour madame.
-Ah, bonjour, Pierre. Tu viens pour ta géo ?
-Oui.
-Tant qu'à faire, on va la faire ensemble.
-Je croyais que c'était un cours à prendre ?
-Oui, mais il y avait aussi des questions, alors on va les faire.
-Ah, c'est une bonne idée.
Juliette est un peu prise de vitesse, mais ça ne la dérange pas, et c'est toujours pratique de paraître sérieuse auprès des adultes.
Ils montent l'escalier à deux, pendant que la maman de Juliette retourne à l'impressionnante pile de de dossiers qui déborde de son bureau, une nouvelle tasse de café à la main.
Pierre traîne un peu.
-Ça t'a achevé de t'être fait filmer le dos ?
-Mais non, c'est le cours de sport. Non, la colonne, c'était rapide. En fait, quand tu es déshabillé, ils te font entrer dans l'autre pièce, il faut se mettre dos à la machine, et là ils branchent la lumière bizarre, tu sais, un machin qui projette des stries de lumière. Comme dans les films, façon vieux écrans. Donc tu restes comme ça un moment, après, ils te disent de te baisser, il y a un type qui appuie sur ton dos pour que tu te baisses bien, après tu te redresses, ils changent la lumière, et c'est bon, ils appellent le suivant.
-Ah oui, c'est rapide.
-Donc c'est pas ça qui te fatigue. Bon, ils auraient pu éviter que ça tombe le jour du sport, ça donne des idées débiles à certains.
-Comment ça ?
-Bah, à un moment, sans doute pour qu'on voie bien les marques sur ton dos, ils te baissent le caleçon.
Ah quand même. Donc, Pierre s'est retrouvé tout nu devant les autres ? Bon, les autres devant lui aussi, mais c'est moins drôle.

Ah, le caleçon qui descend plus que prévu... Comme c'est réjouissant!

-Complètement ?
Pourquoi tu ne sais pas te taire, espèce d'andouille ? Sinon, Pierre garde cet air presque indifférent, juste un peu amusé, en fait, il doit se douter de quelque chose. Ne manquerait que de passer pour une obsédée.
-Normalement, non. Sauf qu'ils ont l'air de faire à la chaîne, tu vois, genre, les marques, ils les font un peu n'importe comment. Et pareil pour ça : c'était juste pour le bas du dos, mais comme ils tiraient un peu franchement, le type avant moi s'est retrouvé les fesses à l'air.
-Ça devait faire bizarre.
Ça veut dire qu'il n'est pas passé en premier. Mais, du coup, il savait qu'il allait être déculotté.
-Un peu. Bon, sur moi, il a tiré un peu moins. Mais bon, c'est des infirmiers ou je ne sais pas quoi, ils s'en fichent un peu.
-Et personne n'a rien dit ?
-Pas vraiment, le premier s'est juste retourné, un peu surpris, et tout le monde a un peu rigolé.
Pas plus que ça. Est-ce qu'elle aurait plus de de réaction ? Pas vraiment, mais elle est presque déçue pour Pierre. En même temps, même s'il avait été gêné, il ne le dirait pas. Mais il a peut-être rougi ? Ce serait marrant à voir.
-Elle fait quoi, leur lumière bizarre ?
S'il rougissait, ça pourrait être difficile à voir.
-Rien du tout. Il fait juste sombre, et ça projette des petites stries de lumière jaune.
Elle imagine ces stries de lumière remplir la pièce dans laquelle un garçon vient de pénétrer. La porte reste ouverte. Les deux autres patientent, à moitié nus, tendus – même si, visiblement, Pierre ne l'était pas tant que ça. Puis la lumière change, l'appareil ronronne (pourquoi faut-il qu'il ronronne, l'appareil ? Peu importe, ça fait plus sérieux)... les deux garçons se balancent d'un pied à l'autre ; puis c'est le tour d'un autre. Elle imagine Pierre en dernière position ; le premier revient, tout rouge, en train de remonter son caleçon, puis il se remet dans le rang. En réalité, il devrait plutôt se rhabiller tout de suite. Mais elle le voit revenir, et attendre, comme s'il n'osait pas le faire sans autorisation. Elle imagine Pierre de plus en plus inquiet à mesure que son tour approche – alors même que Pierre est en train de chercher le cahier de géo.
-Ah, c'est bien ça, j'ai déjà fait la première question ! Par contre, la deux et la trois, j'ai eu trop la flemme.
-Tu m'étonnes.
-La deux, c'est facile, remarque.
-Mhm.
Et lorsqu'arriverait le tour de Pierre ? Il ne devrait pas avoir l'air si gêné ou intimidé que ça : en fait, elle l'imagine à peu près comme il a dû réellement être cette après-midi. Alors il entre dans la pièce à côté, il se place dos à l'appareil qui ronronne sans qu'elle sache pourquoi. Alors, ses omoplates ? Les deux traits tracés à la hâte sur son dos qu'elle a aperçu, et d'autres marques. Omoplates, peut-être le bassin ? Et puis, un homme, en blouse blanche, tire sur son caleçon, et Pierre se retrouve les fesses nues, sans broncher.


