lundi 16 février 2015

La saint-Valentin - quatrième édition

Cette année, le 14 février était un jour doublement cool: c'était le jour des amoureux, et c'était le premier jour de mes vacances. 
Croyez moi, elles sont amplement méritées. J'ai aussi largement confirmé mon titre de prof "pas comme les autres" en parlant abondamment de cinéma et de Moyen Âge à des adolescents en insistant lourdement sur La Chair et le Sang et la fameuse scène de cul dans Le Nom de la Rose
Vendredi soir, le treize, j'étais tellement fatiguée que j'avais le cafard et que Simon m'a mise au lit à 22 heures et des poussières. Quatorze heures de sommeil plus tard, j'allais déjà mieux, tout en ayant l'impression de caler mes heures de sommeil sur celles d'un chat. 

Cherchez pas le symbole dans le fait de dormir quatorze heures dans la nuit du treize au quatorze, y en a pas. 

"Alors mon amour? ça fait quoi de dormir plus de douze heures d'affilée?
-Grmblblm. J'ai faim. 
-Bonne saint-Valentin mon amour!
-Ooooh... Bisous!"
 
 
 
Simon, lui, était en bien meilleure forme. Il s'est donc proposé pour aller chercher les croissants, pendant que je me rassemblais un peu pour faire du café. J'ai fait plus que ça, j'ai fait une assiette de fruits avec des pommes et des clémentines, un peu façon triskèle breton, et comme dirait Simon parce que je le force à regarder Top Chef, "t'as tout misé sur le visuel c'est ça?" 
 
Mais bon, j'en étais encore à mettre des épices dans le café (cardamome et cannelle dans le café moulu. Le truc que tu fais pas avec une machine à capsules, de toute façon les machines à capsules c'est l'oeuvre de Satan pis c'est tout) que j'entends sonner à la porte. 
 
Tiens, Simon a oublié ses clés. 
Ou alors y a quelqu'un qui va être très surpris par ma chemise de nuit - devant, il y a une madame esquimau et des petites fleurs - et par le fait qu'à 13 heures je la porte encore. 
J'ouvre. 
Bon ben déjà c'est Simon. 
 
"Excuse moi mais j'avais les mains prises. 
-Euh ben c'est quoi ce bordel? (gros level en glamour) Ooooooooooooooooh des fleuuuuuuuuuurs? (coeur en guimauve puissance trois mille)
-Ben oui, j'ai pensé que ça te ferait plaisir."
 
Simon avait donc des croissants dans une main, le courrier du jour sous le bras, et le bouquet dans l'autre main. 
Et il pouvait plus rentrer parce que j'étais tellement émue que je suis restée stupide. 

Mais bon, je vous rassure, je fais pas que dormir, dire que j'ai faim, glander en chemise de nuit et rester pantoise devant mon amoureux qui m'offre des fleurs - sinon je pense qu'on aurait pas atteint la 4eme saint-Valentin... Je me suis habillée de ce que j'appelle ma ultimate robe léopard, qui révèle mon côté tigresse tout en étant confortable comme un pyjama, serrée à la taille avec une encolure Bardot, et on est sortis. 

Comme des tas d'autres couples qui se sont tenus la main en faisant du shopping ce jour là, qui sont rentrés fourbus du shopping et qui sont allés au resto pour l'occasion. Il m'arrive de me dire que pour beaucoup, ce qu'on fait, c'est jouer le jeu de la société de consommation. Que certains pourraient nous regarder de travers en se disant qu'on a rien compris, qu'on ne fait pas ce qu'il faut, que nous sommes des moutons... 
Mais il y a des fois où je suis juste contente parce que je suis jolie dans ma robe, où ça m'amuse de dire à la serveuse "whophophop, c'est moi qui paye, c'est MON amoureux", où j'ai un plaisir d'ado attardée à ce qu'on se fasse des bisous très discret au feu rouge avant de traverser une place blindée de monde, et que si ça fait de moi un mouton, ben... c'pas grave. 

Et puis avant la saint-Valentin j'avais cherché des idées sur Internet. Et autant j'ai trouvé plein de suggestions de type "achète une chaise en forme de coeur", "achète des chaussettes avec des coeurs", "commande un t-shirt avec marqué "je suis à lui"", "fais des plats au gingembre avec un moelleux au chocolat au gingembre au dessert" merci mais ma gastro c'était la semaine passée "achète lui des boutons de manchettes en forme de bouche", autant t'as pas un seul site Internet qui m'aurait suggéré ça: 
Alors que c'est un peu plus original que des boutons de manchettes ou une chaise (message très subtil dit "j'ai pensé à tes fesses, mon amour"), que ça stimule la libido, que ça replace dans la tradition antique des lupercales, et surtout... que ça stimule la libido. 

C'est d'ailleurs pour cela que ce post ne date que de maintenant. Et pourquoi il est aussi court. 
Sur ce, je vous laisse, j'ai encore plein de roses à mon bouquet. 

Constance Clairvaux

dimanche 8 février 2015

Le compte-rendu de la Mère Fouettard - enfin!

Après la lettre au Père Noël de Simon, nous avons reçu la visite de la Mère Fouettard. Elle était certes venue un peu en retard, mais elle était venue, aidée de son atlas Michelin, accessoire essentiel pour retrouver la maison de ma mère. On dirait que la Mère Fouettard a les mêmes problèmes de retard que nous: les vacances de Noël sont finies depuis un moment, la période de politesse pour répondre aux vœux de bonne année est passée, la Chandeleur aussi, et c'est seulement maintenant qu'elle a pu achever son compte rendu. Bonne lecture! 



