dimanche 1 février 2015

Derrière la grille

Un jour, le petit frère de Simon râlait parce que sa petite amie voulait qu'il lui raconte "des choses mignonnes" avant qu'ils ne s'endorment, et que lui était souvent bien trop fatigué pour le faire. J'ai rougi. Parce que je demande tout le temps à Simon de me raconter des histoires, surtout des mignonnes. Surtout celles tournant autour de son enfance, de la découverte de la perversité, et de toutes ces minuscules étapes qui ont fait de Simon, l'homme que j'aime.


Un jour, mon grand-père a décidé de régler le problème du foin. Là où le foin était, des chats errants en profitaient, il y faisaient leurs nids, voire leurs besoins. Impossible alors d'utiliser ce foin comme nourriture des lapins. Or, mon grand-père a gardé longtemps ses lapins.
Mon grand-père n'était pas un paysan. Au contraire, il était un authentique « hussard noir » - bien que ce ne soit pas la même République. Cela, je l'ai compris peu à peu, relativement tard. Quand j'étais petit, je voyais mon grand-père en bleu de travail, toujours affairé dans son immense jardin, étrange composition des jardins de son père, d'un oncle décédé bien avant ma naissance, et peut-être d'autres morceaux encore.
Ce n'était pas une exploitation, mais cela me fournissait tout une géographie enfantine, avec toute une nomenclature : sorte de côté de chez Swann et côté de Guermantes, avec une clôture branlante et un prunier vermoulu entre les deux. Je pourrais probablement remplir pas mal de pages rien qu'à décrire cette topographie. Cela pourrait être assez fascinant, mais ce n'est pas l'endroit pour le faire. Il suffira d'évoquer une chose : mon arrière grand-père, lui même un cas assez étrange d'ouvrier devenu notable de son village plutôt reculé, était marié à une vraie paysanne. Aux yeux de mon arrière grand-mère, têtue comme il se doit et capable d'empoisonner la vie à toute sa famille, mais don mon illustre aïeul était authentiquement amoureux jusqu'à la fin de ses jours (84 ans tout de même), on ne pouvait accéder à la respectabilité que si l'on possédait des animaux. Il a donc fallu avoir des cochons – le cochon s'appelait toujours Matthias, allez savoir pourquoi, et suivait mon arrière grand-père comme un chien, avant d'être mangé dans une atmosphère de gêne palpable, puisqu'il avait été bien sympathique, ce pauvre Matthias. Il a aussi fallu avoir des lapins. Je ne me souviens absolument pas de Matthias, le dernier du nom, qui a dû finir mangé avant ma naissance, mais les lapins se sont maintenu plus longtemps. 