Pourquoi, au juste ? Parce que la colonne vertébrale,ça ne l'intéresse pas tant que ça. Non, en fait, ce qu'elle voit, c'est Pierre qui se laisse déculotter, tranquillement, docilement. Elle lui imagine les fesses toutes blanches, comme celles d'un gamin qu'elle a aperçu l'été dernier à la plage et qui n'arrivait pas à se changer parce qu'il était encore humide.
Elle secoue la tête. Juste à côté, Pierre feuillette le manuel, l'air distrait, se tenant la tête.
-Tu es d'accord, c'est du n'importe quoi ces histoires de par-cœur ?
-Bah, j'ai rien appris par cœur depuis qu'on n'a plus de poésies, alors oui, je dirais. Pourquoi ?
-Parce que je me souvenais pas de Besançon, tu sais, sur la carte des régions, alors Maxime m'a saoulé avec ça, comme quoi pour le brevet il faut tout connaître par cœur.
-Parce que Maxime sait vachement comment ça marche le brevet ?
-C'est ce que je me suis dit. Pour le moment, il a toujours pas maîtrisé son réveil.
-Rigole pas, moi j'ai toujours peur de pas me réveiller le jour du brevet.
-Tiens, c'était pas Sophie qui disait que ça servait à rien d'apprendre par cœur ?
Pierre referme le manuel et se met en tailleur sur sa chaise.
-Sophie ? Tu l'as vue cette année ?
-Ouais, pour l'éducation civique. On n'en a jamais fait en cours, puis le prof nous a filé un gros devoir.
-Elle était sympa. Enfin, moi, ça fait longtemps, hein, je me souviens surtout qu'elle s'est fourré dans notre cachette derrière la haie et qu'elle t'a convaincu de jouer à la marelle avec moi.
Et elle a mis une tape sur les fesses de Pierre. Ça, elle s'en souvient, et mieux que de la cachette dans la haie : elle ne sait plus très bien où c'était exactement. Elle est tentée un instant par l'image de Sophie en blouse blanche, mais c'est pas ça – c'est juste le geste de la main de Sophie, tel qu'elle l'avait retenu, qui passe maintenant à l'homme en blouse blanche : c'est lui qui claque du bout des doigts les fesses de Pierre, avant d'aller activer l'appareil au fond de la pièce.
Elle s'approche, pour recopier la consigne exacte, et en profite pour ajuster l'image de Pierre avec la réalité. Tout se mélange un peu – le souvenir de la journée qu'elle avait passée à jouer avec lui, quand ils étaient au primaire et quand Sophie lui a mis une tape plutôt amicale sur les fesses – mais à l'époque, le garçon n'avait pas la même apparence qu'aujourd'hui ! Et le Pierre actuel, cette après midi, presque nu. Il n'avait pas bronché quand l'homme en blouse blanche lui a baissé le caleçon – l'a déculotté – mais s'il se prenait encore une tape sur les fesses ? Là, il se serait sans doute retourné, avec le même air outré. Et les deux autres garçons, qui restent inexplicablement déshabillés ? Ils auraient sans doute envie de rigoler. Elle n'a pas envie que des garçons se moquent de Pierre.
Mais non, s'ils sont revenus tellement rouges et tellement honteux, c'est qu'ils ont eu eux aussi une tape sur les fesses !
Mais pourquoi ils mettraient des claques aux garçons à qui ils doivent mesurer la colonne vertébrale ?
« Tiens-toi tranquille ! »
Oui, c'est peut-être ça ?
-Comment t'as pensé à demander à Sophie ? On l'a pas vue depuis le primaire !
-Il paraît qu'elle a dit à mes parents que si j'avais besoin pour le brevet, ça la dérangeait pas de venir. Du coup quand je râlais pour le devoir, ma mère l'a appelé. À mon avis, ça la dérangerait pas de te filer un coup de main non plus.
