mardi 28 octobre 2014

Pierre et Juliette (récit de fiction): Entr'aperçu

M'est avis que ce récit risque de décevoir: il y a bien référence au système scolaire et aux profs, mais le cadre n'a pas été forcé pour inclure une fessée. Il y a bien des gamins aux fantasmes bizarres, mais pas de concrétisation. Pas d'incises dans les dialogues, parce que les personnages sont interchangeables, c'est ce qui signale à quel point ils sont proches... Pas de figure de style alambiquées de mauvaise imitation de roman. Pas d'images piochées au hasard sur le net qui n'ont qu'un faible rapport avec l'histoire. 
Pour ce texte, les illustrations, ce sont mes dessins, puisque nous n'avons pas de gamins de l'âge de Pierre et de Juliette disponibles pour poser. Ils ne sont pas extraordinaires, ils ne sont pas particulièrement érotiques ou chargés de détails (vous savez, ces dessins où les dents, les rides et les cheveux sont dessinés un à un, avec la même épaisseur de trait et qui entraînent la réaction suivante "oh ben dis donc, tu es doué(e)"), mais ce sont les miens, et ils ont été pensés en cohérence avec le texte. 
Le texte est long, il n'est pas trépidant et j'ai bien conscience qu'il faut s'accrocher pour le lire jusqu'au bout, comme nombre de mes textes d'ailleurs. 
Mais si je devais écrire des histoires simples où les fessées s'enchaînent sans logique, si je n'étais pas un peu subtile, et si je n'écrivais pas d'abord pour un littéraire pur jus capable de me retrouver dans tout Victor Hugo le vers le plus érotique de toute son œuvre en me disant "vas y, essaie de le prononcer pour voir. Tu vois le mouvement des lèvres? Tu vois à quoi ça peut servir?", eh bien, je ne serais plus vraiment moi. 

Sur ces paroles engageantes, bonne lecture. 

 
J'ai mis ces deux dessins côte à côte parce que celui de gauche m'évoque davantage Simon adolescent alors que celui de droite correspond plus à Simon adulte. Et ça m'a amusée de voir que l'un déteignait sur l'autre parce que je n'ai fixé ni mon fusain, ni ma sanguine (si ma maman le savait, elle se fâcherait mais bon). 
Comme je n'ai pas connu Simon enfant, c'est ce que je sais de l'adulte qui déteint sur l'enfant que je reconstruis. 
Ceci était une métaphore pour vous donner une idée du processus d'écriture. 
Et non pas un vil prétexte pour dessiner Simon tout nu. 

Des yeux, Pierre cherchait la voiture de son père. Les rayons du soleil, obliques, semblaient lui tomber droit dans les yeux. Et il avait hâte de partir. C'était un soir où il aurait été soulagé d'être seul, de ne parler à personne. Il savait que Juliette finissait plus tôt ce jour là, c'était même pour ça que son père avait proposé de passer le prendre.
Mais voilà, Pierre aurait de loin préféré se cacher. Même de son papa.
C'était pourtant la fin de l'année, il aurait dû être content, c'était une journée de moins avant les vacances. Et c'était le dernier cours avec M. Vallognes, qui avait souligné ce dernier cours par quelques notes d'humour pour laisser un bon souvenir à la classe.
« Je laisse à mes collègues du lycée le soin de répondre aux sempiternelles questions de Pierre, qui veut toujours avoir une réponse pour tout ».
Son père est un peu plus loin, sur le côté du lycée. Il n'a pas réussi à se garer plus près, et il vient d'arriver. Sinon il ne serait pas juste derrière sa portière ouverte à faire des grands coucous dès qu'il voit son fils.
Pierre accélère le pas, sa démarche est raide, il a peur que tout le monde voie et sache les sentiments qui l'agitent. Ils ne sont pas très jolis.
« Oui, le lycée sera difficile pour vous tous. Mais pour certains, comme Pierre, ils vous fourniront peut-être enfin l'occasion de vous taire. »
Papa sourit, il n'a pas l'air de voir que son fils n'est pas dans son état normal.
-Ça va mon chéri ?
-Oui.
-Ça n'a pas l'air... Ne me dis pas que tu es triste de bientôt quitter l'école !
-Oh, pour ça, non alors !

Pierre dit ça avec une telle moue de dégoût que son père ne comprend pas et pouffe. Pour lui, son fils plaisante.
Pierre reste perdu dans ses mauvaises pensées. Il aurait dû répondre à Vallognes qu'il avait depuis longtemps renoncé à lui poser des questions, depuis qu'il avait constaté l'incompétence du professeur en la matière, mais il était resté muré dans un silence poli. Comme il s'en voulait ! C'était l'occasion. Justement, après ça, Vallognes n'aurait rien pu lui faire...

-Te voilà bien causant mon fils.
-Mmpf.
-Bon, je te ramène, c'est ce que j'ai de mieux à faire, hein ?
-Mmm mmmh.
-Super... Attache ta ceinture quand même, mon petit grognon.

Pierre eut un sursaut d'humeur qui altéra aussi celle de son père. Il y avait trop de choses qui se passaient trop vite. Il aurait bien voulu expliquer à son père ce qui s'était passé, lui dire qu'il ne lui en voulait pas, au contraire, qu'il était juste en colère contre son prof, contre les élèves qui se satisfont d'être des médiocres et qui se moquent de lui, contre lui-même surtout. Dans sa précipitation, la ceinture de sécurité lui échappa des mains et l'embout en métal fit une sorte de rebond pour lui retomber sur les doigts. Pierre fut surpris que ça fasse aussi mal.
-Ah mais merde, tiens !
-Pierre ! Ton langage !

L'enfant se tassa sur son siège en entendant son père crier. A force de voir son fils de mauvaise humeur, Karl s'était laissé gagner peu à peu par la bouderie. Il était frustré que son fils ne lui parle pas et s'enferme dans un silence borné. Est-ce qu'il avait l'habitude de le gronder ou de refuser de discuter avec lui ?

-Mais quoi ?
-Tu t'entends parler ? Ça ne fait pas dix minutes que je t'ai récupéré, et les seules fois où tu décroches la mâchoire, c'est pour jurer ! Alors maintenant, tu vas me dire ce qui ne va pas, et tout de suite ! La prochaine étape c'est quoi, tu insultes ta mère en rentrant ?

Être ferme, c'est montrer qu'on est présent, pensait Karl en toute bonne foi. Laquelle foi se trouva un peu ébranlée lorsqu'il vit les yeux de son fils se remplir de larmes et que la confession attendue se révéler des plus succinctes.
-Excuse moi, je ne le dirais plus.