 
Dans l'état le plus ancien dont je me souvienne, le clapier avait la forme d'une double rangée de cages, surélevées du sol pour mieux les protéger des chats et autres prédateurs – cette construction me fournissait l'une des divisions de l'espace du jardin. Le foin, destiné à nourrir les lapins pendant l'hiver, était, lui, stocké dans l'un des nombreux cagibis qui remplissaient le jardin. Il y en avait un nombre assez surprenant : un appentis branlant accolé à la vieille maison de l'oncle décédé (qui servait d'atelier), une sorte d'auvent à deux entrées qui prolongeait le garage, d'anciens bâtiment d'exploitation, qui avaient gardé les noms comme étable mais qui servaient au stockage de ceci ou cela... La remise à foin datait encore de l'arrière grand-père : solidement bâtie en planches de charpente, elle tenait plutôt bien. Mais il était facile d'y entrer.
Mon grand-père a donc décidé de remettre de l'ordre dans tout cela. Il fallait mettre à l'abri des chats le foin, et mieux protéger les lapins eux-même, tout en faisant disparaître de la vue le clapier, pas très esthétique.
Il a donc construit une nouvelle remise à foin. Elle était dans le prolongement du garage et des auvents. Cette fois-ci, les cloisons étaient solides, en planches bien alignées. Pour que le tout soit plus sec, la remise reposait sur des blocs de granite servant de fondement, et avait un vrai plancher – comme cela, les animaux ne pourraient plus passer par en dessous. Et puis, il fallait de la ventilation. Il y avait donc une porte – pour accéder confortablement à l'intérieur, et une grande fenêtre. Elle était montée sur charnières, et basculait : comme ça, il suffisait de la soulever et étayer, comme un capot de voiture, pour charger le foin à l'intérieur. Le tout grillagé, avec une grille fine, et doublée des rideaux en toile épaisse que l'on pouvait dérouler, si jamais le vent poussait la pluie. C'était donc une sorte de cage.
En même temps, les cages à lapins ont été déplacés dans l'ancienne remis à foin, elle-même renforcée par des grillages plus lâches.
J'aimais bien accompagner mon grand-père à l'heure de nourrir les lapins, mais autrement, je n'allais pas trop vers le clapier. Il paraît que ça aurait perturbé les rongeurs. Visiblement, il ne leur fallait pas grand-chose pour être dérangés. En revanche, la remise à foin m'attirait beaucoup plus.
Évidemment, je ne connaissais pas à l'époque le folklore américain du woodshed. Plus étonnant, je n'ai pas fait le lien avant que Constance ne se mette à me harceler pour que j'exhume des souvenirs d'enfance, et de préférence des souvenirs pervers.
Je n'ai pas reçu de fessée dans mon enfance, pas plus dans la remise à foin qu'ailleurs. C'était en revanche l'endroit idéal pour en imaginer.
J'ai toujours préféré des endroits plutôt isolés. Le jardin de mes grands-parents en avait un certain nombre, surtout au fond. Si les fenêtres de la maison donnaient sur ce qui dans ma géographie enfantine s'appelait le pré, c'est à dire une pelouse à peu près rectangulaire, qui passait insensiblement (mais mon esprit géométrisait tout) dans une partie marécageuse – il suffisait de dépasser la remise à foin et passer sous le portique qui servait à battre les tapis, pour arriver dans une partie boisée (ou le parc). Très commodément, dans la première rangée d'arbres on trouvait au moins deux saules pleureurs et un noisetier – mais j'ignorais encore l'usage qu'on pouvait faire du noisetier, tout en devinant le potentiel du saule. En tout cas, tout ça abritait bien de la vue.
Tout au fond il y avait deux mares recouvertes de lentille d'eau qui, tout en nourrissant une masse de moustiques, exerçaient sur moi une certaine fascination. Plus loin, après une clôture tant bien que mal installée dans la terre détrempée, il n'y avait plus qu'une étendue de roseaux. On pouvait tout imaginer dans un tel cadre.
Mais, en ce qui concerne les fantasmes pervers, l'imagination enfantine est bien plus faible que l'imagination adulte. Cette dernière est suffisamment assurée pour se passer assez longtemps de supports. Enfant, je n'y arrivais pas du tout – l'imagination avait très vite besoin d'être soutenue par le geste, comme si elle n'arrivait pas à se figurer ce qui n'était pas au moins mimé. Cela m'a toujours frappé que ceux qui s'extasient sur l'imagination enfantine ne remarquent jamais cette faiblesse.
Il m'a donc fallu mimer, au moins vaguement. C'est là que la remis à foin était doublement utile.
Elle se laissait exploiter, quasiment telle quelle – c'est une autre faiblesse des imaginations enfantines, en général elles ne font que réarranger superficiellement des éléments qui se présentent dans l'entourage immédiat – dans les fantasmes. Un cagibi, pas très grand mais assez spacieux pour qu'il s'y passe des choses.. Et, surtout, grillagé. Le grillage plutôt fin – puisqu'il fallait empêcher de passer des chats – remplissait toute la hauteur de la porte, en laissant plutôt bien voir. La fenêtre m'intéressait moins – l'espace derrière était en général rempli, au moins en partie de foin. Lorsque le foin a disparu – mon grand-père a fini par abandonner l'élevage de lapins, et a aussitôt remisé la faux de paysan pour passer à une vraie débroussailleuse dont il m'a appris le maniement – c'est devenu encore une remise à outils divers, et plutôt moins souvent utilisés, mais à l'époque, je n'en avais plus besoin.
L'endroit se prêtait donc idéalement au rôle de cachot – que ce soit pour attendre la fessée, ou pour s'en évader. Ce n'était d'ailleurs pas compliqué, la seule fermeture était un simple croche qu'il suffisait de soulever avec une tige. Tout cela ne s'intégrait pas à une histoire bien construite : j'aurais du mal à en tirer un récit correctement ficelé. J'y retrouvais beaucoup d'éléments du cadre physique : la remise, employée comme cachot, la partie boisée dans le fond – qui évidemment se transformait dans ces rêveries en un bout de forêt ; et la mare, qui en général devenait tout un système de lacs. Tout cela créait l'isolation nécessaire à la suite.