Elle hausse les épaules. En fait, voir Sophie, ça pourrait être sympa, mais elle n'en a pas besoin pour le brevet.
-Elle m'a dit qu'on travaille jamais aussi bien qu'avec un élève qui n'en a pas besoin.
-Tu m'étonnes. Tiens, en fait, si ça rassurait ma mère...
-...elle te dirait moins de réviser ?
-Après, je me vois pas lui dire « je veux bien que tu viennes pour que mes parents me laissent glander, si ça te dérange pas ».
-Moi, j'ai pas eu besoin de le dire, elle a fait le calcul elle-même.
Elle revoit la claque sur les fesses. Mais ce n'était qu'une seule claque, par jeu, et elle ne peut pas demander « au fait, elle te met toujours des fessées ». Les trois garçons qui reçoivent chacun une petite fessée... Et à la fin, quand on peut éteindre l'appareil, peut-être que l'homme en blouse blanche lui en mettrait une autre ? « C'est bon, file ! ».
-Tu te souviens quand j'essayais de grimper à l'arbre ?
La fois où Pierre l'avait entraîné à faire ça, et Sophie était obligée de les gronder.
-Mais qu'est-ce que vous avez tous avec cet arbre ? Sophie m'en a parlé aussi. On a fait pire comme connerie, franchement.
-Bah oui, quand il n'y avait personne pour nous dire d'arrêter. Dis, il faut vraiment colorier cette carte ?
-Oui, le prof dit que les hachures ça fait moche, ou alors à la règle et je ne sais pas quoi d'autre.
Ce jour-là, Sophie avait bien puni Pierre... Non, elle ne peut pas lui rappeler ça, elle se sent gêné à l'idée d'en parler, presque autant qu'à l'idée qu'elle passe l'après-midi à imaginer Pierre déculotté. Mais elle se souvient de lui puni, et même de la fierté qu'elle a eu à s'imposer la même punition. Elle aurait bien rappelé ça, mais non, c'est trop proche de ce qui se passe dans sa tête. Elle se souvient de Sophie qui oblige Pierre à se mettre pieds nus pour être sûre qu'il n'allait pas faire de bêtises dehors, et elle imagine les trois garçons qui se déshabillent en même temps. Elle se demande s'il a pu se souvenir de cette punition cette après midi : il a bien fallu qu'il soit pieds nus. Et ce n'est que maintenant qu'il est en chaussettes rayées, en tailleur sur sa chaise de bureau qui tourne légèrement à chaque mouvement, et ça fait vraiment petit garçon. Mais ça lui plaît plutôt, elle l'aime bien comme comme ça : pour une fois qu'un garçon ne se met pas en scène.
-Tu as eu ça en cours ?
-Oui, pourquoi ?
-Parce que nous, non, et apparemment c'est ce qui peut tomber au brevet blanc.
Elle hausse les épaules.
-Moui, pourquoi pas. De toute façon, c'est pas compliqué.
Et si les gens en blouses blanches avaient droit de punir les élèves qui se tiendraient mal ? Mais dans ce cas, ils ne mettraient pas de fessées tout le monde, juste quelques-uns, et Pierre n'aurait pas une seule claque. Non, elle les voit distribuer les fessées comme ils distribuent des traits de marker dans le dos – presque machinalement, calmement. « Hop, voilà » - le caleçon baissé, une claque, deux, trois, ou même plus, très vite, des claques qui sont gigoter les fesses : « voilà pour toi. Allez, file, suivant ! Comment tu t'appelles ? » Tout ça entre les manipulations de l'appareil. Et, bien sûr, des claques supplémentaires pour qui se tient mal : « eh, pourquoi tu te rhabilles ? » ou « allez, dépêche toi, enlève ce pantalon ».


