samedi 21 mars 2015

Convoqué chez la directrice

Ce récit aurait du arriver il y a quelque temps... Mais le printemps, finalement, tarde à venir. J'ai souvent repris la maison de ma grand-mère comme cadre de mes fantasmes, et j'ai espéré quelques séances de discipline lorsque nous nous préparions à y revenir. Mais c'est pas évident - les journées sont fatigantes, et les parquets grincent. Les photos, elles, me semblent plutôt réussies, et j'aime toujours autant les fantasmes et les histoires de Constance.
Quant à la discipline en voyage... elle reste, pour le moment, un autre fantasme: mais nous allons peut-être nous organiser un petit séjour spécial, dans quelque coin isolé et estival?


Ces dernières vacances, nous étions partis dans une contrée lointaine pour profiter des reliquats de l'hiver. Pour Simon, il ne s'agissait pas vraiment d'exotisme puisqu'il s'agit de son pays natal, mais pour moi, si. Les hivers vraiment froids me sont encore largement inconnus, et passer tout un mois de décembre avec un pull et une veste me semble parfaitement banal. Mais au travail, ce n'est pas le fait de me voir un manteau qui surprend, c'est le fait de me voir en pantalon : « tu as renoncé à ta jupe ? Eh ben, le temps se dégrade ».



Pendant ces quelques jours de vacances, nous avons logé chez la grand-mère de Simon, là où nous avions déjà joué à la fessée, et fait une série de photos. Mais le but du voyage n'était pas de regarder le froid dehors en sirotant un thé, cachés sous un plaid, que nenni.
Il s'agissait de m'apprendre à skier.
Parfaitement. A vingt neuf ans, alors que je n'ai jamais su faire de vélo, ni de patin à roulettes, ni rien de tout ce qui implique une certaine conservation de l'équilibre.
Simon, qui en fait depuis qu'il a deux ou trois ans, avait conscience de l'ampleur de la tâche et une volonté à toute épreuve. Moi, un peu moins.
Je retiendrais néanmoins cette phrase-clé qui résume à elle seule tout le séjour : « tu vois, tu viens de faire ton virage comme une grande ! (alors qu'il m'avait tenue tout du long) Bravo ma chérie ».
Mais pour ce qui est du froid polaire, nous en étions pour nos frais (haha). Passés les premiers jours et mes progrès spectaculaires – sachant que j'ai peur quand ça glisse, que je sais pas m'arrêter sans tomber et que je ne sais pas me relever sans qu'on déchausse mes skis – le redoux s'est installé pour de bon, et il a plu. Moi j'en savais rien, mais la pluie c'est pas bon pour la neige.
Je l'ai appris quand on était chez un grand-cousin de Simon, qui était proche de son père et accessoirement skieur acharné, c'est comme ça qu'on s'est retrouvés à dîner devant des épreuves de saut à ski retransmises à la télé, et que, riche de mes nouvelles expériences, j'ai été franchement mal à l'aise devant ses fous qui se jetaient dans le vide à pleine vitesse. Mais j'ai rien dit pour pas vexer. 



La douceur de l'air n'était pas du tout du goût de Simon, écœuré par la texture de la neige qui lui gâchait une bonne part de son plaisir en ski, parce qu'il n'a pas fait que me faire glisser sur la neige en tenant mes bâtons, il a aussi descendu des pistes pour de vrai.
Et quand Simon n'est pas content, il retombe dans ses petits travers qui lui ont valu pas mal de déculottées, depuis qu'on se cherche des motifs pour justifier nos séances de fessées : il s'énerve, il grogne, et il boude. Autant il était un modèle de patience pendant nos séances de ski, autant ne pas avoir de vrai hiver, ça ne lui plaisait pas du tout. 



Il fallait bien que je trouve quelque chose pour compenser. Nous avions emporté le martinet et le loopy, avec la traditionnelle appréhension qu'on soumette notre valise à une fouille en règle. Hautement improbable, mais on y pense quand même à chaque fois. Mais à force de m'appuyer sur mes bâtons, j'avais horriblement mal aux bras. Pour vous donner une idée, sous la douche, je ne sentais aucune différence entre de l'eau brûlante et de l'eau tiède. Et le simple fait de tenir un téléphone contre mon oreille était une vraie torture. Alors la fessée, ce n'était pas gagné.
Et pour les activités plus vanille, nous avions un autre souci. Chez la grand-mère de Simon, notre lit attitré a plus de trente ans d'existence, et l'armature en bois se fait vieille. Il y a deux ans, un des pieds du lit avait cédé suite à une séance de galipettes, puis avait été habilement remplacé par une pile de livres, et la grand-mère ne s'était rendu compte de rien, jusqu'à il y a peu.
Ne sachant pas que c'était nous, elle a raconté toute l'affaire à Simon, ahurie que quelqu'un ait pu casser un lit sans le lui dire, et incapable de soupçonner que c'était nous.
« Ta tante a dormi là, mais je ne suis pas sûre...
-Non, a répondu Simon, ça m'étonnerait. Elle n'est pas lourde et elle te l'aurait dit.
-Il y a eu Henri, quand ton père est venu avec ton frère et sa copine.
-Ah oui, par contre lui, c'est possible. Il est costaud, et très grand... »
Plus tard, Simon m'expliquera que ça le faisait rire de ne pas lui dire que c'était nous, et qu'il y avait peu de chances pour que le Henri en question revienne.
Mais il ne fallait pas tenter le diable, et cette fois, nous nous sommes installés par terre, sur un édredon. Et comme à chaque fois que nous faisons l'amour, j'ai raconté une histoire à Simon. La bibliothèque de la maison, la pièce juste à côté de notre chambre, m'inspirait particulièrement, parce qu'elle me rappelle ce que j'imaginais dans mes rêveries d'adolescente, quand la fessée était promise et donnée dans le bureau de la directrice.



« Tu sais que j'ai toujours aimé les scènes de fessée avec au moins un témoin extérieur, puni ou non...
-Ouiiii ?
-Eh bien là, si la bibliothèque était mon bureau de directrice, je m'installerais à celui où il y a la machine à écrire et l'ordinateur que ta grand-mère n'a jamais branché. Et dans le coin avec la table basse, je verrais bien une secrétaire et son bureau. On peut l'imaginer complètement blasée parce qu'elle aurait vu défiler nombre de punis ou de punies, ou prête à se réjouir du spectacle. Parfois, je l'imaginais même chargée de donner la première série de claques sur les fesses. »

Cette idée s'est affinée avec le temps, lorsque, jeune adulte, j'ai lu mes premiers récits de fessée sur le net et que j'ai eu connaissance de l'habitude perverse qui consistait à donner la fessée en deux temps : si le ou la puni(e) prend stoïquement la première partie de sa fessée, un temps au coin et une deuxième fessée bien appliquée sur des fesses déjà malmenées ont raison de sa superbe. 