En tournant la clé de la voiture, Karl se sentit parfaitement stupide. Il avait une longue expérience de colères mal maîtrisées, à tel point qu'il pouvait presque entendre la voix de sa mère lui dire que c'était malin, et qu'il était bien avancé maintenant. Ils roulèrent quelques minutes dans un silence complet, ne sachant ni l'un ni l'autre comment terminer la dispute, quand Karl eut l'idée de prendre un chemin de traverse. Après quelques minutes à être secoués sur une route de campagne pelée et trouée comme une écharpe mangée aux mites, Karl s'arrêta au bord d'un champ.
Pierre le suivit du regard, un peu inquiet de le voir sortir de voiture, faire le tour, ouvrir la portière côté passager et déboucler sa ceinture de sécurité. Puis il s'accroupit devant lui.
-Tu sais, ton grand-père, mon père à moi donc, était capable de rester d'un calme olympien en toutes circonstances. Du moins, quand moi j'étais petit.
-Oui ?
-Pendant longtemps il savait quand m'envoyer faire un tour, courir dans le jardin ou me dire d'aller dans ma chambre. C'était juste avant que je n'explose, souvent pour de très mauvaises raisons. Sur le coup, je lui en voulais, et une fois que j'avais retrouvé mon calme, je ne pouvais m'empêcher de le remercier de m'avoir détourné de ma colère.
-Tu veux que j'aille courir ?
-Oui, pieds nus pour ne pas abîmer tes chaussures, dans les ronces pour t'aider à te détendre... Non, rajouta-t-il en voyant son garçon sursauter, je veux juste t'expliquer que je ne sais pas faire comme lui. S'il était venu te chercher à l'école ce soir, il t'aurait dit tout de suite « bon, qu'est-ce qui ne va pas ? », ça serait sorti immédiatement et à cette heure, tu ne serais ni triste ni en colère ni rien.
-Je suis désolé...
-Mais non, ne t'excuses pas, c'est moi qui le fait. Raconte moi ce qu'il s'est passé au collège.
-Mais c'est pas important...
-Bien sûr que si. Et nous avons tout notre temps. Viens, nous allons marcher.

Le chemin qui bordait le champ était difficilement praticable en voiture, et à pied, il aurait mérité de bonnes chaussures de marche. Aucun des deux n'avaient de tenue appropriée, et c'était même étrange de voir un homme en complet bleu, flanqué d'un écolier en pleurs, faire le tour d'un champ de betteraves à cochons.
Mais cela servit à Karl pour comprendre que Vallognes était décidément un fort mauvais professeur et son fils un petit garçon brillant, mais sensible, et orgueilleux, qu'il fallait songer à ménager un peu.
Une fois revenu à la voiture, leurs chaussures étaient couvertes de boue, mais Pierre était beaucoup plus calme.
-Sincèrement, c'est rare toute une scolarité sans prof incompétent. Oublie moi cet idiot, et passe à autre chose.
-D'accord.
-Je suis très content, moi, que tu poses des questions et que tu veuilles aller au fond des choses. Ton prof préfère les élèves paresseux, pas moi.

Il était temps de remonter en voiture et de rentrer. Maman les attendait sûrement. Karl ouvrit la portière pour son fils et le laissait s'asseoir en regardant le paysage morne qui arrivait parfois à consoler.
-Oh non mais c'est pas vrai !
Karl regarda son fils avec des yeux tous ronds.
-Tu t'es cogné ?
-Mais non !
-Attends, je prends des mouchoirs dans le coffre... dans la boîte à gants... ah non zut ma mallette.
-Nan mais c'est bon Papa, j'en ai dans ma poche. Mais j'ai du sang plein ma chemise...

Karl l'aidait à s'essuyer, mais pour le sang sur sa chemise, on ne pouvait pas faire grand chose.
-Je saigne jamais du nez, d'habitude, c'est nul.
-Si je me souviens bien, la dernière fois, t'avais trois ans.
-C'est pas drôle.

Mais il avait fini par rire. Et pour Karl, c'était le plus important.
-J'en connais une qui va être surprise de te voir dans cet état, lança Karl en se garant devant la maison.

Lorsqu'ils rentrèrent tous les deux dans la maison, Pierre regretta vraiment de ne pas être plus présentable.
Dans le salon, autour de la table basse qui supportait un plateau et des tasses de thé vides, il y avait, en plus de sa mère, les parents de Juliette, Juliette enfoncée dans un coin de canapé avec un gros livre sur les genoux, et Sophie.
Les adultes les regardèrent avec de grands yeux surpris, mais c'est Juliette qui leur manifeste le plus d'intérêt. Elle bondit presque du canapé, mais essaie de rester assise. L'avantage c'est que personne ne rit.

-Euh... Bonjour tout le monde. J'avais dans l'idée de faire une blague sur le fait que j'étais un père violent et Pierre un enfant battu, mais ça lui est arrivé comme ça.
-Il est tombé ?
-Même pas.
-Ça t'a fait mal ?
-Mais non. J'aimerais bien me changer par contre.
-Et moi je voudrais pas déranger, mais j'utiliserai bien les toilettes, demanda timidement Juliette.

Avec l'accord des adultes, les deux enfants grimpèrent les escaliers vers l'étage. Pierre avec sa chemise maculée de sang et Juliette avec son envie pressante. Et il était difficile de dire lequel était le plus pressé.
Pierre avait peur que Juliette ne se moque de son état, où encore qu'elle trouve ça dégoûtant, mais elle était manifestement trop pressée pour y faire attention.
Comme sa maman lui avait conseillé de la mettre tout de suite à tremper pour que les taches partent, il la retira et remplit le lavabo d'eau froide.
Et alors qu'il patouillait sa chemisette dans l'eau, torse nu parce que maman avait dit qu'il ne fallait pas attendre, il sentit qu'on ouvrait la porte de la salle de bains qu'il n'avait pas verrouillée.

-Oups, désolée.
-Muh ?
-Je voulais me laver les mains, mais...
-Oh. Euh... Attends.

Pierre transféra d'urgence la chemisette dans une bassine pour qu'elle finisse de se détacher toute seule, et laissa la place à Juliette.
-J'aurais pu me laver les mains à la cuisine, tu sais.
-Mais non, tout va bien, regarde.

Pierre allait quitter la salle de bains pour passer une chemise, sèche, et si possible non maculée de sang, lorsqu'un détail l'arrêta au passage. 