Pierre est penché sur sa feuille, à colorier la région Bourgogne. Il a l'air fatigué, et à voir les traits qu'il laisse sur la carte, elle comprend pourquoi il aurait préféré faire des hachures. Une mèche de cheveux lui tombe dans l'œil.
Juliette adopte tout de suite cette mèche : elle la voit tomber dans l'œil de Pierre juste après l'extinction de l'appareil, quand il sort de la pièce, en remontant son caleçon (tout à l'heure, elle a vu un bout d'élastique bleu – le reste du caleçon doit l'être aussi?) et en frottant ses fesses.
« Bah oui, sinon ça ne marche pas ». Une explication - même si elle n'en voit aucune – de la nécessité de ces fessées. Non, ils n'ont rien fait, il sont gênés comme par une punition, ils ont tous la fessée, mais personne n'est fâché : c'est de routine. C'est pour ça qu'aucun ne proteste : il faut bien la fessée avant l'examen, c'est comme ça que ça marche.
-Ouais, pour les coloriages, je crois que j'ai compris, on peut faire ça plus tard, non ?
-Ouais, allez.
-Parce que là, ça me saoule.
-Pareil. Tu peux rester un peu, ou il faut que tu rentres ?
Il peut bien rester, de toute façon ses parents sont encore au travail. Juliette allume son ordinateur, mais l'observe bien alors qu'il se lève de la chaise et s'étire. En plus, il lui prend de mettre les mains dans les poches arrière de son jean – elle l'imagine dans la même posture, les vêtements en moins : il vient d'avoir sa fessée, et de bien se tenir pendant les mesures, mais maintenant il se frotte les fesses, toutes rouges. C'est pas vrai, elle est en train d'imaginer ce garçon presque nu, et les fesses rouges... Ou alors, c'est encore mieux qu'il soit comme ça juste avant : parce qu'il a vu les autres garçons sortir tout gênés, il redoute la fessée qui l'attend. Ça fait un moment qu'il attend, après s'être déshabillé maladroitement (elle l'imagine, en même temps, défaire sa ceinture puis sautiller pour enlever les chaussettes à rayures), et imagine la fessée. Parce qu'il doit avoir la fessée, c'est comme ça que ça marche. Le dernier garçon vient de sortir, il se remet dans le rang – c'est à lui. Alors il avance, justement comme ça, les main sur les fesses, parce qu'il est inquiet – mais pourquoi diable elle a toujours envie de l'imaginer inquiet ? En fait, elle n'a pas envie qu'il soit inquiet, c'est pas gentil – parce qu'il a vu que ça fait mal. Et les deux, qui ont eu leur fessée, ils voient son inquiétude, ils ont déjà caché leurs fesses rouges, alors ils commencent à en ricaner, justement au moment où Pierre est bien obligé d'enlever ses mains de là, parce que le monsieur va le déculotter, de ce mouvement routinier un peu plus ample que nécessaire – et si le caleçon glissait alors jusqu'aux genoux. Alors il serait là, déculotté, presque nu : peut-être qu'il faudrait qu'il se penche plus tôt, pour voir si les marques sont bien dessinées ?
Pierre se courbe, fouille dans les câbles des manettes qui se sont emmêlé.
Et il tendrait ses fesses nues : « c'est bien comme ça. Alors, je te mets ta fessée, après on fait la mesure et c'est bon ».
La mèche lui tombe encore dans l'œil, mais il n'ose pas l'écarter, il bouge pas puisqu'il faut tendre ses fesses pour la déculottée ; elle voit la main de l'homme en blouse blanche sur les reins de Pierre, justement là où sa colonne vertébrale se sent bien à travers la peau, et l'autre main qui se lève pour appliquer la fessée.
-Tu veux jouer en premier ?
Il sourit et écarte la mèche de son œil.