« Tiens, on peut imaginer encore plus gênant pour le puni », dis-je à Simon, parce que vous pensez bien que ces histoires là sont parfaitement improvisées. « Ce serait qu'une jeune fille soit déjà dans le bureau de la directrice quand le puni rentre, mais qu'elle n'y soit pas pour être punie. »

La directrice lui signale alors, pour la plus grande gêne du puni, qu'il serait bon qu'elle aille faire un tour, parce que le jeune homme que voilà vient pour recevoir une fessée déculottée. Sauf que la jeune fille, si elle a déjà reçu des fessées de la main de la directrice, n'a pas envie de louper un tel spectacle, d'autant plus que le jeune homme est mignon. Elle demande donc la permission de rester. Soit en sautillant comme une gamine attardée « mais alleeeeeeeeez quoi je l'ai mérité ! » - ce que je suis encore capable de faire à presque trente ans – soit de manière tout à fait sérieuse et polie (ce que je fais aussi. Des fois.).
Quoiqu'il en soit, la directrice accepte, mais recommande à la jeune fille d'être discrète. Et – j'en sais quelque chose – pour assister à une scène émoustillante, on peut se rendre parfaitement invisible. J'en sais quelque chose parce que c'est comme ça que je fais mes photos préférées en plein air.
Donc, elle va s'asseoir tranquillement près de la secrétaire, qui lui souffle discrètement comment se placer pour bénéficier du meilleur angle de vue. Parce qu'elle s'y connaît, la secrétaire. Elle sait même faire semblant de travailler sans rien perdre de la scène. Exceptionnellement, elle profite de la présence de la jeune fille pour laisser de côté le boulot et échanger des commentaires à voix très basse. 



Le jeune homme, lui, n'en mène pas large. Non seulement il se fait gronder par la directrice, ce qui n'est jamais une expérience agréable – et qui n'est jamais arrivée à Simon – mais en plus, il faut supporter le regard de deux pipelettes réjouies. La directrice essaie bien de le mettre à l'aise en rappelant à la jeune fille qu'il lui est déjà souvent arrivé de se retrouver déculottée et fessée elle aussi, mais ça marche modérément. Et très honnêtement, j'aurais pris sans problème le risque de recevoir la fessée si en compensation je voyais un garçon aussi joli que Simon s'en prendre une, pendant que je profiterais du spectacle, confortablement installée.

Dans les histoires que je raconte à Simon, je nous évoque tels que nous étions, quand nous étions enfants. Mais là, j'avais envie de revoir Simon adolescent, de me revoir adolescente. Et adulte dans la même histoire, puisque la directrice, c'est aussi moi.
Pour garder une trace de ce que j'avais improvisé sous la couette, nous sommes allés le lendemain faire quelques photos dans la bibliothèque. Ce qui a permis à Simon de recevoir sa fessée.
La chaise devant le bureau, avec ses accoudoirs courbes, me fait toujours penser à la chaise à fessée. Pourtant, celle ci n'a pas d'accoudoirs asymétriques pour permettre au puni de s'allonger en travers. Je m'y assieds, et je manipule les éléments du bureau pour jouer à la directrice. Simon adopte une attitude penaude, très proche de celle qu'il aurait eu s'il avait été puni pour de vrai. Et c'est j'aurais aimé punir un adolescent comme lui il était, quand je me construisais mon image mentale de dominatrice. 



Le canapé pliable et les fauteuils trouvent leur justification dans mon histoire : il faut bien qu'une directrice reçoive des parents d'élèves... Ou alors ce serait un point de départ pour une séance de fessée collective, que je garde en réserve, pour un prochain récit. Les variantes sont elles que ce qu'on se raconte au lit ne nous lasse jamais.
Dans celle-ci, il s'agit d'un adolescent qui se fait baisser la culotte comme un gamin, et qui reçoit des coups sur les fesses, pour le plus grand bonheur des spectatrices. Ce que Simon arrive à vivre par le biais du blog : les mésaventures de son petit derrière sont accessibles à toute personne qui s'en amuserait...
Mais dans mes histoires de fessées chez la directrice, j'imaginais assez perversement qu'on ne s'y rendait pas uniquement pour les punitions. On s'y rendait, comme la jeune fille qui voulait absolument assister à la fessée du joli jeune homme, pour discuter de choses et d'autres – ce que mes élèves font très souvent, soit dit en passant, mais hélas, dans la vraie vie, je n'ai pas de martinet suspendus à un clou et je n'ai pas le droit aux châtiments corporels – ou même pour emprunter un des livres de la bibliothèque. 



Et c'est ainsi que j'imagine mon petit puni, toujours sous les traits de Simon, qui vient de se prendre une grosse fessée déculottée, qui s'est agité comme un tout petit alors même qu'il aurait voulu la prendre stoïquement et sans broncher, entendre le « tu peux te reculotter » salvateur puisqu'il autorise du même coup à frotter ses fesses pour soulager la brûlure.
Mais, alors qu'il est en train de passer la main sur ses fesses endolories, les larmes aux yeux, la directrice lui lance, comme si rien ne venait de se passer « il me semble que tu avais besoin de tel livre, la dernière fois qu'on s'est parlé. Prends le maintenant, profite de l'occasion... Tout là haut, étagère de gauche ». 



Le pauvre petit n'en mènerait pas large mais ne serait pas vraiment en état de protester, et rebouclerait rapidement son pantalon pour aller chercher le livre demandé. En s'étirant pour l'atteindre, il sentirait encore plus vivement le tissu du pantalon plaqué sur ses fesses, et il se sentirait encore plus enfantin après la fessée – à se demander si la directrice ne l'avait pas rangé le plus haut possible exprès. 

Constance Clairvaux

dimanche 15 mars 2015

Pierre et Juliette (récit de fiction): le rouge aux joues

Ce n'est pas exactement le récit qui était prévu. En fait, nous devions, tout simplement vous raconter nos bêtises des dernières vacances (d'hiver), faites chez ma grand-mère, dans un décor un peu moins hivernal que prévu. Ce récit-là, Constance l'a entamé, puis elle était un peu trop débordée pour le finir. 
Bien plus tôt, nous avons eu l'idée de ces vacances (d'été, celles-là) communes de nos plus jeunes personnages, que j'aime beaucoup, personnellement. C'est une vieille idée, puisque nous avons pris des photos exprès déjà en juillet. Mais, depuis le mois de juillet, nous avions un peu de mal à nous souvenir exactement de ce qui devait leur arriver. Et puis, un soir, j'ai raconté à Constance un fantasme: un garçon tout gêné d'être puni et à qui on explique - ce que Pierre entend à la toute fin de ce texte. Je ne voyais pas comment intégrer ça dans un récit, mais heureusement que Constance est là: elle a trouvé manière de faire en sorte que ce soit Pierre qui entende cette phrase dont nous avions envie.  

Petit ajout de Constance: même si on a pas eu de commentaires, on a pété nos records de visites le jour de la publication! Merci lecteurs!