Des adultes, ils n'en avait quasiment jamais. C'est assez étonnant : un phénomène de bandes m'a pas mal attiré comme cadre pour des fantasmes de fessée à cette époque, alors que je ne l'ai pas vraiment connu. J'ai même du mal à voir d'où l'idée me venait : je ne connaissais absolument pas la Guerre des boutons, et de manière générale, je n'ai presque jamais lu de livres pour enfants. En tout cas, j'ai trouvé moyen d'y penser. Les fessées, et autres punitions, se passaient donc entre pairs, ce qui avait l'avantage de dénaturaliser totalement la hiérarchie entre les personnages. Ils n'étaient pas vraiment élaborés, et très répétitifs : souvent, il s'agissait en fait du même gamin fictif, démultiplié pour accommoder différentes variantes de la fessée ou de la tenue imposée. Les prétextes de la fessée changeaient, en restant toujours plutôt légers. Cela pouvaient être des circonstances pas vraiment assimilables à bêtise, ce qui permettait de s'identifier facilement aux punis, sans s'encombrer d'une quelconque culpabilité. Une autre possibilité était que mon personnage fasse réellement une bêtise quelconque, souvent de l'ordre d'une négligence ou maladresse. Cela donnait prétexte à une scène où ce gamin – ce dont je ne serais pas vraiment capable – s'excuse longuement et reconnaît mériter d'être puni. Tout au plus, il demande avec beaucoup de précautions à ne pas l'être trop sévèrement. Alors la punition tombait.
Souvent, elle se faisait attendre. Parfois, il fallait l'attendre dans la remise à foin, transformée pour l'occasion en cachot. Je n'y restais pas longtemps, mais je m'essayais à tirer la porte – en imaginant ce que ça ferait d'être enfermé pour de vrai. Dans ce cas, pour corser les choses – puisque l'imagination enfantine, défaillante, avait besoin de tout exagérer pour compenser sa faiblesse – je voyais les choses de manière plus vicieuse. J'imaginais alors une sorte de tribunal improvisé. Le gamin était mis au placard, le temps que le « tribunal » délibère sur la suite.Et puis, la décision de le punir tombe, sans doute à la satisfaction de celui qui s'est plaint. Alors, quelqu'un passe devant la porte de la remise :
-Tu peux te déchausser, tu vas être puni !
Il se met pieds nus. Pendant que l'autre emporte les chaussures confisquées au puni, il en profite pour demander si la punition est déjà fixée.
-Mais non, pas encore, ils sont en train de choisir.
L'idée de cette attente, avec l'incertitude limitée à la nature de la punition, me mettait dans tous mes états. Bien sûr, j'étais un peu déçu de ce que l'incertitude avait de factice : après tout, j'étais sûr de retrouver la fessée.
Mais elle était augmentée pas des suppléments. Déjà, la fessée se donnait devant tout le monde. Et, bien sûr, il fallait que tout le monde soit prévenu – ce serait bête de rater le spectacle. D'où la punition récurrente de devoir faire le tour de l'endroit, souvent en tenue de puni, plus ou moins restreinte – pour annoncer sa fessée.
-Mais c'est pas la peine, tout le monde m'a vu à travers la porte, ils savent que je suis puni...
-C'est pas grave, tu vas quand même leur annoncer tous les détails de ta fessée. Et si tu t'obstines, tu le feras déculotté !
La possibilité de voir à travers la porte était bien utile dans les fantasmes, mais pour jouer, cela impliquait quelques difficultés. Comme on risquait de me voir, je n'osais pas faire grand-chose.
En fait, la porte n'était pas si exposée que cela : pour qu'on m'aperçoive, il faudrait bien sûr que quelqu'un soit dans le jardin soit tout près – soit dans la partie potager, qui était à une certaine distance. J'ai fait plusieurs tours au potager pour savoir si on pouvait voir facilement, et comme en regardant depuis là-bas j'arrivais à distinguer les objets les plus clairs, comme un sac plastique blanc, j'ai considéré que j'étais repérable depuis le potager et depuis les maisons des voisins plus loin. Avec le recul, je pense que mes précautions étaient un peu exagérées : on arrivait à distinguer ce qui sautait le plus aux yeux, et seulement à condition de vouloir le repérer. Toujours est-il que je regardais avec méfiance les lointaines fenêtres des voisins, et, de toute manière, je ne voulais pas m'attarder trop au même endroit. Je mimais donc seulement le moment où le puni était enfermé dans la remise, puis je ressortais, et j'imaginais la suite en m'enfonçant entre les arbres du fond du jardin. Comme le terrain imaginaire doublait le réel en l'exagérant simplement, cela signifiait souvent que le puni (ou la punie d'ailleurs) imaginaire faisait son tout d'annonce de la punition – déjà déculotté ou dans une tenue très humiliante – par exemple, restreinte à une sorte de tunique, ou alors à une serviette autour de la taille, toujours susceptible de tomber... On pouvait aussi corser la punition par la mise au coin, le coin étant remplacé par un arbre. Mais tout revenait très vite à une fessée.
En revenant vers le milieu du jardin, voilà une autre idée : c'est le « tribunal » qui change. Et si, au lieu de le maintenir simplement à l'écart, on obligeait le puni à participer au choix de sa propre punition. Soit il y avait une figure de pouvoir – volontiers à peine plus âgé que le puni. Si je m'identifiais complètement au puni imaginaire, et je l'imaginais donc sous les traits d'un garçon, je me voyais puni par une fille, une sorte de camarade plus âgée. Un rôle sur mesure pour Constance, si nous nous étions alors connu ! Mais il y avait aussi, parfois, un garçon chargé de punir une fille plus jeune.
Le ou la punie, enfermée, avait donc un temps limité pour proposer sa punition, sachant qu'une punition très sévère lui était réservée au cas où la proposition serait trop douce. Ou alors, j'imaginais des procédures très compliquées de choix de punition, dans lequel le puni, la personne qui s'est plaint, et une sorte de juge, avaient chacun son mot. Dans tous les cas, il fallait alors proposer de recevoir une fessée déculottée. Ou des fessées : puisque dans les fantasmes le principe fondamental est la répétition, c'était souvent des punitions cycliques, des fessées à recevoir régulièrement pendant une période, pendant laquelle, évidemment, on était obligé de rester dans la tenue de puni.
Serait-il possible de mimer le moment clé, celui de la fessée ? Si ce n'est pas dans le grenier – qui, en plus d'être très chaud pendant la journée, n'était pas discret, puisque les pas s'entendaient en bas, et il y avait toujours quelqu'un dans la maison – ou dans la remise. Les arbres ne sont à aucun moment assez denses pour me cacher réellement. Pas question de me déculotter, même si je suis tenté de jouer avec les badines des saules, nombreux dans ce coin humide, et les roseaux. Je n'ose pas plus que de laisser tomber mes chaussures et avancer de quelques mètres pieds nus comme le puni imaginaire, mais je les remets aussitôt pour éviter toute question potentielle.