Je m'étais donc rendue auprès de Simon et Constance pour régler les derniers soucis de discipline avant Noël. Pour me repérer, j'ai eu besoin d'une carte Michelin, parce qu'il fallait les suivre, les deux loulous.
Et aussi, avec tout le boulot que j'ai, il fallait que je m'organise. Parce qu'on vous parle du Papa Noël à longueur de temps, mais lui, il a des lutins pour l'aider !
Moi non, c'est du travail en solitaire, je ne délègue pas, au pire je demande un coup de main à la partenaire du puni. Sauf qu'il faut pas compter sur Constance, elle fait des photos ou alors elle taquine Simon, mais pour aider la Discipline en marche, non.
Je les avais rejoint dans leur petit nid d'amour avec leur calendrier de l'avent qu'ils n'avaient pas fini de déballer depuis plus d'un an. Constance a eu la bonne idée de préciser que si le calendrier de l'avent avait été en chocolat, il n'aurait jamais connu un tel sort.
Simon m'avait écrit un mignon petit mot, évoquant certaines idées pour améliorer sa discipline. Parmi lesquelles, un pyjama une pièce. 

 Au moment du tout premier essai, le tissu du dos, sous la partie rabattable, descendait trop sur les fesses. 
Mais, un petit point de couture plus tard, l'affaire était réglée, et les fesses de Simon sont mises à nue avec un simple déboutonnage!

Avec le derrière qui se déboutonne, pour laisser un libre accès aux fesses nues et donner une punition en bonne et due forme.
C'était un cadeau sans en être un, puisque Simon voulait que je vienne pour régler « les comptes » pour avoir tous ses cadeaux, et que ce pyjama permette à Constance de lui appliquer la discipline plus souvent. Mais nos deux amis avaient des emplois du temps complexes pour ces vacances, impliquant leur séparation le jour de Noël. J'ai donc convenu avec Constance que le pyjama ne serait offert à Simon que lorsqu'il la rejoindrait chez sa maman, pour le réveillon du 31. 

 

Comme prévu, Simon n'a pas le droit de reboutonner tout seul le rabat de son pyjama, quand il est puni. 
 

Pour notre séance de discipline, j'ai décidé de ne pas utiliser les fessées prescrites par le calendrier de l'avent : c'est leur truc à tous les deux, ils les ont mises au point ensemble, et ça tient plus du jeu d'amoureux que de la vraie sanction disciplinaire. Par contre, je me suis appliquée à rougir les fesses de Simon pour obtenir la promesse qu'ils le feront. Mais si je dois encore attendre un an avant de voir ce calendrier de l'avent – fessée achevé, je risque de me mettre en colère.

Nous avons aussi fait le compte des bêtises de l'année. Simon les a déjà présentées sur le blog, dans le post consacré aux bonnes résolutions. Détail amusant, ce sont des bêtises qui méritaient déjà la fessée les années précédentes – retards, difficultés à se lever le matin, problèmes d'organisation, grosse difficulté à gérer son stress et ses angoisses pour Simon, et j'en passe. Constance avoue que son comportement à elle aussi est perfectible, mais pas autant que celui de Simon.
De l'extérieur, vous avez sans doute l'impression, vous, lecteurs, que le comportement de Simon ne s'améliore pas, et du coup, la fessée n'est pas efficace. Deux options s'offrent alors : considérer que la fessée n'est plus à donner en punition, mais juste parce qu'ils aiment ça. Soit il faut aller encore plus loin dans la sanction, dans la discipline, et enchaîner Simon à une croix de saint Andrée installée dans la cave, avec un bâillon boule parce que ses hurlements risqueraient de déranger les voisins

Une vision de la pratique de la fessée qu'ils ont toujours adorée, et ça se voit sur leur blog. 

Définitivement, la croix de saint André est incompatible avec le pyjama nounours.

Pourtant, et là c'est Constance qui le dit : Simon s'est beaucoup amélioré depuis qu'il reçoit régulièrement la fessée de la main de Constance. De tous ceux qui ont connu Simon avant la rencontre avec Constance et qui ont pu comparer avec « après », la conclusion est la même : Simon est plus calme, plus détendu, moins nerveux, et plus sociable. « Plus humain », même, aux dires du petit frère qui a une certaine facilité pour les exagérations. Mais même s'il en fait des caisses, il n'en reste pas moins un fond de vrai : depuis que Simon est régulièrement puni pour ses bêtises, son comportement global s'est amélioré.
Constance et moi avons ceci de commun que nous n'allons pas cesser la discipline pour autant : s'il s'améliore, il nous suffit de mettre la barre plus haut ! Et les fessées peuvent continuer.
Je sais ce que vous allez vous dire, à nouveau – je suis la Mère Fouettard, j'ai deux ou trois super pouvoirs dans le sac à main, c'est comme ça pis c'est tout – vous allez vous dire, fichtre, mais c'est que cela ressemble fortement à de la discipline domestique.

Et il faut bien avouer que ce n'est pas faux.
C'est vrai, Simon a toujours affirmé que la punition ne résolvait pas sa culpabilité. Constance, elle, trouve que si elle était énervée contre Simon « pour de vrai », elle ne pourrait pas lui donner la fessée comme il le mérite.
Et pourtant. 

Le motif du pyjama a été choisi par Constance: puisqu'elle appelle Simon son Ourson, c'était l'idéal.


Simon a envie d'essayer, peut-être parce qu'il a parfois vu Constance réclamer une fessée quand elle se sentait mal dans sa peau et peu en accord avec elle-même, mais il a envie d'essayer.
Mais je viendrais quand même leur rendre visite au prochain Noël ! Histoire d'être sûre que Simon mérite toujours ses cadeaux... 

La Mère Fouettard

dimanche 1 février 2015

Derrière la grille

Un jour, le petit frère de Simon râlait parce que sa petite amie voulait qu'il lui raconte "des choses mignonnes" avant qu'ils ne s'endorment, et que lui était souvent bien trop fatigué pour le faire. J'ai rougi. Parce que je demande tout le temps à Simon de me raconter des histoires, surtout des mignonnes. Surtout celles tournant autour de son enfance, de la découverte de la perversité, et de toutes ces minuscules étapes qui ont fait de Simon, l'homme que j'aime.