 

La valise était grande ouverte sur le lit. Elle se remplissait un peu trop vite au goût de Pierre qui avait encore pas mal de choses à y ajouter. De préférence, en secret, même s'il ne voyait pas exactement pourquoi tenir tout ça en secret
En réalité, il n'avait pas besoin de grand chose : il ne partait que pour une semaine, et le programme n'était pas chargé.
-Maman ? Tu crois que je prends mon autre jean ?
-Autre que quoi ?
Comme sa maman montait l'escalier de toute façon, il a encore ajouté son bermuda à carreaux qu'il aimait bien avant de sortir dans le couloir avec un jean à la main.
-Euh, si tu veux. Mais bon, il fait chaud, demain ça va être pareil. Si tu en mettais un dans la valise, et ton pantalon blanc ?
-Pour les moustiques ?
Ils partaient au bord d'un lac, il paraît que le soir, les moustiques peuvent être coriaces.
-Oui. Ou alors, tu le mets demain, comme ça il prend moins de place.
Il hoche la tête. Cela prenait déjà pas mal de temps. C'est toujours ça avant de partir en vacances, et il n'aimait pas spécialement faire des bagages – personne n'aime ça. Mais non, ce n'était pas parce qu'il allait en vacances avec Juliette, après tout, ils se connaissent depuis toujours ; c'est simplement qu'il n'avait pas habitude de partir sans ses parents.
D'ailleurs, Juliette fait sans doute la même chose que lui. Mais non, c'est ridicule de vouloir imaginer comment elle sera demain.
-On part très tôt demain ?
-Tu ne te souviens plus ? Je crois qu'il faudrait pas traîner. Qu'est-ce qu'elle a dit, déjà, Sophie ?
-ça fait quand même loin.
-Oui, à mon avis, elle ne va pas avoir envie d'arriver en pleine nuit.
Avec un sentiment de gêne – parce que c'est une gaminerie qui aurait fait sourire ses parents, mais qu'il a quand même envie de faire – il glisse dans la valise sa lampe de poche. Ça peut toujours servir si on va en balade... Enfin, ce n'est pas sûr que Sophie soit d'accord pour qu'ils se retrouvent dans une situation où on puisse en avoir besoin. Tant pis, ça ne pèse pas lourd.
C'est assez étrange de partir avec Sophie. Il paraît que ses camarades de classe sont impatients d'aller en vacances sans leurs parents – Pierre n'est pas particulièrement pressé, ça ne le dérange pas. Et en même temps, Sophie, c'est quand même quelqu'un qu'il connaît depuis son école primaire. En fait, ça ne change pas tant que ça... En tout cas, pour ses parents, ça doit être rassurant. Pour lui aussi, à vrai dire, même s'il est toujours difficile d'admettre qu'on avait besoin d'être rassuré. Là, c'est presque comme un retour à l'arrière : à l'époque où ils jouaient avec Juliette et où Sophie venait parfois les surveiller. Apparemment, elle ne se fatiguait pas trop à le faire.
C'était de bons souvenirs, en tout cas. Pour certains, il hésite à y penser : oui, à huit ans, il avait fait des bêtises. Sophie a toujours été gentille – mais parfois il imaginait ce que cela aurait pu faire si elle avait été plus sévère.
Et, s'il se souvenait bien, Sophie avait déjà dû, à cette époque-là, parler de cette maison de vacances de son grand-père, au bord d'un lac. Un endroit assez improbable, apparemment.
-Pierre, tu as demandé à Sophie si elle était d'accord pour les palmes ?
-Les palmes ? Euh, non, j'ai oublié. Tu crois que ça va l'embêter ?
-Si elle doit traverser tout le lac pour te récupérer ? En fait, je crois pas.
-Par contre, je me demande si on va voir quelque chose dans l'eau ?
-Tu verras bien, sauf si tu oublies le masque.
-Ah oui, ça, ce serait bête !
Surtout que sans le masque, il a très vite l'impression de manquer d'air. Plus qu'à espérer qu'il y a des choses intéressantes au fond du lac. Sophie disait qu'il est propre, donc il y a peut-être une chance.
Apparemment, le grand-père n'y va plus guère, le chemin qu'il faudrait faire le fatigue trop. Sophie disait que ce serait bien d'en profiter tant que c'est possible. C'est quand même triste pour le grand-père, que Pierre ne connaît absolument pas. Mais ce n'est pas le moment d'y penser.
C'est pas non plus très utile d'essayer de deviner l'endroit. Est-ce que c'est possible qu'ils trouvent moyen de faire une bêtise ? Enfin, même chez le papy de leur ancienne baby-sitter ils ne vont pas retourner à l'âge de se faire gronder pour avoir voulu monter à un arbre. Mais, si Sophie était mécontente d'avoir eu à traverser tout le lac pour le chercher, qu'est-ce qu'elle ferait ?
-Tiens, il paraît que demain il va faire super chaud. Je sais pas comment marche la clime dans la voiture de Sophie, mais à ta place je mettrais plutôt un short.
-C'est vrai ?
-Bah oui, il paraît que c'est le grand soleil partout, vous allez être comme sur une poêle à frire.
Pour une fois que la météo de la télé que ses parents guettent sert à quelque chose. Pierre hésite un peu : il avait pensé faire plus sérieux en pantalon blanc dont il est très content, mais vu le contexte, c'est pas très important. Et il a déjà fait une coup de chaleur, il n'a pas très envie de réessayer. Tiens, ça colle assez avec ce qu'il imagine depuis un moment. Mais non, voyons...
-Tu n'es pas loin d'avoir fini ?
-Je crois, oui, c'est presque bon.