Mais, dans mon imagination, le puni attend toujours sa fessée. Si je me souviens bien, les fessées imaginaires avaient plutôt tendance à se passer dans une sorte d'espace ouvert, devant tout le monde, ou alors dans un intérieur spacieux, qui évoquerait plutôt une institution. Je ne suis pas sûr d'avoir imaginé des fessées données dans la remise à foin – sauf peut-être ces fessées régulières.
-C'est l'heure de ta fessée.
-Déjà ?
-Bah oui. Allons, baisse ta culotte !

Et là, en surveillant bien le terrain à travers le grillage de la porte, je baissais moi aussi ma culotte. Comme le puni imaginaire, qui regarderait sans doute avec beaucoup d'inquiétude tous ceux qui, comme par hasard, passerait à cet endroit justement au moment où il doit prendre sa déculottée.




Il y a eu, à une époque, un vieux balai en branches de bouleau. Je l'ai essayé sur mes fesses – bien que ce soit toujours très décevant de se donner la fessé à soi-même – pour voir comment il marcherait dans le rôle de verges. Il était trop épais pour ce rôle, il aurait fallu tout au plus la moitié de l'épaisseur, mais l'essai a tout de même été concluant. Les verges, à l'image du vieux balai, sont entrées durablement dans mes fantasmes, mais je n'imaginais pas à l'époque pouvoir un jour essayer pour de vrai. À l'époque, j'étais encore à un âge où cette irréalité ne dérangeait pas ni ne produisait pas de vraie frustration, elle était acceptée comme celle de tous les jeux – je n'étais pas plus frustré de ne pouvoir jamais piloter un chasseur de la Seconde guerre mondiale.

Après quelques coups qui confirmaient que le balai en bouleau était une bonne idée, je me reculottais rapidement, quittais la remise. Mais le puni imaginaire n'était pas encore puni comme il le méritait. Se donner la fessée n'étant pas assez convaincant, je savais que j'allais finir par imaginer cela, dans toutes les variantes en même temps, avant de m'endormir. Mais je retournais quand même à la remise qui restait l'endroit le mieux abrité. Si les voisins ne sont pas collés à leurs fenêtres une paire de jumelles à la main, je ne risque rien...
-C'est l'heure de tendre tes fesses !
Il s'exécute à nouveau. Cette fois-ci, la porte est à ma gauche : de l'extérieur, on ne peut voir que mon profil. Comme le puni imaginaire, je baisse ma culotte, mais au lieu de me donner des coups, de m'adosse au foin amassé derrière moi, et retenu par un tasseau horizontal. Les brins séchés piquent légèrement la peau dénudée. Je me baisse un peu et appuie la nuque contre le tasseau de bois, et tendant les fesses. Cela aurait pu être un supplément de punition... surtout si le puni, au lieu d'être déculotté pour ses fessées, était carrément privé de sa culotte pour toute la durée de la punition. Les planches du sol, et les brins de foin sur lesquelles il faudrait s'asseoir – c'est moins que la fessée, mais ça pique légèrement, et cela rappelle constamment sa nudité
Certes, c'est un solution naturelle, mais je sais maintenant que cela ne vaut pas le paillasson vert.

Lorsque nous sommes venus chez ma grand-mère avec Constance, je lui ai bien sûr montré la remise à foin. Le foin n'y était plus, mon grand-père avait arrêté l'élevage de lapins quelques années avant sa mort. Même le nain battant du tambour pour éloigner les chats que mon grand-père avait peint sur la paroi de la remise, se laissait encore distinguer sur les planches devenues grises.
Nous sommes quand même entrés, même si les outils – depuis, ceux qui étaient intéressants ont été déplacés dans un tout nouveau bâtiment, élevé par mon grand-père justement pour se débarrasser enfin de la multitude d'appentis branlants. Tout cela était peu engageant.
Je me souvenais que le balai en bouleau avait beaucoup rétréci. Cette fois-ci, nous ne l'avons pas trouvé. Il a sans doute été remplacé par ce balai en paille, lui aussi bien entamé par les années de service. Définitivement, la paille ne vaut pas le bouleau.

Simon Pfeiffer

mardi 20 janvier 2015

La fessée en hiver

La Mère Fouettard nous a promis un compte-rendu de la visite chez nous! Nous l'attendons avec impatience (pour ma part, il y a un peu moins d'impatience qu'avant sa visite... mais il y a pour moi moins de suspense, et moins d'impact sur mes fesses en perspective!), mais elle tarde à rendre sa copie. Elle doit être encore débordée, la pauvre, même après la période des fêtes.
En attendant, nous n'avons pas trouvé mieux que de vous proposer cette bizarrerie. Ne vous étonnez pas du début, ce texte a été commencé avant la première vague de froid de l'année, en pleine nuit, et à la main. Il m'a fallu une autre séance de travail pour le finir - pourtant, c'est pas long - et encore une troisième pour mettre au propre. 
Pour vous consoler de l'étrangeté de ce texte, il vient avec des tout nouveaux dessins de Constance. 

Ce n'est pas cet hiver trop doux, maladif et infectieux, avec sa boue et son mélange de gris, de vert et de marron en voie de décomposition qui y inciterait. À moins que ce ne soit pas tentation de compensation.

Imaginer une fessée hivernale – pourquoi au juste ? Qu'est-ce que cela change, à part les vêtements ? Bien sûr, il est souvent facile d'imaginer nos histoires de fessée en plein été : les culottes courtes, les petites robes légères, les minishorts, sandalettes et pieds nus se justifient facilement en pleine nature. L'hiver ne serait qu'une difficulté supplémentaire.
Mais c'est plus que ça : j'aurais envie d'en faire un personnage à part entière, ou presque.
J'ai toujours trouvé que l'hiver était propice aux fantasmes. Je me dis que creuser cette envie – faute d'avoir immédiatement de l'inspiration pour attaquer le récit, permettrait peut-être de mieux voir dans l'anatomie du fantasme et, avec un peu de chance, aboutir à un récit agréable. 