Simon Pfeiffer

lundi 17 mars 2014

Le charme désuet des hôtels

 Voici un petit récit qui explique aussi pourquoi nous avons encore été silencieux pendant un moment. Globalement, tout est authentique: je dis globalement, parce que je l'ai écrit de mémoire, sans même revoir les photos. Il arrive que le récit ne colle pas exactement aux images - je sais, mais j'ai fini par ne pas corriger. Je ne prétends pas qu'il n'y ait dans ce choix aucune trace de ma paresse invétérée - elle y est, mais pas que. J'ai mentionné dans le texte les mêmes photos que vous voyez, aussi pour rappeler que les prises de vue perturbent plus ou moins le rythme du jeu (même si elles y ajoutent beaucoup). Il fallait donc fluidifier en mettant n récit, rajouter des transitions qui, en réalité, ont été plus abruptes, supprimer les hésitations. Pour une fois, je préfère les mettre en scène et laisser les coutures apparentes.

J'aime beaucoup imaginer des formes possibles d'une discipline en voyage. Peut-être que des longues immobilisations dans une voiture ou un train, à peine interrompues, se prêtent bien aux fantasmes ?
La mise en pratique de ces imaginations est beaucoup plus compliquée. Difficile d'être vraiment à l'abri des regards sur la route, ou d'assurer la discrétion dans une chambre d'hôtel. Mais la tentation est toujours là.


Elle y était aussi lorsque nous sommes partis en Italie avec Constance. De toute manière, puisque nous partions pour une dizaine de jours, il fallait bien que la question des jeux et punitions se pose, et avoir un blog nous y poussait d'autant plus : c'est toujours quelque chose à raconter et surtout une occasion de faire des photos ailleurs que dans le studio.
Un regard complice échangé par-dessus la valise ouverte a suffi : nous emportions le loopy : maniable, léger, et surtout silencieux !
Dans la même valise, Constance a déposé mon nouveau pyjama de fillette.
-Tu n'as rien contre, je suppose ?
Bien sûr que non. Ainsi, j'avais un pyjama pour dormir, et une bonne tenue de puni discrète.
Le soir même, nous montions dans le train.
Je n'espérais pas vraiment y jouer, ce serait trop croire ses fantasmes. Mais, si jamais nous étions seuls dans le compartiment ? Une petite tape sur les fesses pourrait très bien passer. En tout cas, nous aurions pu parler sans complexe de nos idées étranges, et le bercement du train allait certainement m'en apporter. J'aurais pu écoper de l'habituelle punition d'être mis pieds nus (ce qui m'est déjà arrivé dans un TGV) pour avoir dit des bêtises...
Mais non, raté : le compartiment était bondé.
Et sur place, après une journée bien remplie ?
Eh bien, il fallait rester prudents. Par économie, nous avons loué une chambre chez des habitants. L'endroit était idéal pour ce que nous avions à faire en Italie, en plein cœur du centre historique : un appartement plutôt confortable dans lequel un jeune couple louait une chambre.
Non que nous n'y ayons pas pensé : nous avons bien observé l'épaisseur des murs, imposante pour certains, pas pour d'autres, le risque d'être entendus des voisins – presque nul, puisque la chambre était au milieu de l'appartement, entourée par d'autres pièces ou le couloir qui devraient arrêter tous les bruits suspects avant qu'ils n'arrivent jusqu'aux oreilles extérieures.
Nous avons aussi repéré les moments avantageux. Il se trouvait que nos hôtes travaillaient beaucoup, et sortaient souvent après le travail, si bien que nous étions souvent seuls pendant une bonne partie de la soirée.
Seulement – même si le risque n'était pas si grand, il était difficile d'oser plus qu'une claque à la main. Le loopy est resté en sommeil au fond de la valise. Quant aux appareils photo, ils ont bien travaillé, mais pour des besoins avouables et impossibles à mentionner sur ce blog, mais pas pour enregistrer une punition. Après tout, d'autres photos du même appartement sont déjà en ligne, sur le site où nous l'avons trouvé.