La prévision météo avait l'air de se vérifier : la lumière du soleil a réveillé Pierre avant la sonnerie. Le départ ne l'inquiétait pas vraiment, mais il était encore un peu nerveux. Il passe en revue la liste de ce qu'il fallait emporter, certain qu'il a forcément oublié quelque chose, mais tout a l'air bon. Ah oui, et la brosse à dents, sitôt qu'il aura fait sa toilette.
Tout se passe bien et vite – il éteint le réveil à peine la sonnerie entendue, il pense à ranger la brosse à dents dans la trousse de toilette et la trousse dans son sac – ouf, il n'aura pas oublié ça.
-Ah, tu es debout, c'est bien.
-Je me suis levé trop tôt ?
-Non, mais tu es plus rapide que pour aller au collège.
Ça peut se comprendre aussi. Comme s'il avait envie d'aller au collège. Et aujourd'hui, il n'avait pas envie qu'on l'attende.
-Tu as déjà fait ta toilette ?
-Oui ! Je crois que tu avais raison pour le short. Par contre, j'allais mettre mon t-shirt avec l'étoile rouge, mais je l'ai mis dans la valise...
-Et tu sais pas quoi mettre à la place ?
-Ben pas trop.
-Tiens, tu avais ta marinière ? Je crois qu'elle est propre, elle te va super bien.
-Ah oui, c'est pas faux.
Il l'avait depuis deux mois, et au début n'avait pas trop envie de la mettre. Il avait l'impression qu'elle lui donnait l'air enfantin, mais il paraît qu'elle lui allait vraiment bien, c'était même à la mode.
Il était donc fin prêt bien avant qu'on ait à l'attendre, et il a même eu le temps de trouver l'attente longue.
Quelqu'un sonne – cela devait être Juliette, puisqu'il n'a pas entendu de voiture s'arrêter devant la maison.
-Salut !
C'était bien elle, avec son père. Elle avait sur le dos un gros sac qui surmontait sa tête et qui avait l'air trop lourd pour elle, tellement elle semblait fine avec sa veste en jean – le matin était encore frais même si on sentait venir la chaleur de la journée – et son minishort.
-Salut ! Ah, bonjour.
Le papa de Juliette avait à la main le sac de collège de sa fille.
-Sophie est pas encore là ?
-Non, elle va pas tarder, je pense.
Juliette entre, avec précaution pour ne rien faire tomber avec son sac. Son papa lui aide à le poser par terre, pendant que la maman de Pierre lui propose un café.
-Tu descends ta valise, Pierre ?
-Oui, j'y vais !
Juliette monte avec lui. La valise est déjà fermée, il n'y a plus qu'à la descendre, sans trop de cahots sur l'escalier.
-C'est lourd ?
-Non, ça va. Par cotre, ton sac ça a l'air plus pratique.
C'est surtout qu'il n'a pas l'impression de faire très sérieux avec sa valise tout juste bonne a rouler sur les trottoirs alors que Juliette a l'air prête pour partir à l'aventure. Même s'il n'y a pas beaucoup de chances qu'ils puissent le faire tout de suite.
Tout le monde se retrouve en bas, et bientôt une voiture dont le moteur tourne à peine s'arrête devant le portail – Sophie n'avait pas cent mètres à faire.
-Eh ben, tout le monde est prêt ? Vous êtes rapides !
-Bah oui, on dirait qu'il ont hâte ! Et toi, pas peur de la route ?
C'est la maman de Pierre qui les observe, plutôt amusée. On dirait que tout le monde est bien content de se retrouver, et ça lui fait plaisir.
-Oh, vous savez, j'ai un peu l'habitude d'y aller.
-Mais pas avec ces deux-là à l'arrière !
-C'est tant mieux qu'ils soient là, on va bien se marrer. Hein ?
-Bien sûr ! Promis, on chante pas !
Ah oui, elle est drôle, Juliette, avec ses idées de chanter.
-Sûrement pas, si je chante, elle va nous débarquer là, dans un champ...
-Je suis sûre que tu chantes pas si mal que ça. Mais non, je ne vais pas vous débarquer, je vais juste vous taper, na.
-C'est ça, tu leur mets la fessée et voilà.



Juliette fait les gros yeux yeux, Pierre aussi – mais d'où sa maman a ce genre d'idées ? Elle sait quand même pas ce qu'il imagine dans un coin de sa tête ?
-Allez, on charge vos affaires ? On aura plein de temps pour dire des conneries.
Sophie a l'air de bien s'amuser déjà, mais c'est sympa comme moyen de limiter les conneries. Pendant que Pierre commence à pousser tranquillement la valise, Juliette se met le sac sur le dos d'un mouvement sûr et rapide, avant que son père ait le temps de l'aider – il ne fait que la suivre vers la voiture de Sophie.
-Mets ta valise d'abord, ça va être plus facile.
Le coffre est petit, et Juliette a l'air d'avoir l'habitude des départs.
-Allez !
La voiture s'abaisse un peu sous le poids. Juliette plie l'affaire, puis revient vers son papa qui lui repasse son sac de collège.
-On va y aller ? On se dit au revoir ?
Pierre embrasse sa maman. Quand il se retourne vers les autres, Sophie les attend appuyée à la portière ouverte, et Juliette est encore dans les bras de son père.
-Amuse-toi bien ! Et tu me raconteras tout après !
Ils se séparent, et lorsque Juliette se retourne, son papa, avec le même sourire, tend la main et met une claque sur les fesses de sa fille. Surprise, elle fait un bond, avec les yeux grands ouverts, un éclat de rire et grand claquement des semelles de ses sandales quad elle retombe et fait le tour de la voiture pour monter sur la banquette arrière. En fait, c'est presque exactement comme ça qu'il se rappelait de la fois où c'était Sophie qui lui avait mis une claque pour rigoler, quand ils se traitaient de grenouilles avec Juliette. Mais ils avaient peut-être dix ans à l'époque, et maintenant c'était à elle – et c'était plus joli !
Pierre essaye de faire comme s'il n'avait rien vu, mais il se rend compte que son sourire n'est pas tout à fait naturel, et qu'il est resté figé un peu trop longtemps.
Il monte enfin à côté de Juliette, la portière claque et le moteur se met à ronronner. Pendant qu'il boucle sa ceinture, difficile de ne pas regarder les jambes de sa copine, maintenant sagement assise, avec son petit short ; la scène lui défile devant les yeux. Ça doit quand même se voir qu'il fait un blocage là-dessus.
Juliette est à peine gêné.
-Oh, ça t'est arrivé à toi aussi. Et j'ai pas dit plus de bêtises que toi.
Ah oui – donc elle s'en souvenait. D'une claque mise par jeu, quand ils étaient petits... Et ça a l'air de l'amuser.
-Franchement, si ça venait avec les bêtises qu'on dit...
Elle hoche la tête.
-Mmm.
Les maisons défilent derrière la fenêtre. La partie familière de la route l'ennuie, Pierre a hâte que le paysage dehors soit nouveau. Mais ça vient vite : Sophie prend une route secondaire qui s'enfonce dans la forêt.
Il se souvenait très bien de la fois où Sophie lui avait mis cette claque. Il s'est répété la scène dans la tète tellement de fois qu'il la voyait en détail, même s'il avait toujours imaginé des variantes : et si ? Surtout : et si ce n'était pas par jeu, mais une vraie fessée ? C'était, à part ce qu'il a pu voir dans des films, et ça n'arrive pas souvent, le seul modèle pour imaginer ce que c'est la fessée. Il suffit de changer quelques détails : le même claque, mais plus forte, alors que l'autre main le prendrait par l'épaule pour le retenir. Et s'il était grondé en même temps ? Bien sûr, il sait qu'une fessée, ça se donnait sur les genoux. Mais c'est plus vague, même dans les films, il ne l'a pas trop vu : cette claque au passage, improvisée, fait plus vrai. Il suffit d'imaginer ce que ça donnerait s'il était maintenu de la même façon, et si on lui baissait la culotte en même temps.
Mais il était persuadé que Juliette l'avait oublié. Cela remonte à longtemps : il avait retenu ça, lui, parce qu'il est bizarre, mais il y a plein de choses dont il ne se souvient pas. Et Sophie ? La fois où il a eu une punition au collège (quel crétin, ce prof!), elle avait parlé de l'arbre... De quand elle a dû leur dire qu'ils étaient punis. Cela fait un peu étrange de se contorsionner comme ça, mais ça passe mieux que de penser elle les a punis, après tout il l'aime bien !
Et il n'est pas loin de voir toute une histoire où, sans trop savoir pourquoi, il se retrouve puni – devant Juliette. Cette fois-ci, on l'aurait déculotté... ou, mieux, on lui aurai annoncé sa déculottée, on l'aurait laissé attendre. Avant de le faire approcher, le basculer sur les genoux... devant Juliette.... étrangement, il a du mal à admettre que c'est bien Sophie qui inflige cette punition – et pourtant, cela ne peut être personne d'autre, et c'est bien elle qu'il imagine.
Heureusement que ce qui lui passe par la tête ne se voit pas. Le paysage défile devant ses yeux sans qu'il y prête de l'attention : il est bien trop préoccupé par ses idées, d'autant plus que cela devient plus troublant encore : et s'ils étaient punis tous les deux ? Il se rend compte de sa gêne à se retourner vers Juliette pour emprunter son apparence. Mais c'est tellement tentant à imaginer : cet air fragile de ses jambes nues sous le short (alors qu'elle n'avait aucun problème avec le gros sac à dos) serait parfait – pourtant il l'imaginerait volontiers en jupe, là, le short lui paraît encore meilleur. Et ce regard qui fait briller le blanc de son œil derrière une mèche des cheveux bouclés. C'est la route devant qu'elle regarde, et lit le compteur de la voiture – mais cela aurait pu être un regard angoissé à l'annonce de la punition : Maintenant tu enlèves tes sandalettes et tu vas au coin. Tu vas recevoir la fessée ! Et toi, tu vas l'avoir juste après, tu peux préparer tes fesses !