Un jour, mon grand-père a décidé de régler le problème du foin. Là où le foin était, des chats errants en profitaient, il y faisaient leurs nids, voire leurs besoins. Impossible alors d'utiliser ce foin comme nourriture des lapins. Or, mon grand-père a gardé longtemps ses lapins.
Mon grand-père n'était pas un paysan. Au contraire, il était un authentique « hussard noir » - bien que ce ne soit pas la même République. Cela, je l'ai compris peu à peu, relativement tard. Quand j'étais petit, je voyais mon grand-père en bleu de travail, toujours affairé dans son immense jardin, étrange composition des jardins de son père, d'un oncle décédé bien avant ma naissance, et peut-être d'autres morceaux encore.
Ce n'était pas une exploitation, mais cela me fournissait tout une géographie enfantine, avec toute une nomenclature : sorte de côté de chez Swann et côté de Guermantes, avec une clôture branlante et un prunier vermoulu entre les deux. Je pourrais probablement remplir pas mal de pages rien qu'à décrire cette topographie. Cela pourrait être assez fascinant, mais ce n'est pas l'endroit pour le faire. Il suffira d'évoquer une chose : mon arrière grand-père, lui même un cas assez étrange d'ouvrier devenu notable de son village plutôt reculé, était marié à une vraie paysanne. Aux yeux de mon arrière grand-mère, têtue comme il se doit et capable d'empoisonner la vie à toute sa famille, mais don mon illustre aïeul était authentiquement amoureux jusqu'à la fin de ses jours (84 ans tout de même), on ne pouvait accéder à la respectabilité que si l'on possédait des animaux. Il a donc fallu avoir des cochons – le cochon s'appelait toujours Matthias, allez savoir pourquoi, et suivait mon arrière grand-père comme un chien, avant d'être mangé dans une atmosphère de gêne palpable, puisqu'il avait été bien sympathique, ce pauvre Matthias. Il a aussi fallu avoir des lapins. Je ne me souviens absolument pas de Matthias, le dernier du nom, qui a dû finir mangé avant ma naissance, mais les lapins se sont maintenu plus longtemps. 