 
-Juliette...
-Vi ?
-Tu feras attention, tu as mal remis ta jupe...

Juliette, rougissante, se retourna aussitôt pour cacher ses fesses. Pierre ne jugea pas utile de lui dire que, de cette façon, il voyait encore dans le miroir la petite culotte de coton blanc avec des as de piques imprimés.
Il sortit afin de ne pas la gêner davantage, et surtout d'enfin se rendre visible. Il était quand même plus proche qu'elle de la nudité...
Cette vision le laissait rêveur. C'était autant la gêne de Juliette que cet éclair de chair entr'aperçu qui le troublait.
Il avait à peine mis un t-shirt qu'il entendit des petits pas se rapprocher de sa chambre.
-Tu n'es pas redescendu ?
-Mouarf, je sais pas s'il y a besoin. S'il le faut, ils nous appelleront.
-Ah parce que je peux rester avec toi ?
-Bah oui... Une partie ? Proposa-t-il, la main tendue vers l'écran et les manettes.

Il avait beau essayer de ne plus y penser, il la revoyait, inconsciente de ce qu'elle montrait, avant de le cacher précipitamment.
Toute rouge...
Pierre ne saurait jamais à partir de quel moment sa rêverie fit glisser cette rougeur du visage de Juliette à ce qu'elle n'aurait pas voulu lui montrer. Ni surtout pour quelle raison, à chaque fois qu'il imaginerait de nouveau la scène, la jupe révélerait un peu plus ces rondeurs délicates, comme la marée descendante dévoile lentement le rivage pour mieux le recouvrir.
Comme si elle rabattait sa jupe après une fessée... 

 

-Tu as envie de jouer à quoi ?, demanda cette innocente.
-Tu veux te détendre ou réfléchir ?
-Murf.
-Dessouder des zombies ou conduire un sous-marin en zone hostile ?
-Va pour le sous marin.
-Cool. En plus tu es bonne en maths, ça va nous faciliter la vie pour les missions.
-Je suis pas plus forte en maths que toi !
-Meuh si. Tu vois les feuilles de calcul sur mon bureau ? Prends les, on va en avoir besoin. Je crois que ma calculette est dans mon sac de cours.
-Ton bureau il est aussi rangé que le mien...
-Rooooh...
-C'est bon je les ai tes feuilles de calcul… Comment on s'assied ?
-Coussins ! Pour noter des trucs sur la feuille de calcul, on va prendre appui sur mon vieux Alice au pays des Merveilles.
-Toi aussi, tu as ça ?
-Bah voui ! Tiens, attrape.

Pierre, tout fébrile, ne se rend pas compte que Juliette a déjà les mains prises et réceptionne les oreillers comme elle peut. Et elle en fait tomber un.
-C'que je suis maladroite… laisse-t-elle échapper en gloussant, un peu gênée.

Alors Pierre ressent cette gêne, et sans savoir pourquoi, peut être à cause de l'image qui vient de lui traverser l'esprit comme un flash, Juliette déculottée pour maladresse, il se précipite pour l'aider. Bientôt les coussins sont mis, le jeu lancé, Juliette s'apprête à s'asseoir, mais, plutôt que de lisser sa jupe et poser ses fesses sur le coussin, elle la soulève. Elle se laisse aller en ployant les genoux, et le tissu de sa jupe bouffe un instant avant de s'évaser en corolle tout autour d'elle. Elle a englouti le coussins sous sa jupe. Mais manifestement, elle n'y voit pas à mal, et croise les jambes en tailleur. S'il était juste en face, Pierre verrait à nouveau sa petite culotte, mais il fait exprès de ne pas s'asseoir en face. Il se pose, maladroitement, à côté d'elle, perd l'équilibre un court instant mais par réflexe, la main de Juliette se lève et enserre son épaule.
-Eh, reste avec moi, t'endors pas maintenant !
-Mon coussin est un con.
-Ben voyons…
-Voilà, ça démarre. Tu veux une toute nouvelle mission ?
-Ça ne serait pas trop long de tout m'expliquer ?
-Mais tu vas voir, tu vas vite comprendre.

Juliette rougit du compliment et s'applique, encore plus sérieuse qu'en classe, à assimiler tout ce que lui dit Pierre sur le jeu. Elle ne cherche même pas à savoir si elle a vraiment envie de jouer à ce jeu, s'il ne serait pas mieux de faire autre chose.
Quand il lui demande un calcul, elle a envie de briller, de l'étonner. Elle ne se rend pas compte, que jusque là, aucun professeur ne l'a faite s'investir autant.
Elle ne se rend pas compte non plus que Pierre, ahuri, essaie de faire mieux. Il ne veut pas qu'elle se sente inférieure, mais il veut être au moins aussi bien.
Peu à peu, ils se frôlent. C'est la main de Juliette un peu trop vive pour prendre la calculette qui frôle la cuisse du jeune garçon, c'est l'épaule de Pierre qui s'appuie à celle de Juliette lorsqu'il faut inscrire des chiffres sur une grille de calcul. C'est encore leur excitation au moment de décider du lancer, leur fébrilité lorsque la torpille, lâchée sur leur ordre, traverse un océan de pixels, atteint sa cible, et fait se rejoindre leurs mains.

-Et bam ! Fais surface, mais pas longtemps, je crois qu'on est bon.
-La mission est finie ?
-Pas loin. Si on arrive à rentrer à la base, on a fini. Et on a gagné surtout.
-Je pensais pas que ça m'amuserait autant.
-T'avais jamais essayé !
-C'est vrai aussi. Attention, les rochers !
-Mais si je plonge trop, on va se fracasser sur le fond. Ah non en fait. Bon. Voilà que tu deviens plus douée que moi.

De l'extérieur, ils ont l'air de piailler et de rire comme des enfants. Mais ce serait se tromper de ne voir que cela.
Soudain, ils s'interrompent, parce qu'on a frappé derrière eux. Leurs parents sont là, avec Sophie.

-Eh bien, je vois qu'on ne s'ennuie pas, lance le père de Juliette.
Les banalités s'ensuivent. Les parents expliquent aux enfants que, cet été, puisqu'ils ne peuvent pas prendre leurs vacances dès la fin de l'année scolaire, Sophie va les emmener, tous les deux, quelques jours à la campagne, chez son grand-père à elle. Ce n'est pas une surprise, cela fait quelques semaines qu'on en parle.
Et il est temps pour les parents de Juliette de rentrer. Pierre commence à ranger les manettes et les feuilles éparses, pendant que Juliette, plutôt que de se relever simplement, se penche sur le côté et effectue une sorte de roulade.
-Fais attention, ça soulève ta jupe, mon poussin.