Même si ça sonne un peu dur pour Sophie.
C'est là que la vraie Juliette se penche vers lui – pour mieux voir entre les sièges avant.
-Vous êtes tout silencieux tous les deux : à quoi vous pensez ?
Pierre se sent rougir. Il se retourne vers Juliette: si elle disait quelque chose pour meubler ? Elle hésite elle aussi, pendant que Pierre espère simplement que rien de ce qu'il imaginait ne transparaît dehors : il ne peut pas dire bah rien, je fantasmais juste à Juliette en train de prendre une déculottée.
-Mmm, je sais pas si je peux le dire – il se croirait vraiment trahi : Juliette parle en retenant un éclat de rire, à tel point qu'il n'est pas sorti de l'embarras.
-Oh là... Il faut qu'on ait peur ?
Pourquoi Sophie semble jeter des coups d’œil à Pierre, par rétroviseur interposé ?
-Naaan. Ah si, j'ai. J'aime bien ton t-shirt.
-Hein ?
Il ne s'attendait pas vraiment à ça... mais finalement, c'était une bonne idée de le mettre ! Sophie n'entend pas.
-Elle est bien sa marinière, à Pierre, non ?
-Ah oui, c'est tout mignon.
-Et sinon, il y a plein d'étangs par ici.
-Et alors ?
C'est Sophie qui demande, mais Pierre se dit la même chose – qu'est-ce qu'elle a avec les étangs ?
-Il doit y avoir plein de grenouilles !
Elle a l'air toute contente de son coup. C'est donc qu'elle y pensait depuis leur départ ? Elle est restée elle aussi fixée sur cette tape sur les fesses qu'elle s'est pris, et celle qu'il a eu à huit ans ?
-J'ai rien compris ! Pourquoi des grenouilles ?
-En fait je pensais à quand on était petits. Et il m'avait traité de grenouille, cet imbécile.
-ça me dit quelque chose...
-Quand on a joué à sa marelle.
-Aah, je me souviens !
-Et tu lui as mis une fessée.
Elle dit ça comme ça, presque tranquillement. Alors elle était pas partie pour l'oublier, elle est encore plus fixée là-dessus que Pierre lui-même ?
-J'ai fait ça, moi ? Je me suis laissée tenter ?
-Non mais ?



Ce n'était pas a chose la plus habile, mais il ne pouvait pas faire semblant de n'être pas là.
-Ooh, c'était pour rigoler... Je vois qu'il y en a une que ça a vraiment fait marrer.
-Mhm, plutôt. Tu t'en souvenais, de ça ?
-De quand vous avez joué à la marelle ? Bah oui, c'était mignon.
-Parce que tu venais souvent, non ?
-Bah oui... C'était le moment où tes parents bossaient tout le temps, non, Pierre ?
-Ouais. Enfin, après aussi, mais je suis plus souvent resté tout seul.
-Tu lui as fait cours ?
-Vaguement... C'est pas comme s'il en avait besoin. On n'a pas dû travailler beaucoup, non ?
-Je sais pas trop, non, je crois pas. Bon, c'est arrivé que tu me files un coup de main. C'était super gentil d'ailleurs.
-Oh, ça va, tu te débrouillais très bien tout seul.
-Oui, mais c'était plus sympa comme ça.
-Il avait pas envie de bosser ?
-Parce que toi, tu e avais envie ?
-Euh... envie de quoi... ?
Juliette fait la démonstration d'un bâillement très expressif.
-Ben voilà.
-J'ai jamais dit que j'étais un modèle. Mais c'est pas bien quand même, hein ?
-C'est hallucinant, Juliette, on dirait moi.
Devant, Sophie a l'air de bien s'amuser.
-Quand je dis des bêtises ? Tu déteins sur moi. Mais c'est mieux quand c'est Pierre qui en fait.
-Pourquoi ce serait forcément moi ? Tu peux t'y coller aussi.
-Naan, c'est plus drôle quand c'est toi qui fais. Et puis, Sophie t'a plus vu quand on était petits.
-Tiens, tu te souviens de l'arbre ?
Et voilà Sophie qui s'y met aussi.
-Il pousse toujours, l'arbre. Et puis de toute façon, après, il a fallu couper la branche....
-Oui, mais avant, je me suis trouvé en bas à me demander comment j'allais faire pour t'attraper si tu tombes.
-Tu lui as mis une fessée ?
-Ah bah non, sinon je le récupérais pas de son arbre. Non, par contre il s'est fait confisquer ses chaussures.
Pourquoi Sophie aussi a bonne mémoire ? Mais c'est un complot !
-Et ça marchait de le laisser pieds nus ?
Juliette fait comme si elle découvrait, mais Pierre se souvient bien qu'il on été une fois punis tous les deux... Pour l'avoir depuis imaginé et réarrangé dans sa tête de toutes les manières possibles, le souvenir est plutôt frais.
-Pas trop mal...
à quoi elle hésite encore, les yeux dans le rétroviseur ? Heureusement que la route est plutôt vide.
-D'ailleurs, ça t'est arrivé encore il y a pas si longtemps...
-Oh non, c'est pas sympa !
-Ah si, si ! Raconte !