Pourquoi l'hiver?
Sans trop pousser la psychologie de comptoir, la fessée est un fantasme régressif. Or, dans l'imaginaire d'un froid hivernal, du repli domestique, du resserrement des vêtement chauds, il y a toujours de la régression.
Rien n'est plus chargé d'enfance que ces hivers irréels que je n'ai presque pas connus et que j'ai regrettés toute mon enfance : et lorsqu'un accident du climat déjà bien déréglé apportait un moment d'hiver comme il aurait dû être, avec ses tapis de neige et ses ciels orangés, cela avait toujours le goût d'un bout de fantasme grappillé.
J'en ai profité. Je ne parle même pas du ski – le ski, c'est à part, et souvent, de plus en plus, dans un temps insupportablement printanier.
Mais j'ai profité de quelques retours tardifs, la nuit tombée, lorsque le vent formait de petites dunes de neige légère, rendue meuble par un froid sec. Et de mes longues promenades, alors que la neige venait de tomber et mes pas étaient les premiers à la déranger.
Chaque brindille d'arbre gardait encore une charge de neige, que rien n'avait encore dérangée, traversée par la lumière du soleil, s'il se montrait pour un court moment. Dans le silence de ces moments-là, puisque la neige absorbe si bien les bruits – je cherchais déjà un récit à mettre dans ce décor qui semblait sortir tout droit de C. S. Lewis. Je n'étais pas encore dérangé par son christianisme, et ses livres faisaient pour moi office d'un concentré de régression.
Le décor donc – blanc, ou orangé, la nuit ; silencieux ; désert – était là.
Pour le remplir, la fessée, à qui il faut la chaleur, était le thème idéal.
Tout est là : la chaleur intérieure, rehaussée par le froid extérieur, les reflets du feu contre le blanc de la neige et l'obscurité de la nuit – régression, enfance, repli bourgeois.
La fessée – au cœur de l'intérieur, de la sécurité régressive.
Pour bien sentir la chaleur de l'intérieur, il faut de longues marches dans la neige, des forêts désertes, il faut le noir-et-blanc des arbres et les traces breugheliennes dans la neige, l'odeur poussiéreuse, charbonneuse des feux avec leurs maisons accroupies et les sillons gelés – et je n'ose même plus rêver aux fleurs de glace sur les vitres. Tout cela, c'est le retour à l'enfance : l'hiver, c'est la nuit, l’intérieur l’enfermement : la regressio ad uterum.
Et la fessée ?
Elle appelait toujours les institutions mystérieuses – mais aussi, pour moi, beaucoup de trajets en voiture qui font l'attente et permettent de bien ruminer la punition à venir. Et la voiture – celle de mes fantasmes, indécrottablement modernes – c'est un bout d'intérieur lancé en plein extérieur hostile, d'autant plus appréciable que ses parois sont fines et vitrées, et que l'extérieur est envahissant.
J'ai eu droit à assez de trajets dans des magnifiques nuits d'hiver pour avoir de quoi alimenter longtemps ce genre de fantasmes archaïques.
J'ai déjà dû raconter quelque part ce modèle de récit : un voyage long ; la punition est décidée et annoncée, mais elle doit tomber au prochain arrêt – avec toute la potentialité d'être surpris – et se répéter à l'arrivée. Le ou la punie – voire les deux à la fois – doivent attendre tranquillement, et pour leur rappeler, en attendant, leur vulnérabilité enfantine, on les fait se tenir bien droit dans la voiture, on les oblige à chercher eux-même l'endroit pour s'arrêter, on leur confisque leurs chaussures. Mais cela marche bien en été – par moins vingt, même avec le meilleur chauffage, ce n'est pas crédible.
Et puis, la nature hivernale est une menace plus sérieuse : tout en régressant, il faut monter dans les moyens, multiplier les centimètres de neige et, en réponse, parer la voiture fantasmée des attributs d'une forteresse mobile, d'une fermeture parfaite. Pourquoi pas, il y a bien eu un hiver, dans les années 1970, où, pour arriver à ravitailler certains villages, il a fallu recourir aux blindés chenillés de l'armée. 

 
Alors la fessée recule – plus d'aires d'autoroute, ni de routes forestières désertes, mais une maison.
Une maison archétypale, bachelardienne, avec ses pièces isolées, ses poêles en faïence, son odeur d'ancienneté. Et, autour, un jardin (si ce n'est pas carrément la forêt qui toque aux vitres) vaste et menaçant d'une nuit de décembre ; un extérieur nocturne capable de faire pression sur les fenêtres pour tenter de s'engouffrer à l'intérieur.
Alors, recevoir la fessée, c'est comme remonter la couette sur son menton : c'est être assuré d'être dedans.
C'est entre l'intérieur et l'extérieur que tout se joue. Pourtant, on aurait pu recevoir une déculottée dans la neige. On trouve régulièrement des images d'une fille nue, attachée à un arbre dans une foret enneigée. Le froid peut même exciter certains.
Cela pourrait même être tentant, du moins au début. Une forêt enneigée : cela me rappelle un souvenir presque tout récent, l'hiver d'il y a quelques années, 2010-2011 peut-être, en pleine Île de France. Un bout de forêt juste à côté de la maison – celle-là même où, à un autre moment, nous avons fait avec constance notre première expérience de fessée à l'extérieur, dérangés uniquement par une famille de sangliers – déserte et insonorisée par la neige. La solitude presque complète. Ou alors, il faudrait chercher du côté des souvenirs de ski : lorsqu'on s'écarte de la piste, pour s'engager entre les pins. Même sans déchausser les skis, la neige profonde et jamais tassée happe les pieds et donne la sensation de sa propre maladresse. Mais après ? Il faudrait baisser toutes les couches de vêtements, sans dénuder grand-chose de la chair. Et ne pas trop traîner les fesses à l'air. C'est trop expéditif et loin du charme de la couette sous le menton dans l'intérieur régressif.
Il faut donc attendre le retour dans la chaleur. Cette dernière permet de se découvrir. Enlever du tissu permet d'ajouter une couche supplémentaire au jeu de l'intérieur et de l'extérieur. Se découvrir, c'est s'en remettre à la chaleur intérieure, celle de la maison ou celle de la voiture, dans tous les cas, celle d'un refuge, mais cela renforce la fragilité envers l'extérieur hostile.
Il faudrait donc, pour que tout fonctionne, pour que l'hiver ait un sens plein, qu'il y ai une traversée. Une marche à travers la forêt enneigée dans la lumière du jour qui tombe, ou alors – après tout – un trajet en voiture, voire les deux. Le véhicule attendant attendant tranquillement dans la nuit montante, avec son cœur mécanique prêt à se réveiller, à souffler sa chaleur, est le premier refuge. La nuit et le froid sont tenus à distance, tout en étant proches et présents, pendant que les flocons dansent dans la lumière des phares qui agressent la nuit (la catachrèse fendre prend alors tout son sens). Alors le/la punie, rendu à la sécurité, peut commencer seulement à attendre sa punition qui viendra parfaire son retour à l'enfance, à l'intérieur, alors même qu'au volant, l'adulte engage, par contraste assez jouissif, la violence mécanique envers l'extérieur. Du point de vue de la confection d'un récit, tout cela pose un problème : il faut du temps, il faut un sens à cette traversée, et il faut que la traversée soit racontée avec assez d'ampleur pour être crédible, d'une part, et pour produire une tension utilisable avec la suite.
Après cela, deuxième refuge, final. Il ne faudrait pas qu'il soit trop étanche, il faudrait donc que la neige gêne le mouvement de la porte, qu'un souffle glacé s'engouffre alors à l'intérieur, que la neige s'accumule sur les vitres.
Ce serait le moment de s'ouvrir, s'exposer, une deuxième fois. En commençant par le déshabillage : manteau évidemment, chaussures, sans doute mouillées. Mais pas trop, le vêtement qui reste peut très bien porter le jeu de la présence de l'extérieur et de la protection contre lui. Pourquoi pas un col roulé, forcément surdimensionné : cette laine sous le menton rappelle constamment qu'il faut se protéger. De même pour les collants et chaussettes. Le vêtement joue beaucoup : je me souviens d'une escapade absurde, avec ma famille et des amis de ma mère que je connaissais pas très bien, vers un refuge de montagne oublié. On était censés y faire du ski, mais l'unique remontée du coin était bloquée par la neige tombée trop vite et que personne ne damait. Pour y arriver, il a fallu plusieurs heures de marche, de nuit, derrière tout un peloton d'inconnus. Une fois sur place, dans le refuge vieillot, au moment du repas, j'ai aperçu une petite fille, arrivée en même temps que nous, qui portait une robe à la place de sa combinaison de ski. Le détail m'avait frappé : sa robe à carreaux était complètement en décalage dans ce contexte, mais un tel décalage aurait été très intéressant pour une punition. 