Simple pudeur de père qui n'ose pas dire à une presqu'adolescente qu'elle montre sa culotte en public. La mère de Juliette le reprend aussitôt.
-Si tu lui dis ça, elle ne va plus porter que des pantalons.
Pierre baisse le nez pour qu'on ne voie pas qu'il est tout rouge.
Parce que dans sa tête, une autre image se grave, celle d'une petite fille penaude qui a déjà été punie, et qui lisse sa jupe en se relevant...
-Fais attention, cela soulève ta jupe.
-C'est normal, j'ai reçu la fessée

 
Et voilà comment un jeune homme se prépare à passer des nuits troublantes. 
Parfois, un tout petit détail suffit. 


Constance Clairvaux 
 

lundi 20 octobre 2014

Les orties et l'angine

Deux semaines avant les vacances de la Toussaint, je me suis débrouillée pour attraper une belle angine blanche. Pas bien compliqué à comprendre : l'essentiel de mon nouveau travail consiste à jacter toute la journée. Je ne dis pas que de temps en temps je ne mets pas le moulin à parlotte sur pause, mais c'est rare. On pourrait s'imaginer qu'en faisant des photocopies ou en corrigeant des copies, je ne parle pas. Bien sûr que si. À la reprographie, je parle avec la fille qui est là toute la journée, en corrigeant mes copies je parle à d'autres profs. Je ne vous parle même pas des interros où je suis constamment obligée de répondre à des appels angoissés de type « madame j'ai vraiment pas compris ce que vous vouliez que je réponde, là ». Et après la journée de boulot, j'enchaîne avec mes petits monstres de cours particuliers.
Bilan des courses : angine. J'ai quand même assuré ma journée de travail comme j'ai pu, Simon avait pris rendez vous chez le médecin pile pour quand je serais rentrée.
Médecin qui a été assez surpris du décalage entre l'état de ma gorge et mon attitude globale.
Je suis extrêmement douée pour être proche du décès sans que ça se voit.
Mais mon médecin me connaît, c'est lui que je suis allée voir pour la première fois en disant que ça pouvait plus continuer comme ça la dépression et qu'il fallait me sortir de là. Il est gentil, compréhensif, il commence à bien me connaître, il adore les historiens et il aime beaucoup bavarder.
Dans la foulée, quand je suis redescendue de la banquette sans avoir eu à me déshabiller – oui, il connaît aussi mes complexes et ma pudeur, na – on explique que Simon et moi passons notre temps ensemble, qu'on dort ensemble et qu'on fait moult activités que la morale réprouve, et qu'il a un début de crève. Autant lui épargner d'attraper la même chose que moi.
A son tour, il se lève et va s'asseoir à ma place.
Ce qui me rappelle quand on va donner notre sang et que pour m'occuper, je regarde Simon se faire sortir des pommes par des infirmiers zélés qui voient défiler de l'étudiant exténué depuis un moment, ils gèrent. Tandis que moi y'a pas d'exténuée qui tienne, rien à carrer des aiguilles ça m'fait pas peur et je me fais engueuler à chaque fois parce que je me relève trop vite soit disant.
Mais va leur expliquer que j'ai une double montée d'adrénaline, celle qui constate que j'ai une aiguille dans le bras comme mon papa quand il se shootait à l'héroïne mais que moi je le fais pour le bien et que ça fait de moi quelqu'un de génial, et celle qui voit mon amoureux en état de faiblesse qui a besoin d'être soigné.
Quand je vois Simon pâlir, faire un malaise, exprimer une douleur quelconque, il y a en moi une part d'excitation, je n'y peux rien. Serais je une vraie sadique sans cette part d'excitation, je ne sais pas. Je ne dirais pourtant pas que c'est de la jouissance. C'est plus une sorte de compassion mêlée d'une satisfaction sadique.
Or donc, j'étais déjà dans tous mes états de le voir assis sur la banquette avec le médecin qui s'apprêtait à l'examiner, quand j'ai entendu :
« Mettez vous torse nu »


Raaaaah !
Vas-y ma fille, efface ce sourire débile, si tu continues il va te renvoyer dans la salle d'attente. 

Comme il aurait été plutôt mal venu de faire des photos dans le cabinet du médecin, 
j'ai bricolé un petit dessin. 
Je n'ai pas eu le courage de dessiner aussi la fille au sourire pervers assise en face. 

Un esprit raisonnable me dirait « quelle histoire pour si peu, tu l'as déjà vu mille fois torse nu ton homme, et autant de fois tout nu, alors ça sert à quoi d'être toute excitée dans le cabinet du médecin, je te le demande ».
Mais j'ai pas d'esprit raisonnable dans ces moments là alors je profite.
En plus le médecin ne fait pas vraiment mal à Simon, mais le simple fait de le voir examiné sous toutes les coutures m'affole.
Et pour ne rien vous cachez, ça me console un peu des nuits précédentes ou je n'arrivais plus à respirer. Je m'assoupissais un peu, l'air passait moins, je faisais un cauchemar où j'allais bientôt mourir parce que je ne respirais plus, et je me réveillais. Simon après m'a dit que je ronflais un peu, puis, il y avait un blanc de plusieurs secondes, et je me réveillais en sursaut.
En gros, j'enchaînais les apnées.
Alors ça valait bien un peu de compensation dans le sadisme.
Et avec toutes ses émotions, le médecin m'a dit que je n'allais plus bosser jusqu'au lundi suivant.
Mon tout premier arrêt maladie, quelle émotion.
Et comme l'arrêt débouchait sur un week-end, et que la maman de Simon partait quelques jours, nous voilà partis pour la Picardie. Le temps de lourder mes cours particuliers du week-end (je peux pas vous faire cours les affreux, je suis une fragile convalescente), et d'empaqueter des vêtements chauds, parce que la Picardie en automne, ça ne pardonne pas. L'esthétique y perd, mais si ça peut m'éviter d'écoper d'une autre crève à éliminer pendant mes vacances amplement méritées, je fais avec.
Simon n'échappe pas à la règle, et lui aussi s'habille chaudement. Sauf que lui, avec ses jeans trop grands et son pull irlandais extra large, sans compter le fait qu'il s'est rasé de près avant de partir, il a clairement l'air d'un adolescent (même sa mère a trouvé que ça le rajeunissait quand elle l'a vu rasé).
Comme lui ressemble à un adolescent, j'aime assez l'idée que j'ai l'air d'une gouvernante chaudement habillée. 