-C'est quand tu as eu une punition en classe...
Comment ça, tu ? Ce serait en plus à lui-même de raconter ?
-Toi puni en classe ? J'y crois pas ?
Juliette, en tout cas, a l'air à fond dans l'histoire.
-Ah, mais c'était Vallognes, il a pété un câble parce que j'étais dans le couloir... tout ça parce qu'il fallait aller chercher le cahier des textes...
-C'est bien Vallognes, ça. Mais tu as pas perdu tes chaussures pour ça ?
-Non, mais il était un peu sur les nerfs. Et il m'écoutait pas alors que je lui apprenais à tricher sur sa punition !
-Vous avez triché ?
-Bah quand même, il fallait faire quelque chose. Et cette andouille était partie pour faire gentiment son exposé sur pourquoi il faut pas courir dans les couloirs ! Du coup, on en a profité pour détourner un peu tout ça.
-Oui, tout ça pour que Vallognes ne percute même pas qu'on s'est foutu de lui. Je sais pas ça je suis moins une andouille avec ça.
-Mais si, nous on sait, puis on s'est plutôt bien marrés, une fois quelques soucis réglés.
Il se souvenait de sa surprise à voir Sophie aussi enthousiaste.
-Non mais franchement, Sophie – Juliette prend l'air outré – je peux le taper ? C'est pas obligé que ce soit sur les fesses. Pourquoi je n'en ai pas entendu parler ?
-Comment ça ? Et c'est quoi cette manie de vouloir me taper dessus ?
-Tu peux toujours riposter, mais elle va pas être contente qu'on se bagarre. Mais c'est pas sympa, vous vous foutez de la gueule à Vallognes devant toute la classe et on ne me dit rien ?
-Eh, si vous vous bagarrez, c'est pas compliqué, punis tous les deux !
-Bah, qu'est-ce que tu veux que je te dise, je me prends une punition, je vais pas raconter ça à tout le monde ?
-à tout le monde, non, mais à moi tu pourrais. Tous les abrutis de ta classe étaient au courant, et moi, rien du tout ?
-De toute façon, ils ont pas compris le truc. Et tu n'as pas eu Vallognes.
-Je sais quand même qu'il est bête. Et j'aurais compris qu'il avait l'air con ! En plus, j'ai même pas eu l'occasion de te dire que c'était pas grave.
- C'est gentil ! J'y ai pas pensé... Maintenant, c'est passé de toute façon.
Devant, Sophie se mord les lèvres, sans regarder le rétroviseur.
-Tu es sûr que c'est vraiment passé ?
Pierre ne répond pas, mais trouve le sourire ému de Sophie un peu étrange.
-Tenez, il y a une aire de repos dans pas longtemps. On fait une pause ?
-Oui ! Dis, c'est parce qu'on a l'air de péter un câble à dire des conneries ?
Juliette est toujours aussi en forme.
-Ah non, ça ressemble bien à votre état normal. Mais moi aussi je me dégourdirais bien les jambes.
-Remarque, du coup, on peut pas être punis.
-Comment ça ?
-Bah, si on se bagarre parce que je traite Pierre d'andouille ou je le tape parce qu'il est as bon pote et il me raconte pas des trucs marrants, on est punis : mais si tu nous fais mettre pieds nus, on pourra plus sortir. Donc jusqu'à l'aire de repos, on est tranquilles.
-Alors là, tu es de mauvaise foi ! Déjà, l'aire de repos, c'est juste là – elle met le clignotant et la décélération rapproche les deux gamins du dossier du siège avant – donc tu gagnes pas grand-chose. Et puis si, vous pouvez très bien descendre de la voiture comme ça. Demande à Pierre, justement la fois où on détournait son exposé, il s'est retrouvé à faire des tours de jardin en courant, pieds nus. Et après, on a fait son exposé où il a expliqué à Vallognes pourquoi son devoir était débile. Et quand je suis passée faire coucou à Pierre à la fin du week-end, eh bien il avait toujours pas remis ses chaussures. 


 
Et pourquoi cet air de satisfaction à voir Pierre rougir ? Il y a bien eu un autre moment de ce week-end – là, ça au moins, elle pourra pas le raconter. Même s'il devient de plus en plus inquiet.
-Ah carrément !
-Oui, et toi tu as l'air d'avoir envie que vous soyez punis.
-Ooooh.
Alors que Juliette fait son grognement, la voiture s'arrête au parking presque vide. Il n'y a pas grand monde sur l'aire de repos, pas plus que sur la route, et malgré le bruit des voitures qui passent, on sent le silence de la forêt autour. Ils descendent tous les trois.
-Les toilettes sont là-bas ?
Juliette montre du doigt le seul bâtiment de l'aire.
-On dirait bien.
Elle s'étire et part.
Pierre hésite un peu, marche pour se dégourdir les jambes. À la table de pique-nique un peu plus loin, une famille est installé ; les cailloux que le garçon sent à travers la semelle de ses tennis blanches lui font se demander : et s'ils avaient vraiment été punis, se serait-il attiré les regards étonnés de ces gens ?
Sophie est tranquillement adossée à la voiture : elle vient de vérifier un détail de la route dans son Michelin déchiré.
-Dis, tu n'as pas été trop vexé de tout ce délire ? Tu m'en veux pas d'avoir raconté ce qui t'est arrivé ?
-Mais non...
Juliette apparaît dans la porte du bâtiment et revient sans se presser.
-Mais ça fait bizarre qu'on parle de tout ça. C'est ce délire au juste ?
-Bah je ne sais pas trop... ça t'a vraiment embêté ?
-Non, mais je ne savais pas trop quoi dire. Toi aussi tu te souviens de plein de trucs...
-Toi aussi tu t'en souviens. Ça reste, ce genre de choses. Ça t'arrive pas d'y repenser ?
-Si, des fois. Tu vois pourquoi elle en parle comme ça ?
-à ton avis ? Parce que ça la fait craquer. Et puis, comme son papa lui a mis cette claque ce matin, elle peut.
-Tu crois qu'elle craque sur moi ? Et c'est pour ça que vous racontez tout ce qu'il y a eu comme punitions ?
-Mais oui, elle craque sur toi, espèce d'andouille, c'est évident ! Et tu sais – elle ne craquera jamais autant sur toi que quand elle te verra puni !
Aux grands yeux surpris de Pierre répond le regard amusé de Sophie – et elle tend la main, sans qu'il réagisse, pour lui appliquer une gentille tape sur les fesses.