 
Dans l'état le plus ancien dont je me souvienne, le clapier avait la forme d'une double rangée de cages, surélevées du sol pour mieux les protéger des chats et autres prédateurs – cette construction me fournissait l'une des divisions de l'espace du jardin. Le foin, destiné à nourrir les lapins pendant l'hiver, était, lui, stocké dans l'un des nombreux cagibis qui remplissaient le jardin. Il y en avait un nombre assez surprenant : un appentis branlant accolé à la vieille maison de l'oncle décédé (qui servait d'atelier), une sorte d'auvent à deux entrées qui prolongeait le garage, d'anciens bâtiment d'exploitation, qui avaient gardé les noms comme étable mais qui servaient au stockage de ceci ou cela... La remise à foin datait encore de l'arrière grand-père : solidement bâtie en planches de charpente, elle tenait plutôt bien. Mais il était facile d'y entrer.
Mon grand-père a donc décidé de remettre de l'ordre dans tout cela. Il fallait mettre à l'abri des chats le foin, et mieux protéger les lapins eux-même, tout en faisant disparaître de la vue le clapier, pas très esthétique.
Il a donc construit une nouvelle remise à foin. Elle était dans le prolongement du garage et des auvents. Cette fois-ci, les cloisons étaient solides, en planches bien alignées. Pour que le tout soit plus sec, la remise reposait sur des blocs de granite servant de fondement, et avait un vrai plancher – comme cela, les animaux ne pourraient plus passer par en dessous. Et puis, il fallait de la ventilation. Il y avait donc une porte – pour accéder confortablement à l'intérieur, et une grande fenêtre. Elle était montée sur charnières, et basculait : comme ça, il suffisait de la soulever et étayer, comme un capot de voiture, pour charger le foin à l'intérieur. Le tout grillagé, avec une grille fine, et doublée des rideaux en toile épaisse que l'on pouvait dérouler, si jamais le vent poussait la pluie. C'était donc une sorte de cage.
En même temps, les cages à lapins ont été déplacés dans l'ancienne remis à foin, elle-même renforcée par des grillages plus lâches.
J'aimais bien accompagner mon grand-père à l'heure de nourrir les lapins, mais autrement, je n'allais pas trop vers le clapier. Il paraît que ça aurait perturbé les rongeurs. Visiblement, il ne leur fallait pas grand-chose pour être dérangés. En revanche, la remise à foin m'attirait beaucoup plus.
Évidemment, je ne connaissais pas à l'époque le folklore américain du woodshed. Plus étonnant, je n'ai pas fait le lien avant que Constance ne se mette à me harceler pour que j'exhume des souvenirs d'enfance, et de préférence des souvenirs pervers.
Je n'ai pas reçu de fessée dans mon enfance, pas plus dans la remise à foin qu'ailleurs. C'était en revanche l'endroit idéal pour en imaginer.
J'ai toujours préféré des endroits plutôt isolés. Le jardin de mes grands-parents en avait un certain nombre, surtout au fond. Si les fenêtres de la maison donnaient sur ce qui dans ma géographie enfantine s'appelait le pré, c'est à dire une pelouse à peu près rectangulaire, qui passait insensiblement (mais mon esprit géométrisait tout) dans une partie marécageuse – il suffisait de dépasser la remise à foin et passer sous le portique qui servait à battre les tapis, pour arriver dans une partie boisée (ou le parc). Très commodément, dans la première rangée d'arbres on trouvait au moins deux saules pleureurs et un noisetier – mais j'ignorais encore l'usage qu'on pouvait faire du noisetier, tout en devinant le potentiel du saule. En tout cas, tout ça abritait bien de la vue.
Tout au fond il y avait deux mares recouvertes de lentille d'eau qui, tout en nourrissant une masse de moustiques, exerçaient sur moi une certaine fascination. Plus loin, après une clôture tant bien que mal installée dans la terre détrempée, il n'y avait plus qu'une étendue de roseaux. On pouvait tout imaginer dans un tel cadre.
Mais, en ce qui concerne les fantasmes pervers, l'imagination enfantine est bien plus faible que l'imagination adulte. Cette dernière est suffisamment assurée pour se passer assez longtemps de supports. Enfant, je n'y arrivais pas du tout – l'imagination avait très vite besoin d'être soutenue par le geste, comme si elle n'arrivait pas à se figurer ce qui n'était pas au moins mimé. Cela m'a toujours frappé que ceux qui s'extasient sur l'imagination enfantine ne remarquent jamais cette faiblesse.
Il m'a donc fallu mimer, au moins vaguement. C'est là que la remis à foin était doublement utile.
Elle se laissait exploiter, quasiment telle quelle – c'est une autre faiblesse des imaginations enfantines, en général elles ne font que réarranger superficiellement des éléments qui se présentent dans l'entourage immédiat – dans les fantasmes. Un cagibi, pas très grand mais assez spacieux pour qu'il s'y passe des choses.. Et, surtout, grillagé. Le grillage plutôt fin – puisqu'il fallait empêcher de passer des chats – remplissait toute la hauteur de la porte, en laissant plutôt bien voir. La fenêtre m'intéressait moins – l'espace derrière était en général rempli, au moins en partie de foin. Lorsque le foin a disparu – mon grand-père a fini par abandonner l'élevage de lapins, et a aussitôt remisé la faux de paysan pour passer à une vraie débroussailleuse dont il m'a appris le maniement – c'est devenu encore une remise à outils divers, et plutôt moins souvent utilisés, mais à l'époque, je n'en avais plus besoin.
L'endroit se prêtait donc idéalement au rôle de cachot – que ce soit pour attendre la fessée, ou pour s'en évader. Ce n'était d'ailleurs pas compliqué, la seule fermeture était un simple croche qu'il suffisait de soulever avec une tige. Tout cela ne s'intégrait pas à une histoire bien construite : j'aurais du mal à en tirer un récit correctement ficelé. J'y retrouvais beaucoup d'éléments du cadre physique : la remise, employée comme cachot, la partie boisée dans le fond – qui évidemment se transformait dans ces rêveries en un bout de forêt ; et la mare, qui en général devenait tout un système de lacs. Tout cela créait l'isolation nécessaire à la suite.
Des adultes, ils n'en avait quasiment jamais. C'est assez étonnant : un phénomène de bandes m'a pas mal attiré comme cadre pour des fantasmes de fessée à cette époque, alors que je ne l'ai pas vraiment connu. J'ai même du mal à voir d'où l'idée me venait : je ne connaissais absolument pas la Guerre des boutons, et de manière générale, je n'ai presque jamais lu de livres pour enfants. En tout cas, j'ai trouvé moyen d'y penser. Les fessées, et autres punitions, se passaient donc entre pairs, ce qui avait l'avantage de dénaturaliser totalement la hiérarchie entre les personnages. Ils n'étaient pas vraiment élaborés, et très répétitifs : souvent, il s'agissait en fait du même gamin fictif, démultiplié pour accommoder différentes variantes de la fessée ou de la tenue imposée. Les prétextes de la fessée changeaient, en restant toujours plutôt légers. Cela pouvaient être des circonstances pas vraiment assimilables à bêtise, ce qui permettait de s'identifier facilement aux punis, sans s'encombrer d'une quelconque culpabilité. Une autre possibilité était que mon personnage fasse réellement une bêtise quelconque, souvent de l'ordre d'une négligence ou maladresse. Cela donnait prétexte à une scène où ce gamin – ce dont je ne serais pas vraiment capable – s'excuse longuement et reconnaît mériter d'être puni. Tout au plus, il demande avec beaucoup de précautions à ne pas l'être trop sévèrement. Alors la punition tombait.
Souvent, elle se faisait attendre. Parfois, il fallait l'attendre dans la remise à foin, transformée pour l'occasion en cachot. Je n'y restais pas longtemps, mais je m'essayais à tirer la porte – en imaginant ce que ça ferait d'être enfermé pour de vrai. Dans ce cas, pour corser les choses – puisque l'imagination enfantine, défaillante, avait besoin de tout exagérer pour compenser sa faiblesse – je voyais les choses de manière plus vicieuse. J'imaginais alors une sorte de tribunal improvisé. Le gamin était mis au placard, le temps que le « tribunal » délibère sur la suite.Et puis, la décision de le punir tombe, sans doute à la satisfaction de celui qui s'est plaint. Alors, quelqu'un passe devant la porte de la remise :
-Tu peux te déchausser, tu vas être puni !
Il se met pieds nus. Pendant que l'autre emporte les chaussures confisquées au puni, il en profite pour demander si la punition est déjà fixée.
-Mais non, pas encore, ils sont en train de choisir.
L'idée de cette attente, avec l'incertitude limitée à la nature de la punition, me mettait dans tous mes états. Bien sûr, j'étais un peu déçu de ce que l'incertitude avait de factice : après tout, j'étais sûr de retrouver la fessée.
Mais elle était augmentée pas des suppléments. Déjà, la fessée se donnait devant tout le monde. Et, bien sûr, il fallait que tout le monde soit prévenu – ce serait bête de rater le spectacle. D'où la punition récurrente de devoir faire le tour de l'endroit, souvent en tenue de puni, plus ou moins restreinte – pour annoncer sa fessée.
-Mais c'est pas la peine, tout le monde m'a vu à travers la porte, ils savent que je suis puni...
-C'est pas grave, tu vas quand même leur annoncer tous les détails de ta fessée. Et si tu t'obstines, tu le feras déculotté !
La possibilité de voir à travers la porte était bien utile dans les fantasmes, mais pour jouer, cela impliquait quelques difficultés. Comme on risquait de me voir, je n'osais pas faire grand-chose.
En fait, la porte n'était pas si exposée que cela : pour qu'on m'aperçoive, il faudrait bien sûr que quelqu'un soit dans le jardin soit tout près – soit dans la partie potager, qui était à une certaine distance. J'ai fait plusieurs tours au potager pour savoir si on pouvait voir facilement, et comme en regardant depuis là-bas j'arrivais à distinguer les objets les plus clairs, comme un sac plastique blanc, j'ai considéré que j'étais repérable depuis le potager et depuis les maisons des voisins plus loin. Avec le recul, je pense que mes précautions étaient un peu exagérées : on arrivait à distinguer ce qui sautait le plus aux yeux, et seulement à condition de vouloir le repérer. Toujours est-il que je regardais avec méfiance les lointaines fenêtres des voisins, et, de toute manière, je ne voulais pas m'attarder trop au même endroit. Je mimais donc seulement le moment où le puni était enfermé dans la remise, puis je ressortais, et j'imaginais la suite en m'enfonçant entre les arbres du fond du jardin. Comme le terrain imaginaire doublait le réel en l'exagérant simplement, cela signifiait souvent que le puni (ou la punie d'ailleurs) imaginaire faisait son tout d'annonce de la punition – déjà déculotté ou dans une tenue très humiliante – par exemple, restreinte à une sorte de tunique, ou alors à une serviette autour de la taille, toujours susceptible de tomber... On pouvait aussi corser la punition par la mise au coin, le coin étant remplacé par un arbre. Mais tout revenait très vite à une fessée.
En revenant vers le milieu du jardin, voilà une autre idée : c'est le « tribunal » qui change. Et si, au lieu de le maintenir simplement à l'écart, on obligeait le puni à participer au choix de sa propre punition. Soit il y avait une figure de pouvoir – volontiers à peine plus âgé que le puni. Si je m'identifiais complètement au puni imaginaire, et je l'imaginais donc sous les traits d'un garçon, je me voyais puni par une fille, une sorte de camarade plus âgée. Un rôle sur mesure pour Constance, si nous nous étions alors connu ! Mais il y avait aussi, parfois, un garçon chargé de punir une fille plus jeune.
Le ou la punie, enfermée, avait donc un temps limité pour proposer sa punition, sachant qu'une punition très sévère lui était réservée au cas où la proposition serait trop douce. Ou alors, j'imaginais des procédures très compliquées de choix de punition, dans lequel le puni, la personne qui s'est plaint, et une sorte de juge, avaient chacun son mot. Dans tous les cas, il fallait alors proposer de recevoir une fessée déculottée. Ou des fessées : puisque dans les fantasmes le principe fondamental est la répétition, c'était souvent des punitions cycliques, des fessées à recevoir régulièrement pendant une période, pendant laquelle, évidemment, on était obligé de rester dans la tenue de puni.
Serait-il possible de mimer le moment clé, celui de la fessée ? Si ce n'est pas dans le grenier – qui, en plus d'être très chaud pendant la journée, n'était pas discret, puisque les pas s'entendaient en bas, et il y avait toujours quelqu'un dans la maison – ou dans la remise. Les arbres ne sont à aucun moment assez denses pour me cacher réellement. Pas question de me déculotter, même si je suis tenté de jouer avec les badines des saules, nombreux dans ce coin humide, et les roseaux. Je n'ose pas plus que de laisser tomber mes chaussures et avancer de quelques mètres pieds nus comme le puni imaginaire, mais je les remets aussitôt pour éviter toute question potentielle.