Tant que sa maman était là, Simon portait un jean
et ensuite, il a été obligé d'assumer le fait qu'il avait oublié sa culotte courte de puni... 
et qu'il était obligé de rester en collants et en pull. 

Une fois la maman partie, la maison était pour nous deux. Fraîche, humide, flanquée d'un gros chien psychopathe qui pense que ne pas aboyer est une trahison, mais laissant libre cours à notre imagination.
Hier, il faisait beau, suffisamment pour un petit tour de jardin avec de magnifiques sabots en plastique pour se protéger de l'herbe humide – j'ai dit que l'esthétique y perdait. Sauf que le jardin, il est aussi doté d'un très joli saule. Simon et moi parlons de tout et de rien, du fait qu'il va falloir recommander du bois avant l'hiver parce que les réserves sont presque épuisées, du saule qui justement est reparti de plus belle après sa taille en règle, des framboises qui n'ont pas encore été cueillies – et qui connaissent une rapide fin de vie une fois que Simon les découvre.
Et moi, il ne faut pas me parler de saule trop longtemps, ça me donne des idées. Sans compter que, juste à côté du saule…

-Simon, y a des orties aussi.
-Mmmh ? Ah oui, tiens.
Après un petit temps de silence, il couine. Mais, paradoxalement, il n'oppose pas un refus catégorique.
Nous prévoyons le déroulement de la soirée de cette façon : il rentrera du bois pour faire un feu dans le salon, puis, muni de gants, il ira cueillir quelques orties. Si nous avions pu tout faire avant la tombée du jour, je serais peut être allée moi-même, mais avec la nuit, je trouve que cela rajoute un élément au contexte de punition. Sans doute parce que ça me rappelle un épisode des Confessions de JJ Rousseau où, enfant, il était envoyé chercher une Bible au temple alors que la nuit était largement tombée.
Ça tombe bien, Simon est protestant. Et j'associe souvent la religion à une ambiance de punition, ça doit être mon enfance passée dans l'athéisme le plus absolu et mes études de médiévale (tous ceux qui pensent que le monde du BDSM va trop loin n'ont jamais étudié le Moyen Âge. Moi, j'ai vu passer des pénitents en chemise en plein hiver, des religieuses toutes nues allongées au milieu d'une église, des privations de bouffer auto-infligées, des prosternations répétées jusqu'à l'épuisement. Le corset et la robe en latex que tu mets que pour la soirée bondage et les ensemble cagoule-laisse, à côté, c'est de la gnognotte).
La soirée passe. Simon a l'air d'avoir accepté l'idée de sa prochaine punition, mais il trainaille un peu avant d'aller chercher le bois demandé. Finalement, il en ramène une brassée dans le salon.

-Est-ce que ça ira comme ça ?
-Moui… est-ce qu'il y en a suffisamment pour faire du feu dans notre chambre ?, demandai-je, car je n'ai aucune idée de la quantité de bois nécessaire à deux feux.

Car oui, comble du luxe et du romantisme, nous avons une cheminée personnelle dans notre chambre, ce qui est la classe ultime.
-Non, j'y retourne !

Il a l'air bien pressé de s'occuper du bois, le jeune homme.
-N'oublie pas tes gants, Simon.
-Pas besoin pour le bois.
-Tu en auras besoin après.
-Muuuuh…

Il vient de comprendre que nous allions passer aux choses sérieuses sous peu.
D'après les dernières expériences de Waldo, on sait qu'une petite fessée à la badine fait des miracles sur la fessée aux orties. Mais je n'aurais pas le courage de le renvoyer dehors une quatrième fois.

Il met beaucoup de soin à démarrer le feu. De l'extérieur, on dirait qu'il retarde exprès le moment de sa fessée, mais je commence à le connaître un peu. Simon est incapable de bâcler quoi que ce soit, s'il fait quelque chose, il le fait bien, sinon il se maudit sur plusieurs générations.
Le chien, lui, ronfle sur son matelas.

-C'est dur de faire démarrer le feu avec du bois encore humide…
-Tu m'étonnes…

Pendant qu'il est à genoux devant la cheminée en train de souffler comme dans une forge, je suis à côté, tranquillement, les bras croisés, je profite du spectacle. J'adore les feux de cheminée, et quand Simon est à genoux pour faire partir le feu, il se penche en avant, et immanquablement, il tend ses fesses.
C'est tout à fait ravissant.

-En plus regarde moi ça, les brindilles que j'ai pour lancer le truc, c'est du saule. C'est tout gorgé de flotte.
-C'est à contre emploi, c'est sûr… Le bois vert, c'est pour les volées !
-Pfff…

Finalement, Simon triomphe du bois humide, et ressort, dûment ganté, dans le jardin.

-Ça va, ça ?
-Parfait.

Elles finissent à côté de la cheminée. Les racines sont venues avec, mais ce n'est pas bien dramatique. Les orties, ça pousse comme du chiendent.

-Tu n'as pas trop peur ? Tu es sûr ?
-Mmmpfff. Non, ça va en fait.
Dans le salon, il y a un gros fauteuil rouge – dans lequel je ne me suis quasiment jamais assise correctement, je m'y cale en position hamac – qui fait dos à la cheminée. Je décide donc que Simon va se pencher en avant et prendre appui sur le dossier du fauteuil. Il sera éclairé par les flammes, et j'aurai tout le recul nécessaire pour la fessée aux orties.

Je commence par une série de claques à la main, mais ce n'est que de la mise en scène. Il est tout de suite déculotté, j'en profite, je suis dans tous mes états en voyant ses fesses exposées à la lueur des flammes.
Malgré tout, il sursaute.

Tiens, tiens. Aurait-il comme un soupçon d'anxiété ? Depuis le temps qu'on parle de la fessée aux orties en jurant que jamais on ne le fera, que c'est trop cruel, là, on ne se pose presque pas de question.
En tout cas, moi, je n'en mène pas large. Au moment d'enfiler les gants pour prendre les orties, je me demande vraiment si c'est une bonne idée, si ça ne va pas être une expérience détestable, etc. Je ne suis pas loin d'aller préparer d'avance une bassine d'eau et de vinaigre, au cas où. J'essaie de me rassurer comme je peux : Simon s'est déjà fait piquer par des orties quand il était petit, il n'a jamais été douillet, il n'y a aucune raison que ça se passe mal.
J'avise une toute petite branche, elle sera parfaite pour commencer.