 
Pour un garçon, se retrouver en collants serait très commodément infantilisant tout en le restreignant à l'intérieur.
La fessée, promise depuis un moment, serait remise jusqu'au retour. Ou, peut-être, remise à encore plus tard, pour être administrée, très classiquement, à l'heure du coucher.
Le pyjama, en lui-même, n'est peut-être pas spécifique à la situation, mais pour le mettre, il faut bien se mettre tout nu, dans le froid. Puis, se réfugier dans son lit et attendre l'arrivée de celui qui va la donner.
Pas un adulte fâché. Plutôt bienveillant, comme dans toutes mes imaginations de punitions.
Étrangement, la fessée elle-même n'est pas très précise. Bien sûr, il faut baisser le pyjama – ou alors, déboutonner l'ouverture d'un pyjama grenouillère qui serait idéal pour la circonstance. Claquer une paire de fesses nues et gentiment tendues. C'était la punition méritée, pas très sévère, juste à sa place. Et puis, très vite, le puni ou la petite punie est remise dans son lit et bordée.
Pendant ce temps, la neige continue à tomber.
Dans le refuge vieillot, où j'avais été surpris par la petite dans sa robe, il fallait se dépêcher de se mettre au lit, sous peine de le faire dans le noir : après, le groupe électrogène du refuge était arrêté.
Le ronron du moteur se laissait entendre, si on le voulait, dans tout le refuge, il nous arrivait depuis l'extérieur, à travers les vieilles fenêtres et la boiserie vermoulue. Nous avons éteint à temps – dans le silence de la nuit, le ronron continu de l'alimentation durait. Et puis – il s'est interrompu. Le cœur mécanique s'est arrêté : la nuit complète.

Simon Pfeiffer

mercredi 7 janvier 2015

Les résolutions de nouvel an


En attendant l'un de ces articles auxquels on pense depuis un moment et qu'on n'arrive toujours pas à faire - voici un autre morceau d'improvisation. Ces résolutions - comme Mike remarquait très justement, personne n'en fait de mauvaises, donc c'est pas la peine de dire qu'elles sont bonnes - ont été notées un soir où j'étais séparé de Constance. Évidemment, j'avais très hâte de la retrouver, et je pensais à nos délires... Voici ce à quoi j'ai pensé. Un petit mélange d'idées nouvelles, mais surtout des choses auxquelles j'ai déjà pensé à un moment, voire des vieilles résolutions que j'avais noté l'année dernière et qui n'ont pas du tout été respecté. Je suis plus doué pour inventer des règles et des punitions que pour les suivre...
Comme toujours, j'ai envie de vous proposer de participer. Le fichier où j'ai noté tout cela s'appelait "idées de résolutions", et je n'ai pas fait exprès pour qu'il y en ait pile dix. Si vous avez des idées de résolutions, ou de punitions adaptées pour le non-respect de celles que j'ai notées, n'hésitez pas! Peut-être qu'avec plus d'yeux pour me surveiller, je finirais par devenir sage?

En attendant, il y a ces idées, et quelques photos de la première visite de la Mère Fouettard. 


  •  Pour réguler un peu mon emploi de temps, et combattre la tendance à me coucher trop tard, et comme le couvre-feu pyjama est finalement difficile à appliquer, je devrais essayer de faire le maximum de travail pendant la journée, surtout en bibliothèque où on est moins distrait, et en ramener moins à la maison pour les soirées.