Tant pis, nous sommes restés sages, et même plus sages que prévu, puisque le rythme était soutenu et, une fois rentrés, nous tombions de sommeil pas plus tard que minuit.
Je commençais à en ressentir une frustration. En même temps, Constance voyait une bonne liste de bêtises à me reprocher : nous n’étions pas vraiment en vacances, et il m'arrivait souvent d'être plutôt stressé.
Après une semaine, nous repartions pour une autre ville. Après une journée de train, nous arrivions dans une région relativement peu touristique de l'Italie, où le temps était encore tout à fait hivernal. Il a fallu faire quelques détours pour trouver l'hôtel bon marché où nous avons réservé une chambre, à défaut de trouver un hébergement chez l'habitant. Nous étions prévenus que l'équipement n'était pas neuf...
De fait, en arrivant – ce n'était pas si difficile, contrairement à ce que certains ont pu raconter sur le net, ou alors nous commencions à avoir l'habitude de petites ruelles sinueuses – nous avons eu l'impression de remonter quelques décennies. Dans le silence de l'accueil, un monsieur, ne parlant que l'italien, attendait, éclairé par une lampe à l'abat-jour de verre vert, cassé et réparé il y a des années. Même la sonnette sur le comptoir était là.
Le monsieur a, sans hâte, noté nos coordonnées, pris nos pièces d'identité, rempli des papiers, puis nous a donné la clé – une clé qui pourrait ouvrir un tiroir de bureau, et que quelqu'un de plus habile que moi aurait sans mal remplacé par un trombone – pendue à un immense porte-clés censé empêcher les clients de la mettre dans leur poche, et la télécommande de la télé que nous n'avons jamais allumée.
-Ah oui, j'y verrais bien deux-trois photos !
Ce n'était peut-être pas tout à fait la première réaction de Constance, mais il n'en était pas loin.
La chambre était toute petite : un lit conjugal au milieu, très haut, une tête de lit fixée au mur, contre laquelle le lit cognait au moindre mouvement, un placard, un simple bureau dans l'angle et une chaise – tout en bois peint en blanc. La fenêtre dont j'ai délicatement ouvert les persiennes vermoulues gardait encore ses vitres simples et ses volets intérieurs bleu ciel. On se croirait dans la maison d'une grand-mère imaginaire, voire dans la maison de poupée de l'enfance de ladite grand-mère.
Devoir d'abord, les jeux ont attendu le dernier soir de notre séjour. Les bagages ont été déjà faits, rendant à la chambre son aspect suranné à peine perturbé.
J'ai été mis en pyjama dès notre retour à l'hôtel.
-Tu sais, ça facilite pour les bagages... comme ça, on peut déjà ranger tes vêtements de la journée. Vilain garçon.
Le vilain garçon a dû s'affairer un moment autour des bagages et autres tâches pratiques à régler pendant que Constance peaufinait ses idées et essayait les points de vue, son appareil à a main.
-Il fait quand même sacrément sombre.
La chambre était éclairée par deux lampes de nuit, de deux côtés du lit, et par un triste plafonnier – tout cela équipé d'ampoules faiblardes donnant une lumière jaune-vert maladif.
Enfin, j'étais prêt.
-Viens là, on va essayer ce lit.
Constance me place à droite du lit, là où la chambre est à peu près la plus large.
-Mets-toi à genoux.