Mais, dans mon imagination, le puni attend toujours sa fessée. Si je me souviens bien, les fessées imaginaires avaient plutôt tendance à se passer dans une sorte d'espace ouvert, devant tout le monde, ou alors dans un intérieur spacieux, qui évoquerait plutôt une institution. Je ne suis pas sûr d'avoir imaginé des fessées données dans la remise à foin – sauf peut-être ces fessées régulières.
-C'est l'heure de ta fessée.
-Déjà ?
-Bah oui. Allons, baisse ta culotte !

Et là, en surveillant bien le terrain à travers le grillage de la porte, je baissais moi aussi ma culotte. Comme le puni imaginaire, qui regarderait sans doute avec beaucoup d'inquiétude tous ceux qui, comme par hasard, passerait à cet endroit justement au moment où il doit prendre sa déculottée.




Il y a eu, à une époque, un vieux balai en branches de bouleau. Je l'ai essayé sur mes fesses – bien que ce soit toujours très décevant de se donner la fessé à soi-même – pour voir comment il marcherait dans le rôle de verges. Il était trop épais pour ce rôle, il aurait fallu tout au plus la moitié de l'épaisseur, mais l'essai a tout de même été concluant. Les verges, à l'image du vieux balai, sont entrées durablement dans mes fantasmes, mais je n'imaginais pas à l'époque pouvoir un jour essayer pour de vrai. À l'époque, j'étais encore à un âge où cette irréalité ne dérangeait pas ni ne produisait pas de vraie frustration, elle était acceptée comme celle de tous les jeux – je n'étais pas plus frustré de ne pouvoir jamais piloter un chasseur de la Seconde guerre mondiale.

Après quelques coups qui confirmaient que le balai en bouleau était une bonne idée, je me reculottais rapidement, quittais la remise. Mais le puni imaginaire n'était pas encore puni comme il le méritait. Se donner la fessée n'étant pas assez convaincant, je savais que j'allais finir par imaginer cela, dans toutes les variantes en même temps, avant de m'endormir. Mais je retournais quand même à la remise qui restait l'endroit le mieux abrité. Si les voisins ne sont pas collés à leurs fenêtres une paire de jumelles à la main, je ne risque rien...
-C'est l'heure de tendre tes fesses !
Il s'exécute à nouveau. Cette fois-ci, la porte est à ma gauche : de l'extérieur, on ne peut voir que mon profil. Comme le puni imaginaire, je baisse ma culotte, mais au lieu de me donner des coups, de m'adosse au foin amassé derrière moi, et retenu par un tasseau horizontal. Les brins séchés piquent légèrement la peau dénudée. Je me baisse un peu et appuie la nuque contre le tasseau de bois, et tendant les fesses. Cela aurait pu être un supplément de punition... surtout si le puni, au lieu d'être déculotté pour ses fessées, était carrément privé de sa culotte pour toute la durée de la punition. Les planches du sol, et les brins de foin sur lesquelles il faudrait s'asseoir – c'est moins que la fessée, mais ça pique légèrement, et cela rappelle constamment sa nudité
Certes, c'est un solution naturelle, mais je sais maintenant que cela ne vaut pas le paillasson vert.