    Pour mieux m'en souvenir, je devrais me changer, soit en entrant, soit, au plus tard, avant le retour de Constance, sauf les fois où nous avons prévu de sortir. La tenue de maison n'est pas forcément celle de punition, mais me rappelle que je dois être un garçon obéissant et que si je fais des bêtises, je serai puni.

    Elle est composé de vêtements pas trop adultes et faciles à baisser. Elle peut être remplacée par le pyjama.


  • Je ne parle pas assez de différents problèmes et de mes sentiments. Cette tendance à tout garder pour moi est l'une de choses que Constance me reproche le plus souvent. Je devrais faire un effort pour améliorer ça.


  • Cela vaut aussi pour la discipline. Je reste trop souvent dans l'attente que Constance m'impose des choses. Je dois faire un effort pour être plus autonome.


  • Pour mieux travailler sur mon comportement, je devrais apprendre à présenter mes excuses chaque fois que je suis puni.


  • Je m'énerve encore trop souvent. Il faut que je fasse plus d'effort pour arrêter. La punition que nous avons fixé pour cela semble une bonne idée, mais elle n'est pas appliquée systématiquement. Il faudrait peut-être l'appliquer plus rapidement après la bêtise ?


  • Les photos sont presque à l'abandon et le blog est actualisé trop rarement. Je devrai être plus régulier. Il faudrait peut-être s'engager à une fréquence minimum, et être puni en cas de non-respect. En ce qui concerne le blog, ces punitions pourraient pourraient être (en partie au moins) choisies par les lecteurs.


  • Entamer un écriturage non pervers et un projet photo. Ce sont déjà des résolutions de l'an passé, mais elles n'ont pas été respectées.


  • Reprendre une activité physique. Cela fait un moment que je devrais le faire. C'est une autre résolution reprise de l'année dernière. 
     

  • Prendre soin de ma santé. 
     

  • Une envie plutôt qu'une résolution : s'organiser un temps de vacances bien à l'abri qui seraient un séjour de pénitence.


    Simon Pfeiffer

    PS de Constance: toutes les suggestions seront les bienvenues, même si, je vous rassure, j'arriverais toujours à m'occuper de la discipline de mon petit Ourson.
    (Les photos ne montrent pas vraiment mes escarpins mis à l'occasion de la visite de la Mère Fouettard, mais j'ai pensé à Isabelle en les mettant. 

samedi 27 décembre 2014

La réponse de la Mère Fouettard

Je crois que j'ai vraiment donné du travail à la Mère Fouettard cette année. Je lui ai écrit une jolie lettre: c'était une idée assez improbable, venue à une moment tout à fait invraisemblable, et qui m'a valu un grand éclat de rire de Constance. Mais, après un instant de réflexion, elle m'a dit: mais oui, fais-le!
C'était une très bonne idée, et, juste avant notre départ pour les vacances de Noël, la Mère Fouettard est passé. Je l'ai attendu bien sagement, en tenue de circonstance, j'ai pris gentiment la fessée méritée et je me croyais bon pour avoir mes cadeaux. Elle a même pensé à régler quelques très vieux dossiers. Et voila le gamin sans cervelle que je suis qui oublie la carte mémoire de l'appareil - avec les photos de la Mère Fouettard dessus, et quelques autres détails qu'elle m'avait demandé. 
Il a fallu que la pauvre Mère Fouettard me rattrape chez la maman de Constance. A 400 kilomètres de distance, et en profitant d'un moment d'absence de cette dernière: presque aussi compliqué que de passer par la cheminée à insert bien écologique. Même elle avait besoin de son Michelin. J'ai été docile, mais après une telle boulette mon pyjama de fillette ne l'a pas trop attendrie. Mais elle n'en a pas voulu à Constance qui a encore pu faire des photos (même si les photos elles-mêmes s’acharnent sur mes fesses plutôt que de faire connaître la Mère Fouettard!).
Mais avant tout cela, la Mère Fouettard m'a fait cette réponse, qu'on vous montre avec quelques photos de son passage:



Cher Simon,

Avant même que tu m'écrives, ton cas avait été rappelé à mon bon souvenir. Mais voilà, je ne pouvais pas être là pour le 6 décembre. Soit mon organisation légendaire n'est plus ce qu'elle était, soit les vilains enfants ont été encore plus vilains que les années précédentes – alors que toi tu te maintiens, comme nous le confirme Constance qui nous aide chaque année à rafraîchir ton dossier.




 
Cela dit, j'étais en congé lorsque j'ai reçu ta lettre, transmise par le Père Noël, mais j'ai senti l'urgence pour toi d'avoir ta fessée. Ne nie pas, tu en as très envie. Peut-être même plus que de tes cadeaux ?
Il ne sera donc pas dit que je laisserai un jeune homme en manque de discipline, surtout en cette période de l'année.
Comme tu as pu le constater, je me suis dépêchée d'enfiler ma tenue, de préparer ma lanterne et mon fidèle martinet – quoiqu'une fois chez vous, je pourrais très bien emprunter le loopy de Constance. Si elle est partante pour me laisser son café, elle ne verra aucun inconvénient à me prêter son loopy. 


http://3.bp.blogspot.com/-rZyC8-sBzt0/VJ3oD1rmbHI/AAAAAAAABDY/jJq-oRNTDHk/s1600/Mere_fouettard2-3.jpg
 
Et puis, tu ne t'en souviens sans doute pas, mais il y a des petites fessées qui te sont dues depuis un an maintenant, et que tu n'as toujours pas reçues. Penses-y en m'attendant, et ne gonfle pas ton ardoise de punitions avant mon arrivée !