-Hiiiii…
-Alors ? Ça fait quoi ?
-Beuh… ça brûle un peu. Mais ça va en fait. Aaaah !

J'enchaîne avec le reste du bouquet d'orties. Simon se tortille, sursaute, se redresse. C'est bien la première fois que je le vois s'agiter autant pendant une fessée. Moi même, ça me fait extrêmement bizarre de faire un tout petit mouvement de poignet et d'avoir un tel impact. Les branches d'orties ne sont pas rigide, ça donne une espèce de mollesse au coup que je donne, là aussi, qui fait contraste si on sur Simon.

-Eh ben ? Qu'est-ce que tu remues ?
-Mais ça fait peur…

Je lui fais confiance, mais j'ai failli prendre les feuilles à mains nues pour vérifier si c'était bien urticant.
Les ampoules électriques du salon ne me suffisent pas, et je suis obligée de me pencher et de pousser Simon en posant ma main sur son bassin, pour que ses fesses soient éclairées au mieux par la lueur des flammes. 

Cette photo résume assez bien: du romantisme, la lueur des flammes, 
un jeune homme ultra-sexy... 
J'aime cette photo.
Cherchez pas.

Très honnêtement, il ne me manque plus qu'un flambeau pour remonter dans ma chambre, et je suis à deux doigts d'appeler Simon M. Rochester et lui demander s'il a pas une épouse cachée dans une des pièces du château.
Il ne se tortille pas pour rien, le pauvre amour. Il a effectivement des cloques, pas alarmantes, mais qui rappellent bien les orties.
Et comme il est tout sensible, la moindre claque un peu forte lui fait faire un bond. Ce qui parle beaucoup à mon côté sadique.

Il était temps d'aller nous coucher. Simon a fait du feu dans notre chambre, pendant que j'étais vautrée dans le lit à le regarder faire.
Je pourrais vous dire que, dans cet état de fièvre et d'excitation, nous avons fait sauvagement l'amour, éclairés par la seule lueur des flammes, que j'avais une superbe chemise de nuit XIXeme en dentelles, que Simon était nu.
Mais en fait, j'avais une chemise de nuit avec des chatons et un pull, et dans cet état de fièvre, je me suis endormie comme une masse. Avec la main posée sur les fesses de Simon, mais quand même. 

Constance Clairvaux

mercredi 8 octobre 2014

Légers et court-vêtus

Lorsque nous quittions Paris ce samedi, l'automne était encore très estival. Le lendemain, au réveil, les vitres étaient couvertes de gouttes de pluie projetées par le vent qui sentait bien octobre.
La rentrée, même universitaire, est presque finie.
Mais nous avons pris du retard. Il serait tentant de fêter la rentrée comme il se doit _ le souci, c'est que, une fois la vraie rentrée faite, nous n'avons plus beaucoup de temps pour jouer la rentrée perverse. En attendant, une solution s'impose – c'est de revoir quelques souvenirs de vacances.
Même si le blog a été à peu près silencieux pendant l'été, nous avons fait des bêtises en toute discrétion.
Nous avons déjà parlé de petits dessins que Constance a fait en mon absence – mais avant cela, il y a eu des sorties perverses.

Comme celle-ci. Cela fait un moment que nous connaissons l'endroit. Si on choisit bien le moment d'y aller – nous y sommes allés dans l'après-midi, en semaine – même en juillet on peut y être relativement tranquilles. Il n'y a guère que les locaux qui connaissent, les touristes vont ailleurs. Nous en profitons. On gare la voiture à l'écart de la route, et on s'engage dans un chemin qui longe le bord de l'étang. Dès la première clairière qui descend jusqu'au niveau de l'eau, les brins d'herbe perçant la surface presqu'immobile, il nous faut nous retenir de glousser. « Tu te souviens ? »
Bien sûr qu'on se souvient de ce qu'on a déjà fait à cet endroit même. Il faisait encore plus vide, un peu plus tard, et les promeneurs étaient déjà bien rares. Mais maintenant, ce sont les vacances. Nous n'allons pas prendre autant de risques.