Lorsque nous sommes venus chez ma grand-mère avec Constance, je lui ai bien sûr montré la remise à foin. Le foin n'y était plus, mon grand-père avait arrêté l'élevage de lapins quelques années avant sa mort. Même le nain battant du tambour pour éloigner les chats que mon grand-père avait peint sur la paroi de la remise, se laissait encore distinguer sur les planches devenues grises.
Nous sommes quand même entrés, même si les outils – depuis, ceux qui étaient intéressants ont été déplacés dans un tout nouveau bâtiment, élevé par mon grand-père justement pour se débarrasser enfin de la multitude d'appentis branlants. Tout cela était peu engageant.
Je me souvenais que le balai en bouleau avait beaucoup rétréci. Cette fois-ci, nous ne l'avons pas trouvé. Il a sans doute été remplacé par ce balai en paille, lui aussi bien entamé par les années de service. Définitivement, la paille ne vaut pas le bouleau.

Simon Pfeiffer

mardi 20 janvier 2015

La fessée en hiver

La Mère Fouettard nous a promis un compte-rendu de la visite chez nous! Nous l'attendons avec impatience (pour ma part, il y a un peu moins d'impatience qu'avant sa visite... mais il y a pour moi moins de suspense, et moins d'impact sur mes fesses en perspective!), mais elle tarde à rendre sa copie. Elle doit être encore débordée, la pauvre, même après la période des fêtes.
En attendant, nous n'avons pas trouvé mieux que de vous proposer cette bizarrerie. Ne vous étonnez pas du début, ce texte a été commencé avant la première vague de froid de l'année, en pleine nuit, et à la main. Il m'a fallu une autre séance de travail pour le finir - pourtant, c'est pas long - et encore une troisième pour mettre au propre. 
Pour vous consoler de l'étrangeté de ce texte, il vient avec des tout nouveaux dessins de Constance. 

Ce n'est pas cet hiver trop doux, maladif et infectieux, avec sa boue et son mélange de gris, de vert et de marron en voie de décomposition qui y inciterait. À moins que ce ne soit pas tentation de compensation.

Imaginer une fessée hivernale – pourquoi au juste ? Qu'est-ce que cela change, à part les vêtements ? Bien sûr, il est souvent facile d'imaginer nos histoires de fessée en plein été : les culottes courtes, les petites robes légères, les minishorts, sandalettes et pieds nus se justifient facilement en pleine nature. L'hiver ne serait qu'une difficulté supplémentaire.
Mais c'est plus que ça : j'aurais envie d'en faire un personnage à part entière, ou presque.
J'ai toujours trouvé que l'hiver était propice aux fantasmes. Je me dis que creuser cette envie – faute d'avoir immédiatement de l'inspiration pour attaquer le récit, permettrait peut-être de mieux voir dans l'anatomie du fantasme et, avec un peu de chance, aboutir à un récit agréable. 


Pourquoi l'hiver?
Sans trop pousser la psychologie de comptoir, la fessée est un fantasme régressif. Or, dans l'imaginaire d'un froid hivernal, du repli domestique, du resserrement des vêtement chauds, il y a toujours de la régression.
Rien n'est plus chargé d'enfance que ces hivers irréels que je n'ai presque pas connus et que j'ai regrettés toute mon enfance : et lorsqu'un accident du climat déjà bien déréglé apportait un moment d'hiver comme il aurait dû être, avec ses tapis de neige et ses ciels orangés, cela avait toujours le goût d'un bout de fantasme grappillé.
J'en ai profité. Je ne parle même pas du ski – le ski, c'est à part, et souvent, de plus en plus, dans un temps insupportablement printanier.
Mais j'ai profité de quelques retours tardifs, la nuit tombée, lorsque le vent formait de petites dunes de neige légère, rendue meuble par un froid sec. Et de mes longues promenades, alors que la neige venait de tomber et mes pas étaient les premiers à la déranger.
Chaque brindille d'arbre gardait encore une charge de neige, que rien n'avait encore dérangée, traversée par la lumière du soleil, s'il se montrait pour un court moment. Dans le silence de ces moments-là, puisque la neige absorbe si bien les bruits – je cherchais déjà un récit à mettre dans ce décor qui semblait sortir tout droit de C. S. Lewis. Je n'étais pas encore dérangé par son christianisme, et ses livres faisaient pour moi office d'un concentré de régression.
Le décor donc – blanc, ou orangé, la nuit ; silencieux ; désert – était là.
Pour le remplir, la fessée, à qui il faut la chaleur, était le thème idéal.
Tout est là : la chaleur intérieure, rehaussée par le froid extérieur, les reflets du feu contre le blanc de la neige et l'obscurité de la nuit – régression, enfance, repli bourgeois.
La fessée – au cœur de l'intérieur, de la sécurité régressive.
Pour bien sentir la chaleur de l'intérieur, il faut de longues marches dans la neige, des forêts désertes, il faut le noir-et-blanc des arbres et les traces breugheliennes dans la neige, l'odeur poussiéreuse, charbonneuse des feux avec leurs maisons accroupies et les sillons gelés – et je n'ose même plus rêver aux fleurs de glace sur les vitres. Tout cela, c'est le retour à l'enfance : l'hiver, c'est la nuit, l’intérieur l’enfermement : la regressio ad uterum.
Et la fessée ?
Elle appelait toujours les institutions mystérieuses – mais aussi, pour moi, beaucoup de trajets en voiture qui font l'attente et permettent de bien ruminer la punition à venir. Et la voiture – celle de mes fantasmes, indécrottablement modernes – c'est un bout d'intérieur lancé en plein extérieur hostile, d'autant plus appréciable que ses parois sont fines et vitrées, et que l'extérieur est envahissant.
J'ai eu droit à assez de trajets dans des magnifiques nuits d'hiver pour avoir de quoi alimenter longtemps ce genre de fantasmes archaïques.
J'ai déjà dû raconter quelque part ce modèle de récit : un voyage long ; la punition est décidée et annoncée, mais elle doit tomber au prochain arrêt – avec toute la potentialité d'être surpris – et se répéter à l'arrivée. Le ou la punie – voire les deux à la fois – doivent attendre tranquillement, et pour leur rappeler, en attendant, leur vulnérabilité enfantine, on les fait se tenir bien droit dans la voiture, on les oblige à chercher eux-même l'endroit pour s'arrêter, on leur confisque leurs chaussures. Mais cela marche bien en été – par moins vingt, même avec le meilleur chauffage, ce n'est pas crédible.
Et puis, la nature hivernale est une menace plus sérieuse : tout en régressant, il faut monter dans les moyens, multiplier les centimètres de neige et, en réponse, parer la voiture fantasmée des attributs d'une forteresse mobile, d'une fermeture parfaite. Pourquoi pas, il y a bien eu un hiver, dans les années 1970, où, pour arriver à ravitailler certains villages, il a fallu recourir aux blindés chenillés de l'armée. 