Simon Pfeiffer

samedi 7 mars 2015

Nos vidéos préférées des Internet (en dehors des nôtres)

Normalement nous ne présentons sur ce blog que ce que nous avons produit. Ce qui ne nous empêche pas de nous documenter, mais pour faire des listes de pépites trouvées sur le net, Isabelle fait ça très bien, et chaque semaine en plus.
Malgré tout, lorsque l'envie me prend, j'épluche les vidéos du site SpankingTube, et il y a un an ou deux, j'ai découvert le site XHamster. Leur slogan "just porn, no bullshit" n'est pas exagéré: avant l'installation d'un bloqueur de pop-up sur mon ordi, j'étais assaillie de photos de rombières avec des nichons démesurément énormes ("ces moches veulent baiser", ça vend du rêve, n'est il pas) et d'images de verges tout à fait réalistes que même un radis blanc sous engrais chimiques il atteint pas cette taille. Et j'en sais quelque chose, une fois j'ai trimballé un radis blanc du marché chinois à la fac, il avait les dimensions d'une batte de base-ball, en plus large. J'ai fait un tabac dans l'amphi avec cette chose.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, il m'a fallu du temps avant de trouver des vidéos qui correspondent vraiment à mes fantasmes. Au tout début de mes recherches sur Internet, pourtant, je me considérais déjà comme une petite veinarde quand j'avais mis la main sur des vidéos d'une dizaine de secondes avec un temps de chargement de quelques minutes. Et si je repense à cette époque avec une certaine forme de nostalgie, ça ne m'empêche pas de râler maintenant quand je ne trouve pas mon bonheur dans la masse des vidéos dispo.

Par exemple, pour celle-ci:
Une petite vidéo médicale
Parfois, j'ai envie d'un petit "délire médical", et celui là semble remplir le contrat: il y a une prise de température, une injection et un suppositoire. Mais des détails brident mon imagination et m'empêchent d'en profiter vraiment. Par exemple, pourquoi le médecin porte ce masque? On est pas en opération chirurgicale, et c'est présenté comme une visite bénigne, alors pourquoi ce masque? Et pourquoi elle est en tenue de pompom girl? Et pourquoi elle n'enlève pas ses chaussures de sport avant de monter sur la banquette?
Je sais, j'ai l'air d'une psychopathe, mais ça me travaille.

La vidéo que j'aime bien mais je sais pas pourquoi
Dieu sait à quel point j'ai pu ricaner sur le cliché qui colle aux relations sado-masochistes, comme si dès qu'on aimait la fessée on se mettait obligatoirement un corset, une robe en latex et on avait un sourire carnassier.
Et cette vidéo, elle reprend tout ce qui me chiffonne dans le BDSM. La domina a une robe moulante, des gants en cuir/ latex/ je sais pas quoi mais ça fait sévère, elle a un sourire en tungstène, et elle parle calmement et implacablement en mode quoi que je dise on va m'obéir (et pourquoi ça marche pas au boulot putain). Mais il y a quelque chose qui marche. Pendant la fessée surtout, quand elles passent à autre chose j'arrête la vidéo parce que moi les godes en plastique transparents c'est pas mon délire. N'empêche que l'autre cliché sur le BDSM c'est les dominateurs/ trices qui hurlent sur les soumis ou qui n'ont que royal mépris pour ce qu'ils ressentent... Alors que là, elle prend le temps de rassurer celle qu'elle punit, elle est à l'écoute de ses besoins, et surtout: elle accorde une grande attention à sa jouissance. Pour moi c'est carrément important, la frustration et le décalage de l'orgasme c'est pas pour moi non plus, quand je suis sur les genoux de Simon et que je suis en bonne voie pour jouir, il n'est pas question qu'il s'arrête en chemin. Je n'ai pas un orgasme à chaque fessée mais quand ça m'arrive, j'y tiens. C'est arrivé très peu souvent à Simon mais on n'est pas fichus pareil.
Ceci pour dire, j'étais la première surprise quand j'ai vu que j'aimais au moins une partie de cette vidéo. Comme quoi...

La vidéo que j'aime bien et je sais pourquoi
Parce que si j'avais eu une punie aussi mignonne sur les genoux, j'aurais été sacrément jouasse. Bon, j'ai son équivalent masculin mais voilà quoi.
Et je l'aime bien aussi parce qu'elle montre ce qu'on a pas l'habitude de voir. Déjà, une punie avec des cheveux courts, c'est pas si fréquent. Qu'elle n'ait pas les seins refaits et garde un côté androgyne, j'aime bien. C'est pas parce que j'ai des seins obusiers et des cheveux très longs - ça fait deux jours que je vais bosser avec les cheveux détachés et tout le monde me complimente en pensant que je fais un gros effort de coiffage - que je n'apprécie pas. D'autant que j'aurais pu être la dame qui donne la fessée, tant au niveau physique que vestimentaire, sauf pour les escarpins, j'aime pas quand le talon est trop fin.
Le détail amusant, c'est qu'il a fallu que je visionne cette vidéo une deuxième ou troisième fois pour me rendre compte que si, on y retrouve des clichés de vidéo "fessée adaptée porno", mais qui ne sont absolument pas exploités. Par exemple, la jeune punie a de très hauts talons, qu'on ne voit que par hasard. Elle a un espèce de soutien-gorge avec des triangles en skaï mais on s'en fiche pas mal. Elle porte un string, et la fesseuse lui fait quelques papouilles osées, mais elle ne lui enlève pas son string pour qu'on voie bien qu'elle est parfaitement épilée.
Pour le coup, c'est une vidéo que j'aime regarder jusqu'au bout. Certes, la fesseuse prend soin de lui faire atteindre l'orgasme, mais elle continue ensuite. Et à la fin, la punie se met à pleurer. Ce qui peut arriver, c'est quelque chose que j'ai compris avec l'expérience: la fessée, ça met dans un état bizarre, et si on pleure, ça n'est pas forcément que le fesseur ou la fesseuse est une grosse brute sadique. C'est pas Isabelle qui me contredira là dessus.
Là encore, la vidéo ne me déçoit pas, parce qu'elle se termine sur la fesseuse qui prend la punie dans ses bras pour la consoler. C'est mignon.