C'est pas la tentation qui manque. « Tu imagines si, en vacances, tu étais surveillé par la tutrice pendant une promenade ? »
Cette discipline en vacances revient souvent. Ce serait un peu comme la salle des punis, mais en pleine nature. Ou alors, ce serait tout différent : non une punition ponctuelle, mais tout un séjour de vacances sous surveillance, avec une discipline stricte toujours présente. Si l'on finit toujours par imaginer la punition elle-même, au moins aussi troublante serait la possibilité toujours présente d'être puni.
De là, il est facile de dériver toute une hiérarchie. D'une part, ceux qui, comme moi, seraient toujours exposés à une punition. Traités comme des petits, il faudrait aussi qu'ils en aient, autant que possible, l'apparence, d'où, évidemment, des tenues imposées. Mais, dans la chaleur de l'été, les tenues de puni pourraient passer inaperçues à l'extérieur. Au-dessus, il y aurait ceux qui, un peu plus libres, seraient traités comme des grands – eux aussi passibles d'une bonne déculottée devant tout le monde, mais peut-être moins facilement, et avec plus de gêne. En plus de cela, ils pourraient, de temps en temps, surveiller les petits et glousser un peu, tout en compatissant, de leurs mésaventures.
Le propre du pervers, c'est que du fantasme, il passe à la réalité. Ce fantasme-là est un peu compliqué à mettre en place, mais suffisamment tentant pour qu'on essaye dès qu'une occasion se présente. Nous nous sommes donc exposés aux hordes de moustiques dans les forêts de l'Europe de l'Est, je me suis retrouvé tout nu au bord d'un lac, et nous avons bien failli nous faire surprendre dans une forêt française, dans un très bel endroit que nous avons en vain essayé de retrouver. Mais la solitude n'est jamais suffisante pour jouer comme on peut le faire dans la sécurité de notre studio parisien ; On voit toujours trop loin entre les arbres, il y a toujours une route suffisamment proche pour que le bruit des voitures rappelle la proximité de la civilisation, et il y a toujours quelque famille avec enfants braillards – si tout va bien ; bien plus inquiétant est une famille à vélo avec des enfants discrets et en forme. Peut-être qu'un jour nous aurons occasion de nous retrouver dans une vraie solitude – peut-être pyrénéenne, d'après les expériences d'Isabelle ? En attendant, nous essayons de profiter de petites occasions.
Il faisait beau ; la chaleur pesante avait laissé péniblement accomplir toutes les tâches nécessaires, comme tondre la pelouse jaunie. L'après-midi devait être pour nous. Nous nous apprêtions à prendre la voiture pour aller en balade dans un de ces recoins verts et vides que Constance a l'art de dénicher sur son atlas Michelin.
-Il faut qu'on emporte quelque chose, à part la bouteille d'eau ?
J'ai posé la question tout haut, comme si elle était tout à fait innocente. Mais les balades sont le moment de faire ce que la discrétion empêche de régler avant le coucher.
-Je vais voir.
Elle fait mine de cherche un accessoire banal, comme une crème solaire.
-On emporte le martinet ?
Elle hoche la tête.
-Au fait, dans l'étang, on peut se baigner ? Ce serait mieux d'emporter des serviettes.
Plus bas, elle me suggère de prendre de quoi me changer – par exemple ma culotte courte.
-Meuh ?
-Ben quoi ? Il fait chaud. Je suis sûre que personne ne soupçonnera rien. Pas même maman.
-Comment ça ?
-Tu vas te changer après la baignade ; ça sert à rien que tu te rechanges après. Alors tu vas rentrer en culotte courte.
Son regard est plus troche de « t'es pas cap' ? »
Mais si – la culotte courte se retrouve dans le sac. De toute manière, je serais mal placé pour rechigner, puisque j'avais déjà reçu une fessée ce matin-là, alors que la maman de Constance s'était absenté pour les courses.
-Alors, on a tout ?
-Oui !
Nous montons en voiture. La route est déjà connue, et, comme nous l'avons espéré, plutôt vide. Nous nous écartons des touristes. Sur l'aire de parking il n'y a qu'une seule autre voiture, ce qui n'est pas vraiment inquiétant. Des voix nous arrivent depuis l'autre rive du lac, où il y a une petite plage familiale connue des locaux, et un centre des loisirs. Des Optimist tournoient par là-bas, sans s'éloigner de la rive, et sans velléité manifeste d'aller voir de notre côté. Nous suivons le chemin encore un peu. La première fois que nous avons joué dans ce coin, nous avons fait presque le tour complet de l'étang à la recherche d'un endroit tranquille, peut-être d'une possibilité de nous écarter un peu de la rive. Il n'y en a pas, la forêt attenante est privée, mais les petites plages herbues sont relativement abritées. Nous nous installons tranquillement.
L'eau est bien chaude, et nous en profitons bien malgré les pierres qui parsèment le fond plutôt vaseux. Nous nageons vers le milieu du lac, puis retournons vers notre plage où les affaires attendent sans être inquiétées ; Constance sort de l'eau et m'attend pendant que je fais un tour à la nage jusqu'à la plage suivante. Quand je la rejoins, Constance est déjà sèche.
-C'était bien ?
-Plutôt.
-Tu n'as pas fait d'imprudences ?
-Mais non...
-Allez, viens par ici.
Frileux comme je suis, je suis enroulé dans la serviette, d'autant plus que le soleil est déjà plutôt bas, et nous sommes dans l'ombre. Mais la serviette ne recouvre pas mes fesses.
Elle me donne une bonne claque. Le tissu mouillé du caleçon qui me sert de maillot de bain (que j'ai évidemment oublié) absorbe le coup, mais de fines gouttelettes d'eau fraîche sont projetés sur tout mon dos.
-Tu as froid ?
-Ça va, pourquoi ?
-Si tu sortais de ce caleçon mouillé ?
Je m'enroule la serviette autour de la taille, puis m'exécute. Constance me place dos à l'étang, debout. Comme ça, je peux continuer à surveiller les abords, au cas où des promeneurs attardés passaient. Elle me fait ouvrir la serviette derrière moi. Je tends mes fesses nues au lac, mais à moins qu'il y ait sur la rive opposée un voyeur doté d'une bonne paire de jumelles, personne ne peut me voir. Si quelqu'un arrivait par le chemin, il suffirait de refermer la serviette, comme si je venais de la mettre.
-Vilain garçon !
La claque résonne dans le silence. Je sens encore les projections d'eau dans le bas de mon dos.
J'ai toujours apprécié la simple position debout. En apparence, elle n'est pas particulièrement humiliante, mais par sa simplicité, elle suggère une immédiateté de la punition qui tombe sans avertissement, comme elle pourrait tomber dans le contexte d'une discipline bien rodée. De plus, les claques poussent le puni vers l'avant et déstabilisent au sens propre, ce qui redouble le sentiment de vulnérabilité.
Ma fessée n'est pas très longue, et mes fesses ont déjà été bien plus rouges, mais le risque d'être surpris rajoute toujours une intensité. Difficile de me passer sur les genoux de Constance, comme je le mériterais, mais c'est pas grave – ce sera pour le retour, pour la fessée avant le coucher – avec un peu de chance.
On ne va pas se contenter des claques à la main, cependant. Je reçois la permission de refermer ma serviette, mais c'est pour aller chercher un joli bouquet de verges. Je m'éloigne un peu, mais les bouleaux ne sont jamais là quand on en a besoin, pas plus que les saules (et pourtant, on est au bord de l'eau...) ou les noisetiers. Nous n'avons qu'à nous rabattre sur une badine d'un arbre quelconque, à peu près droite.
-Maintenant, tu tends les fesses.


Elles sont très vite marquées de quelques marques éphémères mais bien sensibles.
-Bon. Tu te rhabilles ?
Évidemment, pour me rhabiller, je dois mettre la culotte courte.
-Pas trop gêné ?
La question n'est évidemment là que pour accroître la gêne. Mon t-shirt a été choisi en avance pour s'accorder bien avec une tenue de puni.
-Tu sais, je suis sûre que, même si on croise quelqu'un, les gens ne se douteront de rien.
Je l'espère moi aussi, mais quand même, je suis en tenue de puni, en culotte courte de gamin qui ne couvre pas mes cuisses épilées. Heureusement qu'elles ne sont pas rouges d'une fessée qui aurait débordé de la cible habituelle, comme c'est souvent le cas dans les histoires fantasmées – en pratique, les coups sur les cuisses font un peu trop mal sans l'effet troublant de ceux qui tombent sur les fesses.
J'étais parti en bermuda – qui apparemment ne fait déjà pas très adulte, je rentre en culotte de gamin. De plus, j'ai mis des converses (enfin, style) blanches que Constance trouve particulièrement infantilisantes, et moi assez pratiques. Au retour, je les ai à la main, puisque je suis, comme il se doit privé de chaussures jusqu'à la voiture. Et même pas le droit de les remettre si on croise quelqu'un, je dois rester pieds nus même s'il y a des promeneurs.
-Je suis sûre qu'ils ne seraient même pas surpris.