 
Alors la fessée recule – plus d'aires d'autoroute, ni de routes forestières désertes, mais une maison.
Une maison archétypale, bachelardienne, avec ses pièces isolées, ses poêles en faïence, son odeur d'ancienneté. Et, autour, un jardin (si ce n'est pas carrément la forêt qui toque aux vitres) vaste et menaçant d'une nuit de décembre ; un extérieur nocturne capable de faire pression sur les fenêtres pour tenter de s'engouffrer à l'intérieur.
Alors, recevoir la fessée, c'est comme remonter la couette sur son menton : c'est être assuré d'être dedans.
C'est entre l'intérieur et l'extérieur que tout se joue. Pourtant, on aurait pu recevoir une déculottée dans la neige. On trouve régulièrement des images d'une fille nue, attachée à un arbre dans une foret enneigée. Le froid peut même exciter certains.
Cela pourrait même être tentant, du moins au début. Une forêt enneigée : cela me rappelle un souvenir presque tout récent, l'hiver d'il y a quelques années, 2010-2011 peut-être, en pleine Île de France. Un bout de forêt juste à côté de la maison – celle-là même où, à un autre moment, nous avons fait avec constance notre première expérience de fessée à l'extérieur, dérangés uniquement par une famille de sangliers – déserte et insonorisée par la neige. La solitude presque complète. Ou alors, il faudrait chercher du côté des souvenirs de ski : lorsqu'on s'écarte de la piste, pour s'engager entre les pins. Même sans déchausser les skis, la neige profonde et jamais tassée happe les pieds et donne la sensation de sa propre maladresse. Mais après ? Il faudrait baisser toutes les couches de vêtements, sans dénuder grand-chose de la chair. Et ne pas trop traîner les fesses à l'air. C'est trop expéditif et loin du charme de la couette sous le menton dans l'intérieur régressif.
Il faut donc attendre le retour dans la chaleur. Cette dernière permet de se découvrir. Enlever du tissu permet d'ajouter une couche supplémentaire au jeu de l'intérieur et de l'extérieur. Se découvrir, c'est s'en remettre à la chaleur intérieure, celle de la maison ou celle de la voiture, dans tous les cas, celle d'un refuge, mais cela renforce la fragilité envers l'extérieur hostile.
Il faudrait donc, pour que tout fonctionne, pour que l'hiver ait un sens plein, qu'il y ai une traversée. Une marche à travers la forêt enneigée dans la lumière du jour qui tombe, ou alors – après tout – un trajet en voiture, voire les deux. Le véhicule attendant attendant tranquillement dans la nuit montante, avec son cœur mécanique prêt à se réveiller, à souffler sa chaleur, est le premier refuge. La nuit et le froid sont tenus à distance, tout en étant proches et présents, pendant que les flocons dansent dans la lumière des phares qui agressent la nuit (la catachrèse fendre prend alors tout son sens). Alors le/la punie, rendu à la sécurité, peut commencer seulement à attendre sa punition qui viendra parfaire son retour à l'enfance, à l'intérieur, alors même qu'au volant, l'adulte engage, par contraste assez jouissif, la violence mécanique envers l'extérieur. Du point de vue de la confection d'un récit, tout cela pose un problème : il faut du temps, il faut un sens à cette traversée, et il faut que la traversée soit racontée avec assez d'ampleur pour être crédible, d'une part, et pour produire une tension utilisable avec la suite.
Après cela, deuxième refuge, final. Il ne faudrait pas qu'il soit trop étanche, il faudrait donc que la neige gêne le mouvement de la porte, qu'un souffle glacé s'engouffre alors à l'intérieur, que la neige s'accumule sur les vitres.
Ce serait le moment de s'ouvrir, s'exposer, une deuxième fois. En commençant par le déshabillage : manteau évidemment, chaussures, sans doute mouillées. Mais pas trop, le vêtement qui reste peut très bien porter le jeu de la présence de l'extérieur et de la protection contre lui. Pourquoi pas un col roulé, forcément surdimensionné : cette laine sous le menton rappelle constamment qu'il faut se protéger. De même pour les collants et chaussettes. Le vêtement joue beaucoup : je me souviens d'une escapade absurde, avec ma famille et des amis de ma mère que je connaissais pas très bien, vers un refuge de montagne oublié. On était censés y faire du ski, mais l'unique remontée du coin était bloquée par la neige tombée trop vite et que personne ne damait. Pour y arriver, il a fallu plusieurs heures de marche, de nuit, derrière tout un peloton d'inconnus. Une fois sur place, dans le refuge vieillot, au moment du repas, j'ai aperçu une petite fille, arrivée en même temps que nous, qui portait une robe à la place de sa combinaison de ski. Le détail m'avait frappé : sa robe à carreaux était complètement en décalage dans ce contexte, mais un tel décalage aurait été très intéressant pour une punition. 