dimanche 14 décembre 2014

Lettre au Père Noël

A force de jouer à la fessée, je crois que Simon s'en est trouvé un peu trop infantilisé. Pour la première fois de sa vie, à vingt sept ans, il a rédigé une lettre pour le Père Noël. 
Plus exactement, il l'a rédigée pour que notre gros barbu transmette un message à sa fidèle comparse, la Mère Fouettard. 
Inutile de dire que j'attends avec impatience sa visite - tout ce qu'elle me demande, c'est de prendre les photos et de lui laisser des biscuits, cette morfale. 
Constance  

Cher Père Noël,

Cette année, je ne suis pas tout à fait sûr de pouvoir avoir mes cadeaux.
Je n'ai pas été très sage. Pas plus que d'habitude en fait. Je ne devrais peut-être pas m'inquiéter, puisque les autres années j'ai eu des cadeaux alors que j'avais fait autant de bêtises que cette année. Mais tu vas peut-être en avoir assez ?

Surtout, je me pose la question parce que le 6 décembre est passé – le 6 décembre, c'est la Saint Nicolas il paraît que c'est toi, en fait – et il ne s'est rien passé.
C'est un peu tôt pour des cadeaux, je sais, même si, quand j'étais petit, j'en avais aussi pour le 6 décembre. Mais ça, c'est pour les petits, et en plus je n'ai pas été assez sage.
À l'époque, on me disait parfois (mais je n'y croyais pas trop), que, si on n'était pas sage, on allait trouver des verges à la place de ses cadeaux. Je ne sais pas si j'ai mérité d'en trouver à noël ou le 6 – mais tu sais très bien qu'on a déjà une cravache...
En tout cas, ça ne m'inquiète pas de n'avoir pas eu de cadeau le 6, mais je me demande si c'est normal que ta copine la Mère Fouettarde ne soit pas passé.
Je crois que normalement, je ne devrais pas te demander à ce qu'elle vienne me voir. Mais voilà, la fois où elle est passée, je l'ai sagement attendu, j'ai mis mon pyjama avant, on lui a laissé un gâteau. Et elle n'a pas été si méchante. Bien sûr, j'ai eu ma fessée déculottée – c'est bien pour ça qu'elle est venue, après tout – mais pour une fessée, ça s'est bien passé. Elle s'est même laissé prendre en photo par Constance, alors que toi tu ne le fais jamais. En tout cas, comme j'avais été puni pour mes bêtises de l'année, j'ai eu tous mes cadeaux sans problème.
Du coup, je me demande si ce ne serait pas une bonne idée que tu dises à Mère Fouettarde de me voir ? Après tout, ce n'est pas obligé d'être pile le 6 décembre ? Comme ça, même si ça fait un peu mal et un peu honte aussi, j'aurai ma punition et toi tu pourras tranquillement me donner mes cadeaux. C'est mieux d'avoir une fessée puis des cadeaux que rien du tout, je trouve.
C'est vrai que, si Mère Fouettarde passe un autre jour que d'habitude, c'est plus compliqué que je sois là à l'attendre sagement. Mais ça devrait bien se passer aussi. On a déjà trouvé comment faire avec Constance : sauf quand on sort (mais ça, vous le savez, c'est comme pour les sorties des cheminées, même quand elles sont interdites), je dois être prêt quand Constance rentre de son travail. Je l'attends en pyjama ou en tenue de maison, comme culotte courte ou une sorte de legging de sport et un gros pull à Constance. Donc ça va très bien pour recevoir une fessée. Et il nous reste toujours des gâteaux. Il y a même le café du matin, Constance n'a jamais le temps de le boire avant de partir. 

 
 
Donc voilà, si tu trouves que je n'ai pas été assez sage (ou carrément trop vilain), je pense que ça vaut mieux, je promets de prendre ma fessée gentiment et pas dire que c'est pas juste. Si tu veux, je peux même dire que je l'ai mérité (parce que c'est vrai), et même dire merci à la Mère Fouettarde après la fessée – et ça, c'est ce qu'il y a de plus gênant.
Et comme ça, c'est pas la peine de me ramener des verges. Je crois que même Constance ne serait pas trop contente, parce que les verges ça ne tiens pas longtemps et ça laisse plein de petites brindilles partout. En fait, j'ai déjà parlé des idées de cadeaux à maman et à Constance, donc si tu as envie de participer, je pense que tu es au courant. Mais si tu trouves qu'il me faudrait plutôt un cadeau de gamin plutôt que tous les trucs de grand dont je leur ai parlé, il y a une chose que tu pourrais me ramener. Tu vois, maintenant, comme je n'obéissais pas assez à mon couvre-feu pyjama de 23 heures, je dois me changer avant le retour de Constance, et parfois, j'ai un peu froid. Un pyjama grenouillère serait parfait comme tenue pour mes punitions, tu ne trouves pas ? En tout cas, Constance trouve que ce serait parfait pour l'hiver. Elle dit que je ne vais avoir l'interdiction de toucher au rabat sur les fesses, ce sera réservé à elle.
Il y a bien une autre chose que j'aurais envie de te demander, mais je ne sais pas si c'est une bonne idée de te l'écrire. Mon carnet de discipline a déjà plus d'un an... En fait il reste encore de la place pour noter mes bêtises, mais les billets de punition détachables ne servent pas trop... En fait, ça se voit quand même beaucoup que je n'ai pas assez bien tenu mon carnet et que j'ai fait plein de bêtises. Donc, je suis tenté d'en commencer un nouveau, juste histoire d'avoir l'air moins vilain. Après tout, les visites de la Mère Fouettarde servent bien à effacer l'ardoise, non ?
Mais c'est peu-être vilain de penser ça ?

A bientôt !
Simon