Peut-être pas, mais moi je sais que je suis puni devant tout le monde.
Le chemin de retour est à peu près désert. Je m'en écarte un peu pour fureter entre les branches des arbres qui bordent la rive de l'étang pas pour me cacher, mais parce que les petits graviers sur le chemin ne sont pas très confortables. Mais dans les branches, c'est plutôt mouillé, et les branches se sont trop denses pour passer, alors je n'ai qu'à revenir dans le droit chemin.


-Pas trop mal aux pattes ?
-Moins qu'aux fesses.
-Ooh, on dirait que je t'ai traumatisé. Allez, on n'est pas très loin de la voiture, on ne se cache pas.
Je n'ai pas tellement envie de me cacher. À vrai dire, avant de l'écrire il a fallu que je me fasse rappeler par Constance si on avait croisé quelqu'un : j'étais persuadé que oui, et que la personne est passé à côté de nous sans s'arrêter sur ma tenue d'écolier puni en promenade, et, bien sûr, sans se douter que mes fesses étaient striées de rouge sous la culotte courte en jean. En fait, il semblerait que non, il n'y a eu personne.
Nous arrivons alors à la voiture.
-Tu as la clé ?
-Oui, c'est bon.
C'est très étrange de sortir, comme si rien n'était, la clé de la voiture de la poche de sa culotte courte, alors que je sens encore les résultats de la fessée et que les brins d'herbe me chatouillent les pieds.
La voiture cligne de phares, et je lance le sac à dos sur la banquette arrière.
-Tiens, avant qu'on reparte...
La voiture qui était là au moment de notre arrivé n'est plus là. La route passe à côté de nous bien sûr, mais depuis une voiture, même roulant aux cinquante à l'heure, nous ne sommes réellement visibles que pendant un court moment. À peu près en sécurité, donc.
Or, j'ai toujours imaginé des punitions en voyage. Une punition comme suspendue dans l'air de l'habitacle de la voiture, en attente de réalisation à l'arrivée – ou lord d'une pause.
Une fessée annoncée – dès qu'on s'arrête. Pendant quelques kilomètre, on pourrait faire comme si rien n'était. Mais très vite, on finirait bien par épier tous les prétextes potentiels : et le carburant ? Il en reste pour combien de temps ? Et s'il faut s'arrêter pour en reprendre ? Ça veut dire que je vais avoir ma fessée dans une station essence ? Et ce bruit ? Et si quelqu'un a besoin d'une pause pipi ? Surtout si c'est moi (ou, en général, le personnage puni. Volontiers une fille, mais comme je m'identifie toujours aux punis, et que Constance s'amuse bien à me faire me projeter dans une fille, autant dire carrément « moi »). La tentation serait sans doute grande d'attendre, de faire comme si rien n'était... Reste qu'à un moment, il faudrait bien s'arrêter et prendre sa fessée. Et quitte ç avoir une fessée au bord de la route, il vaut mieux que ce soit dans un endroit désert. Alors – surtout si on connaît à peu près le trajet, il serait peut-être mieux de bien choisir le moment de demander une pause. Mais il ne serait pas facile de se décider...


Nous avons même essayé de mettre en place des punitions en voiture. Constance s'est déjà retrouvée privée de ses chaussures le temps d'un trajet – c'est facile à mettre en place, les chaussures de fille facilitent même la chose, et ça fait un certain effet. Puis, Constance a inventé la façon de mettre au piquet le vilain petit en voiture – cela consiste à l'obliger de passer le bras sous la ceinture de sécurité et rester bien droit, dos collé au siège. J'ai beaucoup aimé l'idée, mais difficulté, c'est que, lorsque nous sommes seuls tous les deux à nous balader dans la cambrousse, c'est moi qui tiens le volant. Ça limite les possibilités de punition en chemin. Sauf, bien sûr, quand on est à l'arrêt.
Ce n'est pas exactement une punition en route – il aurait pour ça fallu que Constance décide que j'ai mérité une punition, pourquoi pas pour m'être la enième fois trompé de chemin ou d'avoir mal compris ce qu'elle me disait de faire, puisqu'elle garde le Michelin – et que je sois puni dès qu'on a une occasion de faire une pause.
La difficulté supplémentaire est de trouver un endroit suffisamment à l'abri, ce qui n'est pas évident dans toutes les régions.
Mais si cela m'était arrivé ?
-Comment on fait ?
-Bah, pour ne pas prendre de risques j'aurais tendance à nous cacher derrière la portière.
Ce n'est pas exactement comme je l'imaginais : si Constance s'assied sur le siège devant, derrière la portière ouverte, il n'y a pas la place pour qu'elle me couche sur ses genoux.
Le mieux, c'est encore d'ouvrir la portière arrière, sur laquelle je m'installe, en laissant mes jambes dehors.
Personne alentour, on n'entend aucune voiture.
-Baisse ta culotte maintenant !


Je suis déculotté pour la deuxième fois cette journée. Constance s'approche et me cache de l'autre côté – il faudrait maintenant un sacré œil pour nous voir. Bien sûr, il est moins aisé d'être aussi confiant quand on a son caleçon aux chevilles, et les fesses nues tendues à l'extérieur.
Une nouvelle série de claques tombe sur mes fesses.
-Tu peux te rhabiller.
Je retourne et remonte en vitesse mon caleçon. Les parois de la voiture paraissent tout à coup très protectrices.
-On rentre ?
Constance s'installe à sa place habituelle, le Michelin sur les genoux.
-J'ai droit de remettre mes chaussures ?
-Bien sûr.
Je sais bien qu'il y a des gens qui aiment bien conduire pieds nus, mais je ne l'ai jamais fait. Et avec mes chaussures en toile blanches je n'ai pas l'air beaucoup plus sérieux.
-Mais tu gardes ta culotte courte.


Le temps du trajet, cela n'a pas beaucoup d'importance, tant que la peau de mes cuisses s'habitue au contact du siège.
En revanche, sortir de la voiture, une fois arrivés chez la maman de Constance, comme si rien n'était, c'est autre chose.
Constance raconte tranquillement que la baignade a été plaisante, l'eau chaude et les moustiques pas trop nombreux. Je reste là, à tout confirmer, puis je profite de la première occasion pour m'éclipser.

 Simon Pfeiffer