 
Pour un garçon, se retrouver en collants serait très commodément infantilisant tout en le restreignant à l'intérieur.
La fessée, promise depuis un moment, serait remise jusqu'au retour. Ou, peut-être, remise à encore plus tard, pour être administrée, très classiquement, à l'heure du coucher.
Le pyjama, en lui-même, n'est peut-être pas spécifique à la situation, mais pour le mettre, il faut bien se mettre tout nu, dans le froid. Puis, se réfugier dans son lit et attendre l'arrivée de celui qui va la donner.
Pas un adulte fâché. Plutôt bienveillant, comme dans toutes mes imaginations de punitions.
Étrangement, la fessée elle-même n'est pas très précise. Bien sûr, il faut baisser le pyjama – ou alors, déboutonner l'ouverture d'un pyjama grenouillère qui serait idéal pour la circonstance. Claquer une paire de fesses nues et gentiment tendues. C'était la punition méritée, pas très sévère, juste à sa place. Et puis, très vite, le puni ou la petite punie est remise dans son lit et bordée.
Pendant ce temps, la neige continue à tomber.
Dans le refuge vieillot, où j'avais été surpris par la petite dans sa robe, il fallait se dépêcher de se mettre au lit, sous peine de le faire dans le noir : après, le groupe électrogène du refuge était arrêté.
Le ronron du moteur se laissait entendre, si on le voulait, dans tout le refuge, il nous arrivait depuis l'extérieur, à travers les vieilles fenêtres et la boiserie vermoulue. Nous avons éteint à temps – dans le silence de la nuit, le ronron continu de l'alimentation durait. Et puis – il s'est interrompu. Le cœur mécanique s'est arrêté : la nuit complète.

Simon Pfeiffer

mercredi 7 janvier 2015

Les résolutions de nouvel an


En attendant l'un de ces articles auxquels on pense depuis un moment et qu'on n'arrive toujours pas à faire - voici un autre morceau d'improvisation. Ces résolutions - comme Mike remarquait très justement, personne n'en fait de mauvaises, donc c'est pas la peine de dire qu'elles sont bonnes - ont été notées un soir où j'étais séparé de Constance. Évidemment, j'avais très hâte de la retrouver, et je pensais à nos délires... Voici ce à quoi j'ai pensé. Un petit mélange d'idées nouvelles, mais surtout des choses auxquelles j'ai déjà pensé à un moment, voire des vieilles résolutions que j'avais noté l'année dernière et qui n'ont pas du tout été respecté. Je suis plus doué pour inventer des règles et des punitions que pour les suivre...
Comme toujours, j'ai envie de vous proposer de participer. Le fichier où j'ai noté tout cela s'appelait "idées de résolutions", et je n'ai pas fait exprès pour qu'il y en ait pile dix. Si vous avez des idées de résolutions, ou de punitions adaptées pour le non-respect de celles que j'ai notées, n'hésitez pas! Peut-être qu'avec plus d'yeux pour me surveiller, je finirais par devenir sage?

En attendant, il y a ces idées, et quelques photos de la première visite de la Mère Fouettard. 


  •  Pour réguler un peu mon emploi de temps, et combattre la tendance à me coucher trop tard, et comme le couvre-feu pyjama est finalement difficile à appliquer, je devrais essayer de faire le maximum de travail pendant la journée, surtout en bibliothèque où on est moins distrait, et en ramener moins à la maison pour les soirées.

    Pour mieux m'en souvenir, je devrais me changer, soit en entrant, soit, au plus tard, avant le retour de Constance, sauf les fois où nous avons prévu de sortir. La tenue de maison n'est pas forcément celle de punition, mais me rappelle que je dois être un garçon obéissant et que si je fais des bêtises, je serai puni.

    Elle est composé de vêtements pas trop adultes et faciles à baisser. Elle peut être remplacée par le pyjama.


  • Je ne parle pas assez de différents problèmes et de mes sentiments. Cette tendance à tout garder pour moi est l'une de choses que Constance me reproche le plus souvent. Je devrais faire un effort pour améliorer ça.


  • Cela vaut aussi pour la discipline. Je reste trop souvent dans l'attente que Constance m'impose des choses. Je dois faire un effort pour être plus autonome.


  • Pour mieux travailler sur mon comportement, je devrais apprendre à présenter mes excuses chaque fois que je suis puni.


  • Je m'énerve encore trop souvent. Il faut que je fasse plus d'effort pour arrêter. La punition que nous avons fixé pour cela semble une bonne idée, mais elle n'est pas appliquée systématiquement. Il faudrait peut-être l'appliquer plus rapidement après la bêtise ?


  • Les photos sont presque à l'abandon et le blog est actualisé trop rarement. Je devrai être plus régulier. Il faudrait peut-être s'engager à une fréquence minimum, et être puni en cas de non-respect. En ce qui concerne le blog, ces punitions pourraient pourraient être (en partie au moins) choisies par les lecteurs.


  • Entamer un écriturage non pervers et un projet photo. Ce sont déjà des résolutions de l'an passé, mais elles n'ont pas été respectées.


  • Reprendre une activité physique. Cela fait un moment que je devrais le faire. C'est une autre résolution reprise de l'année dernière. 
     

  • Prendre soin de ma santé. 
     

  • Une envie plutôt qu'une résolution : s'organiser un temps de vacances bien à l'abri qui seraient un séjour de pénitence.


    Simon Pfeiffer

    PS de Constance: toutes les suggestions seront les bienvenues, même si, je vous rassure, j'arriverais toujours à m'occuper de la discipline de mon petit Ourson.
    (Les photos ne montrent pas vraiment mes escarpins mis à l'occasion de la visite de la Mère Fouettard, mais j'ai pensé à Isabelle en les mettant.