C'est la position que je prenais très souvent dans mes fantasmes de jeunesse, et qui, semble-t-il, apparaissait aussi pas mal dans ceux de Constance : à genoux, le corps allongé sur un lit. Celui-ci, avec sa hauteur toute cérémonielle, s'y prête particulièrement bien.
Constance m'observe pendant un moment.
-C'est pas mal !
Entre deux déclenchement de son obturateur, elle passe la main sur mes fesses tendues. Rien que prendre cette position m'avait fait un effet assez notable, le contact me replonge complètement dans le monde des vieux fantasmes.
-Pas mal du tout...
Constance tire légèrement sur le tissu de mon pyjama. Je sens l'élastique glisser le long de mes cuisses.
Là, des claques commencent à tomber sur mes fesses. Elles ne sont pas encore très fortes, je n'ai même pas la tentation de serrer les fesses (qui sont trop tendues pour ça de toute façon) ni de me tortiller. Les claques résonnent dans la petite chambre, jusqu'à ce que l'obturateur les remplace encore : Constance doit batailler avec la lumière tellement faible qu'il nous faut pousser la sensibilité et retenir la respiration pour éviter les bougés.
-Avant de passer à la suite, tu as encore une chose à faire. C'est vilain de ne pas y avoir pensé plus tôt.
-Ah ?
-Lève-toi. Tu peux te reculotter.
Constance me dirige vers le bureau. Cette après-midi, nous avions écrit nos cartes postales ; la dernière est encore inachevée, puisqu'il avait fallu que je demande au destinataire son adresse.
-Comme ce soir, c'est fessée et au lit, il faut que tu finisses avant.
J'essaye d'être aussi concentré que possible, regardant droit vers la carte devant moi, tout au plus vers le mur à ma droite, pour éviter qu'il y ait trop de retouches que Constance fait en même temps ; J'essaye aussi de me tenir droit sur ma chaise, comme sur les vielles gravures, tout en renonçant à avancer ma chaise – autrement, entre le coin du lit et le bord du bureau, je serais presque complètement caché.
-Voilà, c'est fait.
-Bien. Mais c'est quand même vilain de ne l'avoir fait que maintenant.Tu sais ce que ça mérite ?
-Une punition ?


-Oui. Alors maintenant, tu vas te lever et tu files au coin.
Je « file » plutôt lentement, en me laissant guider. Je retraverse la pièce pour prendre place dans le coin opposé, derrière la table de nuit occupée par un téléphone antédiluvien. Le nez au mur.
Je suis au coin comme je l'ai rarement été : au studio, je peux toujours loucher vers le miroir ou vers la cuisine, mais pas ici, ici, c'est juste la masse blanche du mur devant moi. Constance attend un moment, puis s'approche pour me déculotter.
-Très bien. Et ne bouges pas.

Une fois relâché du coin, j'ai droit à un câlin. Pas vraiment de consolation – juste comme ça, le dernier devait dater d'un quart d'heure...
-C'est pas trop mal ?
Constance me tend son appareil. Effectivement.
-Par contre, il va encore falloir pousser au traitement... ça fait du gros grain.
-Mouais. Tant pis, elles sont quand même pas mal. Bon, on passe aux choses sérieuses ?
J'acquiesce pendant que Constance trouve le loopy dans la valise.
-Au moins, il est resté un secret. Par contre ton pyjama, il a été vu !
C'est vrai, nous l'avons laissé sur le lit, et le personnel de l'hôtel l'a soigneusement plié et déposé sur l'oreiller, à côté de la chemise de nuit de Constance. Ils ont du en voir d'autres, mais c'est toujours un prétexte à me taquiner.
-Viens là.
Je m'installe sur le lit. Mais je ne dois pas encore m'allonger :


-A quatre pattes !
Et déculotté. Constance me fait patienter, elle en profite pour se retirer dans la salle des bains et prendre une photo à travers la porte ouverte.
Maintenant, il est temps de recevoir le loopy.
-C'est efficace, hein ?
Oh oui, c'est efficace. Et silencieux : il n'y a que ce sifflement aigu, et les grincements du lit lorsque je commence à sursauter.
-Tu peux t'allonger.
Constance compte les coups.
-On dirait que tu l'as sentie passer ?
Je hoche la tête. Constance dispose le loopy sur moi pour prendre une dernière photo-souvenir.
-On a bien fait d'écrire à Waldo !

 

Simon Pfeiffer