J'ai souvent eu l'impression d'être un ovni dans le monde de la fessée, tant les images et vidéos disponibles montrent des femmes fessées/ soumises/ punies par des hommes. Et très souvent, si on précise un peu, on obtient ça: femmes très jolies fessées/ soumises/ punies par des hommes pas très beaux.
Loin de moi l'idée de dire que ce schéma là doit disparaître. Mais j'ai été confrontée directement à la demande d'hommes qui voudraient recevoir la fessée d'une femme. Ils sont beaucoup plus nombreux que ce que la production érotique nous offre. Et si je suis une femme qui aime donner la fessée, ça ne fait pas de moi un alien: la plupart de ceux que j'ai connu aurait vivement souhaité qu'il y en ait plus, des comme moi... Mais force est de constater que les productions de photos et de vidéos néglige complètement le public que je représente. J'en suis très déçue, je croyais être pourtant largement assez grosse pour qu'on me voie! (nan Simon, t'as pas le droit de me fesser pour ça, c'est toi qui es puni aujourd'hui).
Déjà, pour voir des hommes fessés (ok il y a Dana Kane mais des fois j'ai du mal à la suivre) tu as surtout des vidéos gay.
Bon.
Moi je veux bien hein, ça me dérange pas de m'identifier à un homme, mais quand ça reprend un cadre militaire - il y a de très jolis fessés dans un cadre militaire sur SpankingTube, mais les cheveux ultra-courts, la nudité complète et les coups brutaux, ça me va pas - je bloque un peu.
Une fois j'avais vu une vidéo où un joli jeune homme devait être fessé par le proviseur pour ne pas avoir porté une tenue appropriée. Scénario basique mais c'est pas mal. Sauf que le gamin arrivait dans une tenue intégralement en cuir, ça faisait pas du tout lycéen. C'était plutôt la tenue que tu mets pour aller t'envoyer une pinte dans un bar de métalleux, et je sais de quoi je parle.
Il devait se placer en travers d'une espèce de cheval d'arçon, et le proviseur lui donnait la fessée à la badine.
Par dessus un pantalon en cuir.
Ahem.
Je suis désolée, mais les grimaces et les cris du jeune homme, j'y croyais pas. Parce que le cuir, ça blinde. Déjà la badine par dessus le jean faut s'appliquer pour que ça soit efficace, alors le cuir t'imagines même pas.

Donc ben je m'étais faite à l'idée, je ne trouverais pas de vidéo avec un puni comme j'aime. C'était pas trop grave, j'ai Simon maintenant, si je veux un petit jeune tout mignon en train de se tortiller sous la fessée, c'est pas difficile à trouver. Et puis, un jour, en rentrant du boulot et en bullant devant l'ordi - Simon était en cours - je suis tombée sur ça:

Un jeune homme avec un sourire tout penaud
La morale de tout ça, c'est qu'il ne faut jamais désespérer, toujours se remettre en cause et poursuivre ses efforts. On est jamais mieux servi qu'en glandant sur le net.

Constance Clairvaux

lundi 16 février 2015

La saint-Valentin - quatrième édition

Cette année, le 14 février était un jour doublement cool: c'était le jour des amoureux, et c'était le premier jour de mes vacances. 
Croyez moi, elles sont amplement méritées. J'ai aussi largement confirmé mon titre de prof "pas comme les autres" en parlant abondamment de cinéma et de Moyen Âge à des adolescents en insistant lourdement sur La Chair et le Sang et la fameuse scène de cul dans Le Nom de la Rose
Vendredi soir, le treize, j'étais tellement fatiguée que j'avais le cafard et que Simon m'a mise au lit à 22 heures et des poussières. Quatorze heures de sommeil plus tard, j'allais déjà mieux, tout en ayant l'impression de caler mes heures de sommeil sur celles d'un chat. 

Cherchez pas le symbole dans le fait de dormir quatorze heures dans la nuit du treize au quatorze, y en a pas. 

"Alors mon amour? ça fait quoi de dormir plus de douze heures d'affilée?
-Grmblblm. J'ai faim. 
-Bonne saint-Valentin mon amour!
-Ooooh... Bisous!"
 
 
 
Simon, lui, était en bien meilleure forme. Il s'est donc proposé pour aller chercher les croissants, pendant que je me rassemblais un peu pour faire du café. J'ai fait plus que ça, j'ai fait une assiette de fruits avec des pommes et des clémentines, un peu façon triskèle breton, et comme dirait Simon parce que je le force à regarder Top Chef, "t'as tout misé sur le visuel c'est ça?" 
 
Mais bon, j'en étais encore à mettre des épices dans le café (cardamome et cannelle dans le café moulu. Le truc que tu fais pas avec une machine à capsules, de toute façon les machines à capsules c'est l'oeuvre de Satan pis c'est tout) que j'entends sonner à la porte. 
 
Tiens, Simon a oublié ses clés. 
Ou alors y a quelqu'un qui va être très surpris par ma chemise de nuit - devant, il y a une madame esquimau et des petites fleurs - et par le fait qu'à 13 heures je la porte encore. 
J'ouvre. 
Bon ben déjà c'est Simon. 
 
"Excuse moi mais j'avais les mains prises. 
-Euh ben c'est quoi ce bordel? (gros level en glamour) Ooooooooooooooooh des fleuuuuuuuuuurs? (coeur en guimauve puissance trois mille)
-Ben oui, j'ai pensé que ça te ferait plaisir."
 
Simon avait donc des croissants dans une main, le courrier du jour sous le bras, et le bouquet dans l'autre main. 
Et il pouvait plus rentrer parce que j'étais tellement émue que je suis restée stupide. 

Mais bon, je vous rassure, je fais pas que dormir, dire que j'ai faim, glander en chemise de nuit et rester pantoise devant mon amoureux qui m'offre des fleurs - sinon je pense qu'on aurait pas atteint la 4eme saint-Valentin... Je me suis habillée de ce que j'appelle ma ultimate robe léopard, qui révèle mon côté tigresse tout en étant confortable comme un pyjama, serrée à la taille avec une encolure Bardot, et on est sortis. 

Comme des tas d'autres couples qui se sont tenus la main en faisant du shopping ce jour là, qui sont rentrés fourbus du shopping et qui sont allés au resto pour l'occasion. Il m'arrive de me dire que pour beaucoup, ce qu'on fait, c'est jouer le jeu de la société de consommation. Que certains pourraient nous regarder de travers en se disant qu'on a rien compris, qu'on ne fait pas ce qu'il faut, que nous sommes des moutons... 
Mais il y a des fois où je suis juste contente parce que je suis jolie dans ma robe, où ça m'amuse de dire à la serveuse "whophophop, c'est moi qui paye, c'est MON amoureux", où j'ai un plaisir d'ado attardée à ce qu'on se fasse des bisous très discret au feu rouge avant de traverser une place blindée de monde, et que si ça fait de moi un mouton, ben... c'pas grave. 

Et puis avant la saint-Valentin j'avais cherché des idées sur Internet. Et autant j'ai trouvé plein de suggestions de type "achète une chaise en forme de coeur", "achète des chaussettes avec des coeurs", "commande un t-shirt avec marqué "je suis à lui"", "fais des plats au gingembre avec un moelleux au chocolat au gingembre au dessert" merci mais ma gastro c'était la semaine passée "achète lui des boutons de manchettes en forme de bouche", autant t'as pas un seul site Internet qui m'aurait suggéré ça: 
Alors que c'est un peu plus original que des boutons de manchettes ou une chaise (message très subtil dit "j'ai pensé à tes fesses, mon amour"), que ça stimule la libido, que ça replace dans la tradition antique des lupercales, et surtout... que ça stimule la libido. 

C'est d'ailleurs pour cela que ce post ne date que de maintenant. Et pourquoi il est aussi court. 
Sur ce, je vous laisse, j'ai encore plein de roses à mon bouquet. 

Constance Clairvaux